Le coin zen pour apprendre

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Il est difficile de nier les problèmes de sécurité que les mezzanines construites dans les écoles de la CSRS auraient posés pour réagir à un incendie ou à l'arrivée d'un tueur fou.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Dans un roman d'espionnage, l'opération aurait eu pour nom de code «Refuge pédagogique». Je vous parle des mezzanines d'écoles primaires que la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) devra démolir.

Rendons d'abord à César ce qui revient à César. L'ex-enseignant Yves Nadon avait deviné, il y a une dizaine d'années, que ses élèves ne demanderaient pas mieux que de prendre la clef des champs avec lui sans qu'il soit nécessaire de sortir de l'école,

Dans la classe de Monsieur Yves comme dans toutes les autres, il y avait des cahiers, des pupitres et un tableau pour passer à travers l'incontournable programme pédagogique. Mais, on retrouvait en plus dans la sienne un coin zen à l'étage pour la lecture, un lieu en retrait où les exercices redondants devenaient moins routiniers, où entrait un vent de fraicheur même lorsque les fenêtres étaient fermées en hiver.

Les enfants grimpaient dans l'échelle et ils étaient au ciel. De la mezzanine, ils voyaient le monde de haut. Ils se retrouvaient dans leur monde.

Cool!

Ce concept populaire a fait des petits, le modèle a été reproduit dans 13 classes de différentes écoles de la CSRS. Les résultats étaient probants.

On n'a pas à m'en convaincre. Quand ma mère nous autorisait, mes frères et moi, à partir après l'école pour aller chercher des boîtes au magasin de meubles du centre-ville, à Coaticook, je vous jure qu'on s'appliquait pour les devoirs après le souper. Ça ne traînait pas, car il fallait construire les camps en carton le soir même, avant que la rosée tombe. Si nos matériaux n'étaient pas recouverts de polythène à temps, c'était foutu.

Une pluie de fin de journée, c'était encore pire. Nos condos étaient mous comme de la pâte à tourtière le lendemain. Ils n'étaient même plus bons pour un feu de camp, juste pour la poubelle. On s'était donné toute cette peine pour rien. Ça t'arrivait une fois et tu retenais la leçon pour la vie!

C'est toujours ainsi, plus l'imaginaire des jeunes est stimulé, plus ils apprennent vite...

Je n'insinue pas avec ce parallèle que les mezzanines des écoles de la CSCS étaient aussi bric-à-brac que nos camps de fortune au bord du jardin ou ceux qu'on construisait dans les arbres de ce qui est devenu le parc de la Gorge.

Non, non. Il s'agissait de structures de menuiserie bien ancrées, avec des rampes solides. Ces mezzanines n'ont d'ailleurs jamais soulevé l'inquiétude d'enseignants, d'enfants ou de parents. Tous n'y voyaient que des bienfaits.

Malgré cela, un code rouge a été lancé sur l'opération «Refuge pédagogique». Ces installations ne rencontrent pas les normes prescrites par la Régie du bâtiment.

«Lorsqu'il est question de sécurité, il n'y a pas de compromis possible», a rappelé un porte-parole de l'organisme de surveillance.

Après s'être demandé s'il n'y avait pas lieu d'évaluer la rigidité des règles avant de faire disparaître ces installations fort utiles, le ministre Luc Fortin s'est vite rallié à cet argument.

De fait, lors d'un feu ou à l'arrivée d'un tireur fou, ils feraient quoi les enfants sur une mezzanine? Parviendrait-on à les mettre à l'abri aussi rapidement et aussi efficacement?

Les normes de sécurité nous paraissent toujours aussi exagérées que les scénarios servant à les justifier, mais d'expérience on sait que ce sont les modes de protection les plus efficaces lorsque surviennent des tragédies. On sait aussi que ces drames ne sont pas que la fabulation.

La Ville de Sherbrooke a invoqué les mêmes arguments, elle s'est référée aux mêmes règles lorsqu'elle a mis de l'ordre dans les sous-sols transformés en résidences d'étudiants. Certains propriétaires ont maugréé. Il valait pourtant mieux prévenir que d'essuyer des reproches de laxisme au lendemain d'un incendie mortel.

La rénovation de la salle Maurice-O'Bready a reculé les personnes à mobilité réduite dans les dernières rangées. Pourtant, les fauteuils roulants ont longtemps été tolérés sur les côtés, plus près de la scène. Une personne handicapée m'a en a fait la remarque encore la semaine dernière.

Le directeur du Centre culturel, Mario Trépanier, a déjà répondu dans nos pages à des critiques à ce sujet en expliquant que les anciennes pratiques posaient des problèmes de sécurité. La pente de la salle est trop prononcée. Pour battre la mesure lors d'un spectacle musical, ça allait. Pour évacuer en vitesse au milieu d'une foule dense, c'eut été une autre affaire.

Les aires aménagées pour personnes à mobilité réduite sont d'ailleurs aujourd'hui planifiées avec des normes de sécurité relevées.Tout comme celles s'appliquant d'ailleurs aux résidences pour personnes âgées. Ces normes sont pointues, astreignantes, mais elles tiennent compte de la vulnérabilité des gens.

Les règlements de sécurité sont souvent contraignants, mais ils sont incontournables. Le défi est de trouver comment les idées géniales de tous les Yves Nadon de l'enseignement peuvent être mises de l'avant dans cet univers complexe.

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