Gabrielle et la France vont bien

Slaquons-nous le pompon de la panique, les prophètes... (David Goudreault)

Agrandir

Slaquons-nous le pompon de la panique, les prophètes de malheurs qui annoncent l'effritement de la France s'époumonent en vain.

David Goudreault

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Chronique / « On n'écrit pas de poème pour une ville qui en est un. »
Gaël Faye

Je sais, les Parisiens n'aiment jamais rien, mais Paris m'accueille quand même et moi je l'adore. On se fréquente assidument depuis une décennie. Je présume que Madrid et Berlin possèdent un certain charme aussi, mais je retourne toujours à Paris. Et Ogunquit. Les grands pôles culturels m'attirent.

À travers l'association France-Québec, les rencontres littéraires ou le hasard des voyages, je reviens sans cesse à la Ville Lumière. Et même s'il y fait gris par moment, elle brille encore, comme la France d'ailleurs. Slaquons-nous le pompon de la panique, les prophètes de malheur qui annoncent son effritement s'époumonent en vain. La montée du populisme n'achèvera pas cette nation qui a survécu aux épidémies de peste, aux décapitations de la Terreur, aux inondations, aux incendies ravageurs, aux guerres mondiales, à l'occupation nazie et à certains des pires attentats terroristes de l'histoire contemporaine. À l'image de sa métropole, la France est « battue par les flots, mais ne sombre pas. » Fluctuat nec mergitur; la devise de Paris se lit même dans certains graffitis ornant les murs.

Pour avoir une vision universelle, il faut s'enraciner dans son expérience personnelle, avoir une assise locale, alors j'écris cette chronique en direct de Paris, rue Bobillot, dans le divan de mon amie plus parisienne que la tour Eiffel. Gabrielle ne croit pas que je l'embarque dans ma chronique et me suspecte plutôt de répondre à mes courriels. Tant pis pour elle, ça lui apprendra à fréquenter des auteurs québécois!

Les sceptiques qui pourraient douter de ma rigueur scientifique ou de la qualité de mon échantillon peuvent se rassurer, Gabrielle incarne la France à elle seule : libre, cultivée et entêtée. Elle essaie même d'imiter, très mal, l'accent québécois; on peut donc se permettre de la considérer représentative de tout l'Hexagone.

« Mais c'est qui le connard au pétard? » Comme le veut la tradition française, Gabrielle fait la grève et manifeste. Mais plus comme avant; les tensions sont palpables dans les rangs des militants occasionnels ou dévoués. Derrière les polarisations politiques inhérentes à la montée du populisme, tous connaissent le danger de se trouver au milieu d'une foule. Et quand un connard fait exploser un pétard à mèche, les sangs se figent, on risque la bousculade. Faut bien le dire, même si Paris refuse la peur que les terroristes veulent imposer, la population est aux aguets. Son mérite y réside, la France et Gabrielle résistent!

Pas question de se priver de bistrot, d'allonger les jupes, de se cloîtrer chez soi ou de renoncer à la revendication de ses droits, peu importe la rue où la manifestation doit avoir lieu. Et des manifestations, il risque d'y en avoir.

Pour qu'un ancien ministre de François Hollande, acoquiné aux grandes banques de surcroît, arrive à tirer un soupir de soulagement aux progressistes, c'est que l'alternative effrayait une majorité de Français. Ça laisse des traces, et des craintes. La dernière élection aura permis d'établir des records historiques pour l'extrême-droite. Grand bien leur fasse, la Louve blonde n'est pas entrée dans la bergerie. Et certains, dont mon amie, veulent laisser sa chance au nouveau venu. Macron a du pain sur la planche, et pas que des baguettes : tensions internationales, menaces nucléaires et terroristes, sans compter tous les dossiers chauds à l'intérieur de l'Hexagone, de la précarité des emplois au problème de l'immigration. Oui, problème il y a, mais ce n'est pas la présence des immigrants, c'est leur accueil, leur intégration qui fait défaut. Mon assistante de recherche est bien placée pour le savoir, elle qui enseigne et partage ses sensibilités humanistes dans une de ces banlieues dites sensibles...

Au pays des droits de l'homme, l'éducation et la rencontre de l'autre doivent être remises à l'ordre du jour. Ici comme ailleurs, la sécurité des populations ne passera jamais que par les armes, les plans Vigipirate et le maintien de l'état d'urgence. Malgré les blessures encore vives, les tensions sociales et les soldats dans les rues, la France demeure un pays magnifique, accueillant, et ce n'est pas seulement l'avis de Monique Giroux ou du touriste que je suis. Gabrielle est d'accord, donc nous sommes déjà trois, une masse critique!

D'accord, la proverbiale légèreté parisienne traîne un boulet. À chaque pied. Mais elle siffle encore des airs de Vian, de Mano Solo et d'Iam. Elle sort tard, s'engueule gaiement, rêve à tue-tête, écrit mieux que jamais, s'accroche à ses droits. À l'instar de Gabrielle, ma lumineuse amie, brillante et résiliente comme la France et les peuples épris de liberté.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer