Mario Pelchat : l'homme libre derrière le trémolo

Mario Pelchat présente son spectacle Et maintenant... Bécaud... (La Presse, Robert Skinner)

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Mario Pelchat présente son spectacle Et maintenant... Bécaud un peu partout au Québec.

La Presse, Robert Skinner

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Wôôô-oh-ouh-wôôô. Wôôô-oh-ouh-wôôô. Wôôô-oh-ouh-wôôô.

Malgré ses 35 ans de carrière, Mario Pelchat est encore souvent réduit dans l'imaginaire populaire à ce roucoulant trémolo, sorte d'irruption démesurée et irrépressible d'émotions, dont il a longtemps ponctué ses tubes, mais qu'il a essentiellement évincé de ses récents albums.

Dites-nous, Mario, d'où vient ce théâtral ornement vocal dont vous êtes aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire, complètement indissociable?

« Il y en avait déjà eu, au Québec, des artistes qui avaient chanté avec du soul, mais l'avènement de Céline Dion a vraiment mis de l'avant ce côté ''black dans la peau d'une blanche''. Ça a beaucoup séduit l'industrie et influencé les chanteurs, dont moi », m'explique-t-il en toute candeur en sirotant sa première bière depuis septembre - le vigneron qu'il est devenu à Saint-Joseph-du-Lac s'offre parfois de longues pauses d'alcool.

« J'appartiens à cette période, oui, où on était tous portés à faire des fions partout. Mais ce n'est pas dans mon cas qu'à cause de l'influence de Céline. Longtemps, j'ai écouté de la chansons française, grâce à mes parents, mais autour de 17 ou 18 ans, j'ai découvert la musique noire, Stevie Wonder d'abord, puis James Ingram, et ça a une incidence sur ma manière de chanter. À partir de ce moment-là, j'étais à mi-chemin entre la chanson français et des fioritures plus black. »

« Je comprends que le ''Pleu-eu-eu-eurs, Pleu-eu-eu-eurs'' de Pleurs dans la pluie, c'était peut-être beaucoup », poursuit-il, comme pour signaler qu'il sait pertinemment que ses succès n'ont pas toujours brillé par leur sobriété. « C'était l'époque aussi. Le réalisateur te faisait entrer en studio et il te disait : ''Fais-moi plein de feels différents [des envolées vocales], on va mettre ça un peu partout.'' Après, tu écoutais le mix final et le feel que j'avais fait à la fin, il l'avait mis au début de la chanson. »

Vous aurez compris qu'il est fort probable que votre chanson préférée de Mario Pelchat ne soit pas celle qu'il porte le plus près de son coeur. « J'en ai fait des tellement meilleurs », s'exclame-t-il alors que je lui raconte avoir été foudroyé par une épiphanie en attrapant pour la première fois depuis des lunes Perdue l'envie d'aimer sur les ondes d'une rougeoyante station de radio, tard le soir, cet été.

Le snob que je suis n'avait jamais jusque-là réellement goûté les refrains pop irrésistibles de Quand on y croit, Voyager sans toi ou Ailleurs (power ballade ultime). Voilà que je comprenais enfin que la pertinence et la puissance des hits de Pelchat tiennent précisément à cette grandiloquence et à cette outrance que lui avait reprochées une certaine critique. Il y a des sentiments humains qui ne peuvent se nommer que dans un torrent de larmes et de trémolo.

« Je ne renie rien et il y a de mes anciens enregistrements dont je suis satisfait, mais comme à cette époque-là, je ne choisissais pas mon répertoire et je n'assistais jamais aux séances de mixage, il y a des affaires qui sont pourries, où on entend juste du reverb », juge le principal intéressé.

C'est que malgré son statut de star, Mario Pelchat aura longtemps été relégué par ses maisons de disques au rôle de figurant dans la création de ses propres albums. « Quand j'ai fait entendre Je n't'aime plus chez Sony, on m'a dit : ''C'est bon, mais c'est pas toi'' », se rappelle-t-il, encore confus.

Je n't'aime plus (1999) ne pouvait, pourtant, davantage correspondre à ce qui irriguait alors le coeur de Mario Pelchat. Confession adressée à son épouse dont il se séparait, cette totale mise à nu remportera le Félix de la chanson de l'année, et consolidera le triomphe de l'auteur-compositeur Pelchat sur le strict interprète.

Sa femme Claire, à qui était destinée la missive (ils se sont depuis réconciliés), reconnaissait elle aussi l'homme dont elle partageait la vie. « Si elle avait trouvé le texte trop dur, j'aurais respecté son choix et je ne l'aurais pas lancé. Elle m'a dit : ''Enfin, tu chantes quelque chose qui vient de tes tripes. Enfin, je te crois. Avant tu chantais des mièvreries. Ça ne me rejoignait pas. Là, ça me rejoint.'' »

Ailleurs, c'est où?

En décembre dernier, après avoir offert quelques concerts bénéfices pour des églises prises à la gorge par des problèmes financiers, Mario Pelchat inventait le projet d'un album entièrement consacrée à des chants sacrés. En quelques semaines, le producteur qu'il est mettait en place une équipe.

Résultat : ce nouveau disque paraîtra aussi tôt que le 17 mars, quelques jours après la fin de la brève tournée Et maintenant... Bécaud, elle entièrement consacrée au répertoire de Monsieur 100 000 volts et inspirée de l'élégant album du même nom. Enregistrer et lancer une nouvelle série de chansons en quelques mois aurait été impossible à l'époque où son label et son équipe dictaient son horaire, se rappelle l'homme d'affaires, soulagé d'avoir conquis sa liberté.

N'aviez-vous pourtant pas déclaré en 2014 sur Facebook que des albums, vous n'en enregistreriez plus? « J'étais aussi sérieux ce matin-là que Dominique Michel pouvait l'être quand elle disait que c'était son dernier Bye bye », blague-t-il, en laissant retentir un éclat de rire plein d'autodérision. « Je suis impulsif et j'ai écrit ça sur un coup de tête. Depuis ce temps-là, mon attachée de presse me dit : ''Avant de publier quelque chose sur les réseaux sociaux, appelle-moi.'' »

Le disque compact demeure de toute façon, malgré les nombreuses cérémonies funéraires qu'on a célébré autour de sa mort annoncée, un objet lucratif pour MP3 Disques, la boîte que Pelchat dirige et qui héberge à la fois 2 Frères et Paul Daraîche.

« Je suis un livre ouvert », m'avait annoncé mon invité au début de notre bière et notre conversation sera à l'avenant. Alors que certains artistes préféreraient ne pas ouvrir la porte sur leur propre spiritualité, de peur d'être ridiculisé, Mario Pelchat accueille mes questions avec, dans l'oeil, une étincelle de fierté, sans doute celle du vrai croyant. D'autres auparavant avaient tenté de le dissuader de révéler au public cette part de sa vie intérieure, qu'il alimente depuis la vingtaine en lisant fréquemment la Bible.

« Quand t'es jeune et que tu commences une démarche spirituelle, c'est parce que tu t'interroges, que tu te demandes d'où tu viens, où tu vas, c'est quoi la vie, souligne le quinquagénaire. C'est légitime de se poser ces questions-là. J'étais dans une démarche pour me parfaire, pour améliorer ma relation avec les autres, et je me demande encore pourquoi cette démarche provoquent autant de sourcillements. La société a peut-être trop mis l'accent sur la valorisation du moi. C'est aujourd'hui ce qu'il y a de plus important, alors que la Bible nous enseigne que nous ne sommes pas grand-chose. »

Entre vous et moi, le savez-vous où se situe ce « pays où les chagrins n'existent pas », que vous appelez de vos voeux dans Ailleurs? « Il va venir. J'ai aucun doute là-dessus. La Bible le dit. » Même pour l'athée que je suis, il est parfois doux d'y croire.

Mario Pelchat présente son spectacle Et maintenant... Bécaud le 11 février au Palace de Granby et le 16 février au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke.

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