De Paris à l'Alberta, aller-détour

Entre Paris et Edmonton, les belles résolutions canadiennes... (Collaboration spéciale, David Goudeault)

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Entre Paris et Edmonton, les belles résolutions canadiennes ont pris le clos.

Collaboration spéciale, David Goudeault

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(Sherbrooke) « L'inacceptable est à présent le fait que tout finisse avec le temps par s'accepter ». -Aude

CHRONIQUE / Vous saviez que la vaseline est fabriquée avec du pétrole? Nos voisins de l'Ouest viennent de l'apprendre. À l'aube du temps des Fêtes, le gouvernement leur passe un sapin huileux, même deux : Transmountain de Kinder Morgan et Ligne 3 d'Enbridge. Surprise!

Notre populaire premier ministre, sur le point de rencontrer ses homologues provinciaux pour un sommet sur la lutte aux changements climatiques (goûtez l'ironie), donne son aval à ces deux projets énergivores. Contre toute attente et toute cohérence, ces flots de pétrole iront de l'avant et nous reculerons, encore.

Plusieurs Québécois y voient un bon présage. S'ils sortent le pétrole par l'Ouest, on a des chances d'éviter Énergie Est. Rien n'est moins sûr. Si l'odeur du sang excite les requins, l'odeur de la piasse émoustille leurs cousins. Ça frétille dans le milieu des « vraies affaires ». Encouragés par les contradictions du premier ministre, nos fameux consultants devraient redoubler d'ardeur dans les mois à venir. Surtout qu'on a peu d'opposition à leur offrir, à peine quelques alpinistes de Greenpeace et une profonde absence d'acceptabilité sociale.

L'acceptabilité sociale, c'est un concept fourre-tout, ou fourre-tous, c'est selon. Cet exercice repose surtout sur des sondages, de la propagande, des équipes de communication et des lobbyistes aux ressources faramineuses. Il s'agit essentiellement de convaincre une masse critique que ce qui est profitable pour l'industrie l'est aussi pour la population qui devra payer les coûts des dérapages, imprévus et autres coups du sort. Quand vient le temps de jouer dans le pétrole, ils ne ménagent aucun effort pour nous arracher notre approbation. Ils se payent d'imposantes campagnes de promotion et s'impliquent dans de stratégiques conseils d'administration. Ils vont même jusqu'à organiser des soirées de « consultation », avec de vrais citoyens en peau de crédules. Pourtant, pour ces projets d'oléoducs polluants, dangereux et controversés, on est loin de l'acceptabilité sociale.

Les écologistes n'en veulent pas, les Premières Nations n'en veulent pas, la population n'en veut pas, même le maire Coderre, qui n'est pas le plus gauchiste des granolas, n'en veut pas. À part les actionnaires des pétrolières concernées et l'Alberta, qui en veut? Le Conseil du patronat? Of course! Certains syndicats obnubilés par la création d'emplois? Hé ben... Si on regarde au-delà des intérêts personnels et partisans, on ne comprend pas la logique derrière la décision de ce gouvernement qui se voulait vert. M. Trudeau n'était-il pas un ardent défenseur de l'Accord de Paris (baignant encore dans un nuage de smog) sur les changements climatiques, signé avec un enthousiasme ostentatoire il y a moins d'un an? Entre Paris et Edmonton, les belles résolutions canadiennes ont pris le clos.

Le mystère demeure donc entier. Pourquoi tant vouloir nous enfoncer des pipelines de milliers de kilomètres dans le territoire avec autant d'acharnement? Quelque chose m'échappe, pauvre citoyen que je suis, simple électeur dont on ne se soucie, un peu, qu'aux quatre ans.

Peut-être que le fiston est attaché au modèle patriarcal, à la bonne vieille gouvernance verticale. Oui, Trudeau junior, nouveau pasteur à la tête de ses ouailles, décide tout seul comme un grand garçon. D'ailleurs, il a un plan. Ses équipes de communication nous l'ont assez répété, je n'oserais en douter : il a un Plan! Il doit aussi avoir des proches puissants et très bien informés pour lui transmettre des connaissances qui nous laissent dans les ténèbres.

Si, malgré toutes les données scientifiques condamnant l'exploitation et l'exportation des sables bitumineux; si, malgré les millions de tonnes de gaz à effet de serre qu'entraîneront ces projets; si, malgré le risque d'écoulement dans les plans d'eau et les terres agricoles; si, malgré les dommages à la réputation du Canada sur la scène internationale; si, malgré les magnifiques selfies promotionnels pris à Paris, Justin Trudeau s'engage à exporter davantage de pétrole, c'est qu'il a une raison, une bonne.

Je me résous donc à croire que le pétrole a des vertus cachées, des pouvoirs secrets. Nos grands décideurs insistent tellement pour faire voyager le fumier noir à travers le pays, nos villages, nos rivières et nos champs, il doit y avoir un avantage occulte. Ils n'en feraient pas autant seulement pour l'argent, non?

Je vais de ce pas verser un peu d'essence dans mon ruisseau, faire brûler quelques pneus dans ma cour et répandre de l'huile dans mon potager. Et je n'oublie pas de garder mon pot de vaseline à portée de main. J'ai encore foi en mon Justin. Pas de doute possible, le pétrole c'est l'avenir!

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