Fight like Maude, fight like Nico

«Oui, ça a été dur (la maladie de... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

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«Oui, ça a été dur (la maladie de Maude), mais ça a aussi été les plus belles années de ma vie », insiste Nicolas Reyburn, le chum de celle qui était devenue grâce à son blogue Fight like Maude l'égérie d'une certaine attitude lumineuse à adopter face au cancer.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

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Dominic Tardif
La Tribune

(SHERBROOKE) Le 15 mars dernier, il y a bientôt un an, Nicolas Reyburn reçoit un appel de sa soeur, qui vient de retrouver sa blonde à lui, Maude Lallier, 24 ans, sans vie, chez elle. Après avoir dû relayer la nouvelle la plus dévastatrice de sa vie, et de la leur, aux parents de Maude, Nicolas appelle son propre père.

« Quand je lui ai appris tout ça, il s'est exclamé : « Oh my God, oh my God! » - mon père est anglo. Mais après cinq secondes de silence, il s'est repris et il m'a dit : « Come on Nico! You guys had a great life together. People don't usually encounter someone that loves you as much as Maude loved you. You guys lived the fullest, you were amazing together. Not everyone will have that chance. »

Han? Quoi? Tu me dis, Nicolas, qu'à peine quelques minutes après le départ inattendu de Maude, ton père te lançait des « Come on »! certes bienveillants, mais des « Come on! » quand même, comme s'il ne s'agissait que d'une bénigne peine d'amour? Tu n'avais pas envie de lui raccrocher au nez?

« Non, parce que c'est important dans la vie de dire les vraies choses au bon moment. Mon père avait raison : je suis un gars chanceux. Il y a des gens qui ne vont jamais connaître l'amour de toute leur vie et moi, j'ai connu l'amour fou. Les gens disent : « Ça a dû être dur la maladie de Maude. » Oui, ça a été dur, mais ça a aussi été les plus belles années de ma vie », insiste le chum de celle qui était devenue grâce à son blogue Fight like Maude l'égérie d'une certaine attitude lumineuse à adopter face au cancer. Nicolas, 24 ans, aujourd'hui ingénieur mécanique à Montréal pour la firme exp, dira des choses surréalistes, étincelantes, soufflantes comme celle-là - « les plus belles années de ma vie » - tout au long de l'heure que nous passons ensemble.

J'avais beaucoup parlé de Nicolas avec Maude, à chacune des entrevues que nous avons réalisées ensemble elle et moi, sans jamais arriver à comprendre tout à fait, même si Maude était impossiblement belle et brillante, comment un gars de 20 ans n'avait pas eu le goût de se pousser en apprenant que la fille qu'il ne fréquentait que depuis un an était foudroyée par un lymphome d'une féroce puissance. T'as jamais songé à foutre le camp, à te soustraire à cette situation cruelle que tu n'étais pas obligé de vivre?

« Quand tu as des convictions, quand tu crois en quelque chose, tu ne te poses pas ces questions-là. J'ai toujours pensé que ce sont tes convictions qui doivent te définir. Lorsque j'ai rencontré Maude, j'ai tout de suite eu la conviction que nous allions vivre des choses incroyables ensemble », me répond-il.

Son ton semble s'abreuver à un mélange d'inébranlable rationalité et d'irréductible foi en la vie, mais aussi à une sorte de sagesse tranquille qui ne s'acquiert que lorsque vous avez un jour été contraint d'annoncer au père et à la mère de votre blonde que leur fille avait le cancer, qui ne s'acquiert que lorsque vous avez un jour été contraint de signaler le numéro de vos beaux-parents pour leur apprendre que leur fille venait d'être retrouvée morte.

« Après le diagnostic, la première chose que j'ai dite à Maude, c'est : « Là, peu importe ce que la maladie va changer entre nous, je ne veux pas que tu sois stressée avec l'idée que je puisse partir. Je vais être là pour toi, pis c'est la dernière fois qu'on parle de ça. Quand t'es vraiment en amour, tu « dé-focus » de ta propre personne et tu apprends à regarder plus loin. Mon rôle en tant que chum, c'était d'alléger cette aventure-là. »

Il prend une pause. « Je ne sais pas si tu as remarqué, mais j'appelle ça une aventure, la maladie de Maude, pas une épreuve. »

Maude et la Californie

Maude, alors en rémission, me disait, la dernière fois que je l'ai vue, qu'elle rêvait à ce que, bientôt, Nicolas et elle parviennent à retrouver l'innocence de leur jeunesse interrompue, celle que le cancer avait subitement évincé de leurs esprits. Ton innocence, toi, Nico, tu entrevois un jour la reconquérir? Tu envisages d'un jour retomber en amour? « Je vais te raconter quelque chose, OK? » OK.

« Cet été, j'ai fait un road trip d'un mois, en van, jusqu'en Californie, avec un ami. Un soir à Santa Cruz, on croise à l'épicerie deux belles filles, deux belles Californiennes, tsé? On va souper ensemble, et, à un moment donné, les filles se mettent à parler, je ne sais pas pourquoi, de leur date de fête. La première fille me dit que sa date de fête, c'est le 22 novembre, la même que Maude. L'autre fille dit : « Ma fête, c'est le 15 mars », la date du décès de Maude. Les frissons m'ont pris. C'était tellement puissant comme moment. Maude était là, c'était sa façon à elle de me dire qu'elle m'avait suivi jusqu'en Californie, que j'avais raison de continuer à vivre et qu'elle était fière de moi. »

Il y a une chanson qui te fait penser à elle? « Ce n'est pas une chanson, ce sont les Variations Goldberg, par Glenn Gould. Mon père nous avait offert à Noël une sélection de disques de musique classique, et c'est ce que j'avais choisi pour le salon funéraire. C'est ce qui jouait quand je l'ai vue dans son cercueil pour la première fois. Quand je suis entré, j'ai marché directement jusqu'à Maude, sans la quitter du regard, et je lui ai parlé pendant une heure et demie. Les gens s'approchaient pour me consoler, mais je voulais qu'on me laisse seul. J'avais besoin de parler à Maude. Je lui disais des choses comme : «Tu te souviens-tu de la fois où on est allés à Tadoussac ensemble? » Je savais que c'était la dernière fois que j'allais la voir »

Les chercheurs qui, depuis des années, tentent de définir la vraie nature du sentiment amoureux, auraient sans doute trouvé réponse à leur question s'ils avaient pu écouter cette ultime conversation entre Maude et celui qui - c'est ce qu'il me dit avant de partir - l'aimera toujours.

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