Notre première rencontre

C'est stressant la première fois, toutes les premières... (La Tribune, David Goudreault)

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C'est stressant la première fois, toutes les premières fois. Pour l'amour, une recette vietnamienne ou une nouvelle chronique, c'est du pareil au même.

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David Goudreault

Chronique de David Goudreault »

Crédit: Spectre Média: Jessica GarneauJournaliste : Sonia BolducDavid Goudreault nouveau chroniqueur

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs. À l'inverse, c'est de l'isolement que meurent les civilisations. - Octavio Paz

C'est stressant la première fois, toutes les premières fois. Pour l'amour, une recette vietnamienne ou une nouvelle chronique, c'est du pareil au même. Sous l'excitation de la découverte se glisse la crainte de commettre une erreur. Je n'ai pas à m'en faire, c'est normal. Même si on m'offre une chronique hebdomadaire dans six grands quotidiens du Québec, il n'y a pas de quoi en faire une montagne. D'ailleurs, je me demande bien pourquoi je ne dors plus depuis trois semaines. Et ces mains tremblantes cherchant les lettres au-dessus du clavier, c'est mystérieux.

La première chronique, c'est surtout l'occasion de se présenter. La première impression est importante, surtout dans les journaux. Je dois donner le ton, sans abuser de mon amour des images tordues, ce serait indélicat de sortir les fouets et l'ensemble de cuirette à la première rencontre. Il faut se laisser le temps, apprendre à se connaître, s'apprivoiser. Alors, comment faire comprendre à mes nouveaux lecteurs que je suis un progressiste pragmatique, ouvert aux idées de tous les partis, même si je perds toujours mes élections? Dur à dire, l'écrire c'est pire encore.

Faudra aussi dénicher les mots justes pour partager mon amour des idées, de la poésie, des livres. Ça explique ma passion des citations et la forte probabilité d'en retrouver en tête de chacune de mes chroniques. Vous voilà prévenus.

Sans oublier ma soif de justice sociale! Je devrai en parler de cette soif, surtout qu'en ce moment, l'humanité a la gorge sèche, non? On m'a demandé d'adopter un angle « humeur et société », mais la société me met rarement de bonne humeur, ce sera épineux. Même pour un travailleur social comme moi, l'espoir se fait parfois plus rare qu'un jambon dans le panier d'épicerie d'une végétarienne. Mais malgré tout, l'animal social qu'est l'humain est capable de grandes réalisations, et je pourrai en témoigner à l'occasion, ça devrait m'aider. Et en motiver d'autres aussi, je ne suis pas seul à considérer qu'on fonce dans le mur avec un bel élan. Sinon, je me servirai de cette chronique pour rédiger de longs poèmes dépressifs. Les patrons seront contents!

Confiance, les mots se trouveront en cours de route, ou ils en traceront une nouvelle. Et pour toute chronique, un certain pacte de lecture doit se nouer. Je tenterai d'écrire le moins de bêtises possible et le lecteur essaiera de me lire entre les lignes. Il évitera ainsi de se laisser brûler au premier degré. C'est une bonne base, je suis déjà rassuré.

Dans la fébrilité de la première rencontre, on cherche nos mots, on ne voit pas le temps passer, et il passe trop vite. On oublie d'en profiter. Et comme on gagne en assurance, qu'on s'apprête enfin à formuler sa pensée en totale clarté, à toucher l'essentiel, tout dire, c'est déjà fini.

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