Hommage aux cabochons

On est tous le cabochon de quelqu'un d'autre,... (Collaboration spéciale, David Goudeault)

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On est tous le cabochon de quelqu'un d'autre, à l'occasion.

Collaboration spéciale, David Goudeault

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(Sherbrooke) « L'important, dans la vie, c'est l'honnêteté et la sincérité. Si vous pouvez feindre ça, l'affaire est dans le sac. » - Groucho Marx

CHRONIQUE / On a tous un beau-frère, un collègue ou un ami qui l'a l'affaire. Quelle affaire? Peu importe, il l'a, lui, il sait comment faire. Untel dit s'y connaître en informatique, mais crée plus de ravages qu'un virus soviétique. L'autre prétend savoir installer des armoires, mais détruit le mur en arrière. Et leur fameux contact qui se dit homme à tout faire pour mieux défaire les deux tiers des travaux et, finalement, s'avouer incapable de terminer la job, désolé. Diagnostic : cabochons!

Le monde déborde de cabochons, ils sévissent partout, dans le milieu de la rénovation, du crime organisé, de la culture, etc.! De joyeux incompétents qui pissent dans la soupe et s'étonnent d'être privés de dessert. Règle générale, ils ne sont même pas méchants, à peine conscients de leurs limites. Ils s'enfargent dedans, d'ailleurs. « Oui oui, je m'en occupe! Je connais ça... » Vous connaissez la suite.

Imaginez les proportions que ça prend quand on tombe sur une chaîne de cabochons : c'est exponentiel! Un chef de gouvernement cabochon mandate un ministre cabochon, qui délègue à un haut fonctionnaire cabochon, qui passe le relais à son équipe de cabochons ne trouvant rien de mieux à faire que de confier le travail à des sous-traitants dignes de la grande cabochonnerie... Ça peut aller très loin, ou pas! Avec un peu de chance, on aura une commission de cabochons pour leur taper sur les doigts, ou pas...

Je pourrais frapper dans le tas, donner des noms, des exemples édifiants, mais je suis zen aujourd'hui. Je pratique la pensée positive; ça coûte moins cher que des antidépresseurs et ça fait moins mal que la réalité. Allez hop, je mets mon amertume de côté, j'enfile mes lunettes roses et je te dis merci cabochon, bravo cabochonne! Tu es l'ombre qui met en lumière les bons travailleurs de ce monde. Oui, je reconnais ta fonction sociale, toi, l'épine qui accompagne la rose, le pépin qui habite le fruit, le collègue qui nous ralentit. Grâce à toi, j'apprécie les vaillants travailleurs, les compétents, les engagés dans leur boulot, tous ceux qui cherchent à se surpasser et accomplir leur tâche avec professionnalisme. Tu es l'écharde dans le doigt, mais l'écharde qui permet d'apprécier la main. C'est pas rien!

On est tous le cabochon de quelqu'un d'autre, à l'occasion. À tous ceux qui ont dû subir mes excès de cabochonnerie, je m'en excuse. À tous ceux qui les subiront, je vous demande déjà pardon. Je fais ce que je peux, mais nul n'est à l'abri de ce mal sans merci. Ça me rappelle mon emploi de jeune camelot pour Le Nouvelliste, une grosse semaine de travail : je livrais le journal en fin de journée plutôt que le matin, je trouvais ça plus pratique. Ils n'ont pas retenu mes services.

Un incompétent en formation suscite mon admiration. Un travailleur avec des contraintes, qui accepte de reconnaître ses limitations aussi, c'est remarquable. L'important n'est pas tant d'accomplir de gigantesques travaux, mais d'accomplir les tâches pour lesquelles on est payé au meilleur de ses compétences, de déléguer ou de reconnaître son incompétence. Ça relève de la conscience professionnelle. Et de l'amour du travail bien fait.

C'est samedi, j'arrête de parler boulot. Bon repos à ceux qui l'ont, celles qui le font, ceux qui le promettent, celles qui le remettent, ceux qui s'effondrent, celles qui s'efforcent, ceux qui relèvent de la passion, celles qui épuisent notre patience, à tous ceux qui attendent les élections, à toutes celles qui se démènent pour toucher leur commission, ceux qui méritent une promotion, celles qui l'obtiendront, et puis, tiens, je le souhaite même aux cabochons.

Cabochon, cabochonne, je te salue, te remercie encore et te souhaite une petite semaine pas trop épuisante. Ménage-toi, et nous aussi!

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