Les Inquisitions progressistes

Trop facile de se dire engagé quand la... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Trop facile de se dire engagé quand la vertu n'engage à rien.

Spectre Média, Jessica Garneau

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« N'abusons de rien, sauf de la modération. » - Jean Dion

CHRONIQUE / J'ai connu des travailleurs sociaux sociopathes et des entrepreneurs à la générosité plus vaste qu'un entrepôt. Et j'ai aussi croisé des boss profiteurs et des militants d'une rectitude morale exemplaire. Les bons ne logent pas à gauche, les méchants à droite. Il y a des trous de cul partout, et des génies aussi. Malheureusement pour nous, les seconds se font plus rares que les premiers.La radicalisation des droites politiques nous préoccupe. Avec raison d'ailleurs; les discours protectionnistes, racistes et haineux infiltrent, infectent la pensée. À terme, ces messages mènent certains individus vulnérables à commettre des crimes graves. Le phénomène est reconnu et documenté. Mais l'histoire se répète et l'humanité bégaye.

Si on prend le temps de détourner notre regard de cette droite aussi radicale qu'inquiétante, on découvre que la haine, les préjugés et les jugements à l'emporte-pièce occupent aussi l'autre extrémité du spectre. Une certaine gauche aussi tend à durcir le ton et se replier sur elle-même. On assiste à une polarisation.

Le phénomène particulier qui me fascine chez mes camarades gauchistes, c'est qu'en plus de se déshydrater à cracher sur l'ennemi de droite, ils s'acharnent aussi sur leurs alliés dits progressistes. Untel n'est pas assez féministe, celle-là ne fait pas sa profession de foi écologiste, un autre a le séparatisme trop tiède et puis il y a cette militante qui apporte des nuances qui la rendent suspecte. Ils reproduisent, l'excuse du salaire en moins, ce qu'ils reprochent à certains animateurs radio payés à l'opinion : des jugements creux, émotifs et sans appel.

Il faut les voir s'agiter sur les réseaux sociaux, ces magnifiques trolls de la morale. À la moindre gaucherie, au moindre écart de conduite, ils se tombent dessus à bras raccourcis. Entre le sermon revanchard et la pure récupération politique, ils se drapent de bonne conscience. Aucun doute possible, ils seraient prêts à tout pour défendre la liberté d'expression, à moins que vous ayez une opinion différente de la leur. Le débat tourne en rond et ils s'engueulent entre convertis.

Vous croyez qu'ils s'étranglent dans leurs allégeances particulières, à la Chambre de commerce? Ils s'en contrefoutent que leur interlocuteur soit un adepte de la main baladeuse d'Adam Smith ou qu'il soit un excité du Keynésianisme. Ils partagent leur passion de l'entrepreneuriat et ils savent se mobiliser pour leurs intérêts communs. À gauche, on s'arrache la face pour le bien commun. « Mon approche est plus belle que la tienne », « Ma cause est plus noble », « Il faut prioriser x, y, z clientèle vulnérable », etc. Et pendant ce temps, les Libéraux reprennent le pouvoir, on construit la Romaine, la cimenterie de Port-Daniel, on tient des commissions aussi coûteuses qu'inutiles et on nous impose des oléoducs.

Comment peut-on en appeler à la liberté et l'ouverture d'esprit tout en étant figés dans des codes à la rigidité cadavérique? Comment peut-on réclamer l'ouverture des frontières, condamner le racisme tout en traitant la moitié des électeurs de mongols? Et comment peut-on se draper d'humanisme quand on condamne l'argumentaire du voisin avant même qu'il n'ait terminé sa phrase. Trop facile de se dire engagé quand la vertu n'engage à rien.

La semaine dernière, la talentueuse journaliste Judith Lussier abandonnait sa chronique au journal Métro, écoeurée par tous les messages haineux et les menaces à son égard sur les réseaux sociaux. Geneviève Pettersen, tout aussi brillante, quitte Châtelaine pour les mêmes raisons. Quelques excités du masculinisme s'en font une joie. Triste célébration... De l'autre côté du spectre, ce n'est pas plus reluisant. À lire certains de mes amis gauchistes, Richard Martineau ferait à lui seul plus de mal à la communauté musulmane que l'État islamique au grand complet. On condamne le chroniqueur et tous ses lecteurs du même élan. Les insultes fusent. C'est regrettable et dangereux. La vérité a horreur des extrêmes.

Je demeure progressiste, féministe, humaniste, écologiste et adepte de volley-ball. Les kabbales et les procès d'intention que se livrent mes camarades sur les réseaux sociaux ou par médias interposés n'y changeront rien. Mais je crains que ça rebute la relève, que cette dérive nous isole, nous paralyse et permette à des idées pernicieuses de trouver leur chemin dans les craques de nos incohérences. L'humanisme dont on se réclame devrait inclure une solidarité avec tous les humains, même nos alliés!




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