Entre deux joints avec Justin 

Gardons espoir, les profits engendrés par la vente... (Collaboration spéciale, David Goudeault)

Agrandir

Gardons espoir, les profits engendrés par la vente et les amendes serviront peut-être à offrir des services de qualité aux dépendants.

Collaboration spéciale, David Goudeault

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) « Crinque le petit joint. Avec ça, t'as super hâte à rien! » - Richard Desjardins

CHRONIQUE / Pendant que Trump met le feu au monde, Trudeau s'occupe de la boucane. Notre photogénique premier ministre promeut lui-même le projet de loi sur la légalisation et la commercialisation de la marijuana au Canada. Dans toutes les sphères de la société, ça fait réagir (à part ceux qui sont déjà trop gelés).

Dans le milieu des affaires, les trafiquants rebondissent déjà. Incapables de cerner quelle proportion des demandes de permis est sollicitée par les criminels ou leurs prête-noms, les autorités policières reconnaissent tout de même que les commerçants de drogue douce cherchent à se réorganiser. Peu réceptifs à l'idée de perdre leur mine d'or aux mains du gang à Trudeau, ils tentent d'écouler leur stock sur le marché légal, d'obtenir des permis pour la production (ils ont déjà l'expertise) et d'administrer des points de vente, d'un océan à l'autre. Paradoxal, non? Cette loi qui devrait servir à leur couper l'herbe sous le pied pourrait leur permettre de légaliser leur pratique et blanchir leur argent sale du même élan.

Vingt-deux milliards de dollars, voilà ce que le marché récréatif de la petite fumette représenterait à l'échelle du pays, selon la très sérieuse firme Deloitte. Somme coquette, on doit en convenir. Se réjouir qu'elle échappe au crime organisé va de soi, mais méfions-nous de la gestion des vices par l'État. Surtout quand l'état en question est adepte de la croissance à tout prix et du néo-libéralisme décomplexé. Aurons-nous droit à des campagnes aussi agressives que celles de la SAQ, aussi hypocrites que les publicités de Loto-Québec? Je suis absolument pour la légalisation, mais je crains déjà les dérapages de la commercialisation. Surtout que les libéraux avancent des chiffres surprenants...

Trente grammes, telle est la considérable quantité qu'un individu pourra posséder et transporter. Trente grammes de pot, plus d'une once! Ok, je l'avoue, j'ai déjà inhalé... Et j'ai fréquenté des passionnés de l'inhalation en question. Ça ne fait pas de moi un expert, mais je peux vous assurer que les seuls poteux qui trimbalaient 30 grammes sur eux en fumaient peu et en vendaient beaucoup. Justin compte-t-il vendre ses sachets directement de l'entrepôt, en format familial? Même les gros buveurs n'entreposent pas douze caisses de 24. J'ignore quel fonctionnaire a pris la décision, mais j'espère qu'il a peu de responsabilités au ministère; à 30 grammes par semaine, il ne doit pas être très productif.

Quatre plants par ménage, la limite annoncée paraît raisonnable. Mais combien de kilos par plants seront récoltés? Pourrons-nous faire pousser notre herbe par voies aéroponiques, hydroponiques, avec tous les risques liés à l'humidité, aux incendies? Pourrons-nous offrir ou vendre nos boutures aux voisins? Et si ces voisins partent en vacances et me confient leurs plants, à quelle amende la surcharge végétale m'expose-t-elle? Et si je profite de mon pouce vert pour initier les ados de mes voisins aux variétés jamaïcaines, quelle sanction pourrait s'abattre sur moi?

Quatorze ans de prison, sentence exemplaire, maximale, que les libéraux brandissent pour rassurer les opposants. La justice aura le bras long et lourd. Nos stratèges désirent rendre la marchandise accessible, renflouer les coffres de l'état, tout en renforçant les lois pour protéger les mineurs et les automobilistes. Nobles intentions, reste à voir si leur application tiendra la route. Gardons espoir, les profits engendrés par la vente et les amendes serviront peut-être à offrir des services de qualité aux dépendants. Ultimement, ce sont eux que nous mettrons en danger.

La marijuana peut détruire des vies, mais en douce, en catimini. Moins spectaculaire qu'un cocaïnomane retrouvé pendu au bout de ses dettes ou qu'un alcoolique encastré dans la carcasse de sa voiture encore fumante, le poteux meurt souvent aussi. À Mario Bros ou Call of Duty, ses avatars meurent à longueur de journée, à langueur de soirées passées à fumer un énième joint. Et un autre encore (avec un gros chips et trois barres de chocolat). Et puis un dernier. Rien de grave. L'existence défile en piétinant ses projets pendant qu'il néglige ses relations, ses factures ou ses talents, entre deux poffes de procrastination. Mais à force de tout remettre à demain, ses lendemains finissent par ne jamais s'en remettre.

Bien sûr, il y a des habitués heureux, des tripeux, des fumeurs occasionnels, des curieux et plein de dégustateurs potentiels. Mais il ne faut pas oublier ceux qui peinent déjà à reprendre la maîtrise de leurs vies, qui flottent en marge du monde, derrière leurs regards vitreux. Et tous les dépendants en devenir, que l'offre abondante et ciblée saura hameçonner. Pour un Bob Marley épanoui, combien de poteux passent à côté de leur vie?




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer