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La communauté musulmane est blessée. Le Québec est... (Collaboration spéciale, David Goudeault)

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La communauté musulmane est blessée. Le Québec est blessé. L'humanité est profondément blessée, une fois de plus.

Collaboration spéciale, David Goudeault

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(Sherbrooke) « Aux mots qui tuent, mine de rien, je préfère les mots qui donnent envie de vivre. »
Mohamed Lotfi

CHRONIQUE / Cette semaine, ma chronique devait porter sur la vérification de l'étanchéité de nos conserves de confiture. J'étais inspiré, le sujet me passionne, mais l'actualité m'a rattrapé. Troublante coïncidence, mon dernier papier portait justement sur la perpétuation de la violence et des actes terroristes. Terroriste organisé, le jeune désespéré de Cap-Rouge? Appréhendé sur le pont, après s'être dénoncé lui-même, en détresse psychologique, isolé, cet étudiant serait un terroriste? Devrait-on plutôt parler de crime haineux, de meurtres racistes? Je ne prétends pas répondre à la question, je ne fais que la soulever. La justice saura nous le dire, je n'ai aucune expertise dans ce domaine. Merci de ne pas inonder ma messagerie avec la vôtre.

Ces homicides ont été commis en pleine Semaine de prévention du suicide. Sans tomber dans les amalgames, dénoncés avec raison, un rapprochement est possible. Ne serait-ce que dans la violence extrême, la suppression de vies humaines. Et la détresse, le repli sur soi, les distorsions cognitives, les fausses perceptions accompagnant le passage à l'acte. Devrions-nous réclamer une Semaine de prévention des attentats? Faire des tournées dans les écoles? Avoir des lignes d'intervention pour les proches? Pourquoi pas. Le verbe intervenir vient du latin intervenire; se mêler de, s'entremettre, répondre de... Ce serait bien de s'entremettre un peu, et de répondre de, autrement qu'en lignes ouvertes et psychoses sécuritaires. Mobilisons-nous au plus vite, par l'éducation et l'humanisme plutôt que par la prolifération des armes et du racisme.

Le temps presse, nous devrons encore affronter ce genre de carnage. On s'est organisé pour, en diffusant les portraits sélectionnés par le tueur (gracieuseté de Facebook), ses propos haineux bourrés de fautes et de xénophobie, l'opinion de ses camarades de classe relatant son parcours de jeune intimidé (évidemment), le pénible vox pop des voisins incrédules, même l'adresse de ses parents... Et tout ça dans les médias traditionnels!

Ce meurtrier à qui on offre une publicité incroyable en étalant son nom, ses idées et ses photos dans les médias est maintenant connu de tous. Les jeunes hommes en détresse assoiffés de reconnaissance publique sont légion. Et la valorisation négative demeure une valorisation. Les loups solitaires, enfermés dans le sous-sol de leur aveuglement, pourront désormais s'identifier et s'attendre eux aussi à cette immense reconnaissance médiatique.

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste : des torrents de désinformation, de propos racistes tant contre les musulmans que les Québécois, ont déferlé sur nos murs. Nos murs des lamentations, nos murs de Berlin, nos murs de Trump... À force d'ériger des murs, on va finir par se cloîtrer, se condamner nous-mêmes à perpétuité. Le plus effrayant, c'est la violence dont ces « commentaires » sont chargés. C'est une chose de ne pas s'entendre, mais on pourrait essayer de s'écouter.

Je serais curieux de connaître le nombre de conversations que le tueur a eues avec des immigrants au cours des dernières années; combien de personnes se sont inquiétées de son isolement, de son état psychologique, de son intérêt pour les armes et la violence, de ses propos haineux; combien de professeurs, de collègues étudiants, de chauffeurs d'autobus, de cousins éloignés ou d'animateurs radio auraient pu le toucher, changer sa trajectoire, empêcher sa radicalisation et son passage à l'acte. Peut-être aucun. Peut-être mille.

Dimanche dernier, six vies humaines ont été fauchées par le bras armé du racisme. Six hommes en recueillement, ne désirant qu'être chez eux, chez nous. Autant de familles dévastées, de conjoints, de parents, d'enfants devront traverser un deuil hanté par une violence injustifiable et des questions sans réponses. À la douleur de la perte s'ajoutera la peur d'une autre tuerie, d'autres actes xénophobes, d'encore plus de manifestations de la bêtise humaine.

La communauté musulmane est blessée. Le Québec est blessé. L'humanité est profondément blessée, une fois de plus. Il faudra panser nos plaies, prendre le temps de nous soigner. Au besoin, nous devrons aller chercher une aide extérieure, un soutien professionnel, comme aurait dû le faire cet homme malade avant de répandre le mal qui l'habitait. Les animaux blessés ont tendance à s'isoler, se cacher pour lécher leurs blessures loin du danger. Au contraire, nous devrons faire preuve de davantage d'ouverture, nous regrouper, nous rencontrer, sortir de nos appréhensions et guérir ensemble.

C'est décidé, je vais demander à mon ami Farid de me faire visiter sa mosquée. Je suis pris d'une grande envie de serrer un musulman dans mes bras. Et un Québécois aussi. Avec un minimum d'efforts, je devrais trouver un musulman québécois prêt à m'accueillir.

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