Hélène Dauphinais et la symphonie de l'économie

Hélène Dauphinais... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Hélène Dauphinais

Spectre Média, Jessica Garneau

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Dominic Tardif
La Tribune

Il y a toujours existé dans ma tête deux catégories de politiciens : ceux qui sont habités par un idéal, par un grand projet, et ceux qui vous demandent de voter pour eux comme un diplômé en administration demanderait à un employeur de l'engager. D'un bord, les enthousiastes visionnaires, et de l'autre, les simples technocrates. Veuillez excuser la bête polarité gouvernant ma vision du monde.

Vite comme ça, avec son amour pour des mots comme rigueur et saine gestion, Hélène Dauphinais semble appartenir à la deuxième catégorie. J'écris semble, c'est le mot-clé, parce que pour la conseillère du district du Pin-Solitaire, réparer des rues, faire balancer un budget, s'occuper de ce dont il faut s'occuper, ce n'est pas que réparer des rues, faire balancer un budget et s'occuper de ce dont il faut s'occuper. Nous discutons ici des récents investissements de la Ville en asphaltage, plus que nécessaires à ses yeux.

« Il y a un des conseillers spéciaux de Barack Obama, Robert Reich, qui disait que plus la qualité des biens publics se dégrade, plus le cynisme de la classe moyenne augmente », souligne l'économiste de formation, aujourd'hui prof au Cégep de Sherbrooke.

« J'irais même plus loin, en disant que plus la qualité des biens publics se dégrade, plus l'espoir du citoyen moyen diminue. L'état des rues est déprimant dans plusieurs quartiers. L'asphalte, on balaie ça sous le tapis, parce c'est plate, mais c'est essentiel. On n'investit pas assez là-dedans. Ce qu'on fait présentement, c'est qu'on patche et on repousse à plus tard la grande question du maintien de nos infrastructures. »

Les pupilles de la conseillère indépendante se dilatent presque lorsqu'elle évoque le temps qu'elle a consacré à l'élaboration d'un plan qui aurait pu, selon elle, faire passer la hausse de taxes annoncée de 4,77 % à 3 %. Ses pupilles se dilatent à l'idée de moins alourdir le portefeuille des électeurs, oui, mais aussi parce que cette gymnastique intellectuelle la galvanise profondément. « Quand j'écoute un économiste parler, c'est comme si une symphonie jouait », blague-t-elle.

Vous aurez compris que si je jase avec celle qui, depuis 2013, joue un rôle de chien de garde au conseil municipal, c'est parce qu'elle annonçait la semaine dernière songer à affronter Bernard Sévigny lors de la course à la mairie de 2017. Je lui pose la question de poète que je pose à tous les politiciens locaux que je rencontre : À quoi rêvez-vous pour Sherbrooke? C'est bien beau l'asphalte, mais changerons-nous un maire beige pour une mairesse beige?

« Ce à quoi je rêve - et je sais que ce n'est pas un rêve à flammèches -, mais ce à quoi je rêve, c'est que les citoyens se disent : « Cette gang-là qui nous dirige, elle ne pense pas juste à ceux qui ont des moyens, elle pense à moi qui a des revenus modestes. » Je viens d'une famille de sept enfants qui vivait sur un salaire de journalier. Pourtant, mon père a réussi à prendre sa retraite à 62 ans. Mes parents m'ont montré que bien gérer ses dépenses, ça peut te mener loin, même si t'as pas tant de revenus que ça. »

Celle qui me lance candidement, quand nous discutons de financement, qu'elle a préféré mettre des sous de côté pour sa première campagne (qu'elle a perdue, en 2009) que de faire un voyage en Europe, trippe visiblement dans son poste de conseillère, alors qu'à mes yeux, rien n'apparaît plus soporifique. Elle en rêve depuis l'âge de 31 ans, du municipal, mais a dû se résigner à attendre, parce qu'elle occupait un emploi au gouvernement canadien. Je lui fais remarquer que c'est un rêve assez singulier pour une femme de 31 ans.

« Vous trouvez? » répond-elle, sincèrement étonnée. « Il me semble qu'il y a plein de gens qui aimeraient faire de la politique municipale. C'est intéressant : on se penche sur plein de dossiers qui nous font réfléchir à plein de choses. » Nous ne fréquentons visiblement pas les mêmes milieux.

INTIMIDATION?

J'écris qu'Hélène Dauphinais trippe, ce n'est pas complètement exact. L'anecdote est à ce point puérile que j'ose à peine la raconter de nouveau dans un journal aussi sérieux que La Tribune. Lors du plus récent conseil municipal, Madame Dauphinais se réjouissait des travaux d'asphaltage annoncés dans son district, occasion qu'a saisie son collègue Louisda Brochu, de l'équipe du maire, pour souligner que ces travaux auraient été impossibles sans l'adoption du budget contre lequel Madame Dauphinais a voté. Tout le monde sait pourtant pertinemment que ce n'est pas pantoute pour ça que Madame Dauphinais a voté contre le budget (elle était pour l'asphaltage, mais contre la hausse de taxes).

Vous ne vous êtes pas encore endormis? Moi, presque. Alors pourquoi je répète ici toute cette assommante histoire, même pas assez drôle pour faire l'objet d'un segment à Infoman? Parce que la politique municipale semble éternellement prise dans la gadoue brune de ce genre de querelles stériles. Pour Hélène Dauphinais, vous le devinez, ce climat délétère est indissociable de la logique partisane gangrenant le conseil, dit-elle, depuis la création du Renouveau sherbrookois du maire Bernard Sévigny, qui détient la majorité, et qui enverrait au bac de récupération les idées venant des indépendants, sans même les considérer.

« Partout on répète que l'intimidation c'est mal, autant à l'école que dans les milieux de travail. Sauf qu'en politique, faut que tu prennes ça comme une variable incontournable. J'aimerais que ça change. »

Intimidation, intimidation, c'est un gros mot, Madame Dauphinais? Vous avez un exemple? « Sans dire que c'est de l'intimidation très grave, quand je suis arrivée au dernier conseil, aucun des élus membres du parti ne m'a salué. Je souhaite qu'on ait un conseil où tout le monde écoute les idées des autres, qu'elles viennent de Jean, Paul, Marie ou Charlotte. » Il y a dans ces dernières phrases une comptine de garderie à imaginer.

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