REEE : des mises en garde pour la communauté immigrante

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Frais d'inscriptions exorbitants, cotisations obligatoires forçant à se serrer la ceinture : des mises en garde s'imposent lorsque des parents ouvrent un régime enregistré d'épargne-études (REEE), estime l'ACEF Estrie.

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(Sherbrooke) Frais d'inscriptions exorbitants, cotisations obligatoires forçant à se serrer la ceinture : des mises en garde s'imposent lorsque des parents ouvrent un régime enregistré d'épargne-études (REEE), estime l'ACEF Estrie. La sollicitation menée auprès de la communauté immigrante inquiète Actions interculturelles, qui note une recrudescence des cas de personnes immigrantes qui ont été approchées et qui ne sont toujours pas outillées pour saisir les enjeux.

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Directrice adjointe chez Actions interculturelles, Julie Petit note une recrudescence des cas de personnes immigrantes qui ont été approchées pour contribuer à REEE.

Spectre Média, Frédéric Côté

Emmanuel (qui a demandé à ce qu'on préserve son identité) a été approché par un fournisseur tout juste après que son fils soit né. Comment ce fournisseur a-t-il pu savoir que sa femme avait accouché? Mystère. Le couple a d'abord résisté à la tentation d'ouvrir un régime pour leur enfant. Puis, un autre représentant est revenu à la charge. Cette fois, il s'agissait d'un membre de sa famille, représentant du fournisseur.

Mal à l'aise, il a fini par céder. Sa conjointe et lui se sont engagés à verser 100 $ par mois. Jusqu'à ce qu'ils réalisent qu'ils avaient fait une erreur et que ce montant était beaucoup trop élevé. Il a toutefois réussi à modifier l'entente étant donné qu'il n'avait pas dépassé le délai pour la modifier.

Il déplore toutefois l'insistance du fournisseur à entrer en contact avec lui et s'interroge sur les façons dont celui-ci a obtenu ses coordonnées.

Coordonnatrice de l'ACEF Estrie, Sylvie Bonin estime que les fournisseurs peuvent jouer sur la corde sensible des immigrants. « Ils font plein de sacrifices, de se déraciner entre autres, pour l'avenir de leurs enfants... et ils ne comprennent pas encore tant que ça le système ici. Quand les vendeurs arrivent en leur montrant le coût des études (...), ils n'expliquent pas qu'il y a un régime de prêts et bourses qui va t'aider en partie là-dedans. Si tu ne sais pas ça et que tu penses que tout ça, il faut que ce soit de l'épargne individuelle, c'est sûr que tu prends un REEE à 200 $ par mois même si tu n'as pas les moyens. »

« On profite beaucoup de l'ignorance des immigrants, du fait qu'ils ne sont pas beaucoup informés sur les questions de régime d'épargne, d'où l'importance de la sensibilisation », croit Emmanuel.

Directrice adjointe chez Actions interculturelles, Julie Petit croit qu'il faut reprendre la sensibilisation auprès des personnes immigrantes. Elle a vu différents cas auprès de cette communauté où les gens ne réalisaient pas dans quoi ils s'embarquaient.

Cette situation n'est pas nouvelle, mais on sent une recrudescence des cas, dit-elle. Les gens doivent notamment savoir qu'ils peuvent ouvrir un REEE sans avoir à cotiser obligatoirement, plaide-t-elle.

Une vaste campagne de sensibilisation sur le sujet a déjà été menée à travers le Canada. Elle souligne que les gens peuvent s'informer sur le portail de l'association ÉducAvenir.

Communauté immigrante ou pas, les gens ne réalisent pas toujours dans quoi ils s'embarquent lorsqu'ils s'engagent à verser une cotisation obligatoire mensuellement. Sylvie Bonin raconte qu'elle a vu des gens avoir de la difficulté à effectuer les versements fixés. Des gens qui avaient des emplois stables, mais pour qui la situation financière a changé pour différentes raisons : perte d'emplois, accident de travail, séparation...

« Oui, il faut penser à l'avenir des enfants, mais il faut aussi penser à leur présent. »

Mme Bonin dit avoir vu deux cas au bureau de l'ACEF de gens qui ont eu de mauvaises surprises. Une dame a cotisé 80 $ par mois pendant un an, pour un total de 960 $. Au bout de l'année, elle a constaté que le montant en capital n'était que de 88,45 $. La majorité de la somme a servi à payer une partie des frais d'inscription, ce qu'elle n'avait pas réalisé au départ. Dans un autre cas similaire, les frais d'adhésion s'élèveraient à 1180 $, et le souscripteur n'avait pas compris que les frais seraient aussi élevés.

Pas de campagne ciblée, assure Universitas

Fournisseur de Régimes enregistré d'épargne-études (REEE), Universitas n'a pas de campagne ciblée auprès de la clientèle immigrante, soutient le vice-président exploitation et service à la clientèle chez Universitas, Pierre Lafontaine. Le marché anglophone et allophone représente 4 % des ventes totales chez Universitas.

La Tribune a aussi contacté La Première financière du savoir, mais le porte-parole n'était pas disponible.

Comment les gens sont-ils recrutés? « C'est assez traditionnel, fait valoir M. Lafontaine. La majorité des gens que l'on contacte, ce sont des références que l'on a eues de clients ou de gens avec qui on fait affaire, ce que ce soit avec des immigrants ou des Québécois. On a beaucoup de gens qui nous contactent directement à la suite de nos publicités. Beaucoup de nos représentants au niveau local participent à des kiosques, dans des foires ou des salons. Nous avons beaucoup de nos représentants qui sont immigrants ou de deuxième génération, qui vont organiser des kiosques ou des activités dans leur communauté. »

« On y va aussi selon la nationalité de nos représentants. Si des représentants sont magrébins, ils vont travailler dans cette communauté-là. Mais pour nous, c'est un marché comme les autres, ce n'est pas un marché qu'on vise nécessairement plus que les autres. »

M. Lafontaine fait remarquer que les règles qui encadrent des fournisseurs comme Universitas sont les mêmes que celles de l'Autorité des marchés financiers (AMF) et de la Chambre de sécurité financière.

En cas d'entente, un prospectus est envoyé aux clients. « Les clients ont 60 jours pour annuler le REEE sans frais », note M. Lafontaine en rappelant que la durée de résiliation varie d'un endroit à un autre.

Universitas a son propre code de déontologie, et les représentants doivent répondre à celui de la Chambre de la sécurité financière, précise M. Lafontaine. Un code de déontologie a été adopté par les membres de l'Association canadienne de courtiers en régime enregistré d'épargne-études. L'AMF précise d'ailleurs que les fournisseurs de REEE « qui effectuent des placements au Québec ont l'obligation d'établir un prospectus soumis à l'AMF pour autorisation », indique-t-on du côté de l'AMF. L'AMF soutient que peu de plaintes sont portées contre des fournisseurs annuellement.




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