Le fantasme de Gaétan Barrette

Gaétan Barrette « fantasme » à l'idée de faire un... (Archives La Tribune, Frédéric Côté)

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Gaétan Barrette « fantasme » à l'idée de faire un second mandat à la Santé après les élections de 2018, pour consolider sa réforme.

Archives La Tribune, Frédéric Côté

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(Québec) On a toujours dit de Jean Rochon, le père du virage ambulatoire, qu'il n'a pas eu le temps nécessaire pour terminer ses changements au système de santé. En 1998, Lucien Bouchard l'a muté à la Recherche, Science et Technologies, pour des raisons obscures. Triste fin de mandat pour ce médecin brillant, diplômé au doctorat de Harvard, qui a terminé sa carrière comme ministre d'État aux Ressources humaines et au Travail en 2003.

Gaétan Barrette n'a pas l'intention de subir le même sort. Il « fantasme » à l'idée de faire un second mandat à la Santé après les élections de 2018, pour consolider sa réforme. De quoi faire frémir ses critiques à l'interne et ses adversaires à l'Assemblée nationale.

Le ministre plaide que le plus grand danger est de voir son successeur chambarder sa réforme avant qu'elle ne soit véritablement implantée dans les habitudes et les pratiques du monde de la santé. Donald Trump vient de lui donner raison en nommant Tom Price à la Santé, un farouche adversaire de l'Obamacare.

Il faut huit ans pour consolider une telle réforme, a confié Gaétan Barrette en entrevue exclusive au Soleil. Il affirme néanmoins que l'on verra les bénéfices de ses changements dès 2018. On comprend toutefois qu'il sera impossible de faire consensus sur les résultats de cette réforme dans le climat partisan de la campagne électorale. Il y aura toujours des cas isolés à dénoncer dans les urgences, les CHLSD et les délais pour les traitements. Il sera d'autant plus difficile d'évaluer les résultats de ses politiques, que la population du Québec vieillit et que le fardeau sur le système continuera de s'accroître. Il n'est jamais facile de dresser un bilan dans de telles circonstances. Il est dommage à ce chapitre qu'il ait aboli le poste de Commissaire à la santé.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux, c'est 33,7 milliards $ dans le budget du gouvernement, deux fois plus que l'Éducation, et 50 % des dépenses de programmes. C'est un État au sein de l'État. Il est impossible d'imaginer une campagne électorale qui ne ferait pas le bilan de la réforme considérable menée par le ministre Barrette. Comme il est improbable que Philippe Couillard l'envoie à un autre ministère d'ici 2018, c'est donc le ministre lui-même qui défendra son bilan.

Il y aura sans doute des critiques, mais on ne pourra pas lui reprocher de ne pas avoir essayé. Contrairement à l'Éducation et aux Transports, où le roulement des ministres a paralysé les ministères, la Santé a pris un énorme virage sous sa gouverne. Un virage trop centralisé au bureau du ministre, selon l'opposition, trop généreux pour les médecins aux dépens des services aux patients, brutal et démobilisateur pour le personnel du réseau. Les critiques sont nombreuses.

La force - ou la faiblesse - de Gaétan Barrette est que contrairement à bien d'autres, la critique ne semble pas l'atteindre. À un point tel qu'il lui arrive d'être condescendant envers ses interlocuteurs de l'opposition. Au lieu de faire des changements à la pièce pour régler les problèmes un à la fois, il s'est « attaqué » (le mot est de lui) au système au complet. Convaincu que la force de l'inertie est son plus grand obstacle, il a bousculé les institutions, les organigrammes et les habitudes. Il est persuadé que ses changements législatifs lui permettront d'intégrer, ou sinon d'imposer dans tout le réseau, les « meilleures pratiques » identifiées dans certains établissements ou certaines régions.

Sa réforme est en place, mais il faudra du temps pour savoir s'il aura eu raison. C'est une chose de le dire, ce dans quoi il excelle. Il a deux ans pour en faire la démonstration.

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