La «gravité» du chef

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Malgré les difficultés qu'éprouve Pierre Karl Péladeau, Louise Beaudoin assure ne pas désespérer du chef du Parti québécois.

Spectre, Jessica Garneau

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Dominic Tardif
La Tribune

(SHERBROOKE) C'est la fin de notre conversation, mais commençons par là quand même, parce que Louise Beaudoin emploie à ce moment-là un mot que l'on entend à peu près jamais, et encore moins dans la bouche de ceux qui ont fait de la politique leur vie. Lequel mot? Le mot « gravité ».

« Chez tous les grands chefs du Parti québécois, il y avait une gravité », observe-t-elle en terminant son smoked-meat. L'ancienne ministre des Relations internationales, qui a pour la première fois été candidate en 1976, donnait hier midi une conférence à l'Université de Sherbrooke, à l'occasion de la Semaine de la souveraineté. « Ces hommes-là travaillaient à quelque chose de plus grand qu'eux. Ils savaient très bien tout le poids historique qu'ils portaient sur leurs épaules. D'où cette gravité. » Elle l'entend évidemment comme un compliment.

Gravité, donc. On pourrait aussi parler d'élégance. On pourrait aussi parler de modération dans ses réactions et dans ses propos. On pourrait parler, en somme, des qualités que Pierre Karl Péladeau ne semble pas particulièrement empressé d'inscrire dans son petit code de conduite personnel lorsque, exemple parmi tant d'autres, il envoie une mise en demeure au chef de la CAQ, François Legault. Louise Beaudoin appelle de ses voeux un grand rassembleur, qui pourrait unir au sein d'une même coalition l'ensemble des forces souverainistes. Mais ce grand rassembleur, est-ce PKP? « Je le souhaite, mais ce n'est pas ce qu'il nous montre présentement », observe celle qui a appuyé Alexandre Cloutier lors de la course à la chefferie de 2015, mais qui, à 70 ans, ne possède plus de carte de parti.

J'ai le souvenir, lorsque je pense à vous, d'une femme politique pugnace, mais aussi d'une grande courtoisie, que je lui dis. Comment réagissez-vous lorsque le chef du PQ fustige des journalistes et intervient sur les réseaux sociaux avec le discernement d'un adolescent dominé par ses pulsions? « J'étais atterrée quand il s'en est pris à Vincent Marissal, ou quand il a offert ses condoléances à Philippe Couillard après la mort d'Arthur Porter. Ça fait plaisir au plus militant des militants, mais ça déplait à la majorité de la population. Quand on veut devenir un chef d'État, il faut se comporter en chef d'État, rehausser le débat et acquérir cette gravité dont je parle. Je pense que Pierre Karl en est capable. Il a ces ressources-là en lui. »

Était-elle de ceux et de celles qui ont sablé le champagne lors de l'arrivée en politique de Monsieur Québecor? « Disons que je connais des gens qui ont travaillé avec lui et qui avaient des doutes. Être un bon homme d'affaires, ça ne se transpose pas de façon automatique à la politique. En connaissez-vous beaucoup des hommes d'affaires qui ont eu du succès en politique? C'est rare, parce que ce n'est pas la même chose. C'est pour ça que je pense qu'il faut que Pierre Karl apprenne la politique. » Elle le dit sur un ton qui m'apparaît sincèrement bienveillant, authentiquement rempli d'espoir.

« En politique, il faut que tout le monde sache où tu t'en vas et pourquoi tu t'en vas par là. Tu ne peux pas être assis dans ton bureau et tout décider seul. Il faut convaincre, et non pas contraindre. »

Fuir les béni-oui-oui

Mais si les qualités du bon homme d'affaires ne tissent pas forcément la trame du bon politicien, qu'est-ce que ça prend au juste? « Ça prend de l'abnégation, pas de l'ego », pense Louise Beaudoin, en évoquant à nouveau la coalition multipartiste - PQ, CAQ, QS, ON- à laquelle elle rêve. « La société civile devra par le bas imposer à ces partis de mettre de l'eau dans leur vin, sinon, on va être pris avec le Parti libéral pour toujours. C'est pour ça que ça prend de la sagesse et que ça prend, quand tu es chef, des gens autour de toi qui te disent : « Regarde les chiffres. » Ce n'est pas au nom de l'amour que les partis doivent se parler, mais au nom d'une bête question de mathématique électorale. »

Pour réussir sa vie politique, il faut aussi savoir s'entourer de conseillers qui sauront nous signaler que nous nous dirigeons droit vers le mur, et non pas seulement s'inquiéter de la quantité de sucre dans notre café. Nous discutons de la défaite du PQ en 2014. « Je le dis autant pour Pierre Karl que pour Pauline : la politique, c'est un sport d'équipe. On a besoin de gens extraordinaires pour bien performer. Pauline avait choisi des béni-oui-oui qui l'adulaient. J'espère que Pierre Karl ne fait pas ça. Il a besoin de gens qui soient capables de le challenger et de lui dire que d'envoyer une mise en demeure à François Legault, ce n'est pas une bonne idée. »

Je conclus cette chronique, à l'envers, en restituant le début de ma conversation avec Louise Beaudoin, à qui je demandais de me décrire l'instant où elle a eu le plus confiance en la possibilité de voir l'indépendance devenir réalité. « À quelques jours du référendum de 1995 », répond-elle sans une seconde de réflexion.

« C'était comme si nous arrivons à un aboutissement, comme s''il y avait quelque chose qui s'achevait pour les Québécois, mais qui ouvrait sur un nouveau chapitre. On allait bâtir quelque chose ensemble. Ça aurait été l'accomplissement collectif et individuel ultimes. On s'est remis au travail ensuite, mais je ne me suis plus jamais autant amusée. »

Et si vous aviez à mesurer sur 10 cette confiance qui vous habitait à l'aube du référendum de 1995, vous diriez? « Je dirais 8 sur 10. » Aujourd'hui? « 4 sur 10. Mais je ne désespère ni de la cause, ni de Pierre Karl. » Elle ajoute, le regard taquin : « Faudrait juste l'empêcher d'aller sur Facebook. »

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