Dieu(x) et nos sous-vêtements

Je peux respecter chaque individu et interagir avec... (Collaboration spéciale, David Goudreault)

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Je peux respecter chaque individu et interagir avec tout le monde sans connaître la texture, la marque ou la couleur de leurs bobettes.

Collaboration spéciale, David Goudreault

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(Sherbrooke) « Il peut se permettre le luxe du scepticisme celui qui possède une foi profonde. » - Nietzsche

CHRONIQUE / Je suis croyant, très modéré, presque pratiquant. Je crois en Dieu, mais je ne vous dirai pas lequel, ça ne vous concerne pas. Tous les jours, je croise des personnes qui ont la foi, parfois je le sais, parfois je l'ignore. D'ailleurs, ça m'intéresse assez peu. Ceux qui tiennent à me le faire savoir m'énervent; la foi relève de l'intimité, comme les sous-vêtements. Je peux respecter chaque individu et interagir avec tout le monde sans connaître la texture, la marque ou la couleur de leurs bobettes.

Certaines personnes portent le même type de boxers que moi, d'autres préfèrent les strings en dentelle, les caleçons en coton, les culottes beiges et soyeuses; l'univers de la lingerie est infini. Et parmi cette foule bigarrée aux sous-vêtements différents, plein de gens se promènent sans bobettes, flambette sous la salopette, et c'est bien correct. Des pays interdisent cette pratique, peine de mort à l'appui, mais nous avons la chance d'habiter un coin du monde où on peut encore porter ce qu'on veut, incluant rien du tout.

On peut décider de changer aussi; mes parents m'ont habitué à un type de bobettes qui ne m'allait plus du tout à l'adolescence. J'ai migré vers un autre dessous, plus confortable pour moi, et personne n'en a fait un drame. Aucun intégriste ou fétichiste de la bobette unique n'a menacé ma vie. On oublie trop souvent que ce n'est pas acquis pour tous, encore moins pour toutes.

Autre raison de célébrer, les mariages oecuméniques se font de moins en moins rares : un de mes amis, disciple du slip, vient tout juste de se marier avec une adepte du tanga (thong) translucide. Pourquoi je connais ce détail? C'est une autre histoire... L'important demeure cette rencontre des différences, le métissage rendu possible par l'ouverture d'esprit et l'ouverture à l'autre; l'épanouissement de l'individu dans le respect de la société.

Les sous-vêtements devraient concerner seulement ceux qui les portent. Et leurs proches, à la limite. On peut discuter de nos bobettes, des raisons qui nous amènent à porter tel type de tissu plutôt que tel autre, mais on ne devrait jamais s'obstiner à convaincre ou chercher à obliger quelqu'un à porter des sous-vêtements, surtout pas les nôtres, c'est obscène! En d'autres mots, tu n'as pas à me convaincre que ta petite culotte est meilleure que la mienne. Ton insistance à me vendre tes sous-vêtements comme seule et unique voie de confort m'enlève l'envie de les essayer. Si ta petite culotte m'intéresse, je te le ferai savoir. Et ne vient pas cogner à ma porte le dimanche matin, mon réveil n'est pas entre tes mains. Ma garde-robe non plus!

Certains portent leurs bobettes apparentes, comme des rappeurs avec les culottes aux genoux et leur petite culotte à la vue de tous. Ce choix fait paniquer les puristes, de populaires chroniqueurs en font leur fonds de commerce. Les individus aux sous-vêtements ostentatoires sont peu nombreux, vraiment minoritaires au Québec, mais les médias en parlent constamment et on organise même de coûteuses commissions pour déterminer comment les accommoder. Élément troublant de l'embarras qu'ils suscitent : c'est souvent où l'on retrouve le moins de caleçons apparents qu'on les craint le plus. La peur et l'ignorance sont deux surfaces d'un même jupon.

Reste que le véritable enjeu concerne l'espace public. Je ne voudrais pas qu'on influence mon fils à adopter le caleçon long ni ma fille à porter un string en laissant leur éducatrice prêcher pour la dernière collection de Victoria's Secret ou autoriser leur directeur à les encadrer vêtu d'un jock en cuirette. Comme je n'ai pas à savoir quel motif de dentelle préfère la policière qui m'intercepte alors que je ne roulais même pas si vite que ça!

Quoique j'apprécie la diversité, les rencontres culturelles et la mixité sur la voie publique, je suis convaincu que la fonction publique, elle, profiterait d'une saine neutralité, sans sous-vêtements pouvant entraver la communication ou heurter les sensibilités. Les employés de l'État devraient conserver leurs dessous sous leurs vêtements. Même chose pour les lieux de pouvoir d'ailleurs; quoique historique, il est grand temps d'enlever le fameux linceul de l'Assemblée nationale!

Comme je le mentionnais au début de ce texte, je suis croyant. Je crois en Dieu, mais je crois aussi à la laïcité. Et si Dieu est partout, il n'a pas besoin du gouvernement ni de ses employés pour faire sa promotion... Sur ce, salut, salam, shalom, amen.




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