Prendre un verre, ou pas

C'est correct de boire de l'alcool, intelligemment. C'est... (La Tribune, David Goudreault)

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C'est correct de boire de l'alcool, intelligemment. C'est tout aussi correct de ne pas en boire, sans avoir à le justifier.

La Tribune, David Goudreault

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CHRONIQUE / « Tu noies tes chagrins dans l'alcool ? Méfie-toi, ils savent nager. » - Yves Mirande

Tu peux boire à l'occasion, à chaque occasion qui se présente, et avoir du gros fun comme dans les publicités de bière blonde qui ne goûte rien, même quand elle est frrroide ? Tant mieux pour toi, j'espère que ça va durer. Tout le monde n'a pas cette chance. On l'oublie trop souvent.

La majorité des Québécois boivent. Et la majeure partie de cette majorité boivent intelligemment, ne meurent pas des conséquences de leur consommation et ne fauchent personne sur la route. Ces chanceux vont chercher le plaisir de l'ivresse sans tomber dans ses pièges. On retrouve aussi les malchanceux qui l'échappent une fois de temps en temps, qui s'encastrent dans le sapin de Noël ou dans le poteau une fois dans leur vie, sans trop de conséquences désastreuses. Puis, on aboutit aux alcooliques, plus ou moins malheureux de boire, plus ou moins dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, mais qui éclusent leurs bouteilles malgré la souffrance que ça engendre.

Et enfin, minorité visible dans le party, exceptions à la règle, apparaissent ces étranges bestioles qui ne boivent pas. Non, pas du tout. Non merci. Non, je suis certain. Non, j'ai dit non, j'en veux pas ! De toute évidence, c'est dur à comprendre. Je n'ai jamais vu quelqu'un insister jusqu'à l'excès pour refiler une portion indésirée de pâté chinois : « awèye donc, juste un morceau, tu vas voir, c'est bon » ... « Ah ouin? Tu manges pas de pâté chinois pantoute ? T'es sûr ? C'est drôle ça » ... Jamais, non plus, je n'ai été témoin d'acharnement pour faire boire un verre d'eau. « Tu vas l'aimer, c'est de l'eau de source distillée, embouteillée à Longueuil ! Goûtes-y au moins, juste un verre ». Pour l'alcool, c'est plus fréquent, presque banal.

Peu importe la raison de décliner l'offre, elle est bonne. Et devrait être suffisante. Certains n'aiment pas le goût ou l'effet de l'alcool. D'autres ont vu leur proche souffrir, même mourir aux mains de l'alcoolisme, alors ils préfèrent l'éviter. Et d'autres encore ont justement sauvé leur peau en choisissant l'abstinence complète. Toutes ces raisons, et les autres aussi, sont excellentes et devraient suffire. « T'es sûr là, même pas un peu ? ».

On discute beaucoup de la notion de consentement ces temps-ci. Tant mieux, c'est essentiel. On pourrait transposer la réflexion à d'autres types de consentement, dont celui de prendre un verre ou pas.  Non c'est non, peu importe la raison.

Parlant d'offre insistante, la S.A.Q propose depuis peu sa carte «Inspire» afin d'encourager ses clients fidèles à fréquenter davantage son monopole.  Mis à part des lignes de coke, je ne vois pas ce qu'un gars paqueté inspire, sinon de la tristesse. À moins qu'on joue sur le mythe de l'inspiration alcoolisée des grands génies ? Allez savoir ! Le résultat est là : même la société d'état tient à nous offrir un verre, ou douze bouteilles !

L'alcool est un lubrifiant social, l'ivresse est une source de plaisir, mais son omniprésence ne doit pas occulter l'envers de la médaille. Entre un party de bureau qui dégénère et une initiation qui dérape, le verre de trop joue souvent un rôle de premier plan. L'alcool cause plusieurs dizaines de morts sur nos routes chaque année, sans compter les suicides et autres drames familiaux baignant dans le fameux liquide. Son commerce constitue une source de revenu importante pour le gouvernement, mais le coût social est très élevé.

Une réflexion s'impose. Il faut d'abord s'abstenir de banaliser autant que de moraliser. Regardons les choses en face, en évitant d'avoir la vision embrouillée. La modération a bien meilleur goût ici aussi.

C'est correct de boire de l'alcool, intelligemment. C'est tout aussi correct de ne pas en boire, sans avoir à le justifier. La vie n'est pas moins belle. Nos conversations ne sont pas moins brillantes. Les soirées ne sont pas plus plates. Et ça permet d'avoir des chauffeurs désignés.

Aujourd'hui même, ça fait huit ans que je n'ai pas bu une goutte. Peu importe les raisons. Prenez un verre à ma santé, si vous le voulez. Merci de ne pas m'en offrir ! Ni insister...

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