Des frères d'armes liés à jamais

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Après la mort de son ami Mario Mercier, Vincent Morin s'est accroché à sa mission : prendre soin des hommes qui servaient sous son commandement afin qu'ils soient le plus prêt possible lors de chaque intervention.

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(Sherbrooke) Lors d'une grosse opération sur le terrain miné de Kandahar, le caméraman Charles Dubois de Radio-Canada a perdu une jambe, le journaliste Patrice Roy a subi des blessures et deux militaires québécois, l'adjudant-maître sherbrookois Mario Mercier et le caporal-chef Christian Duchesne ont perdu la vie. C'était le 22 août 2007. Les deux militaires étaient tous les deux pères de famille. Cet incident représente l'une des dates les plus marquantes de la guerre en Afghanistan au Québec.

Les militaires n'utilisent pas le terme « frères d'armes » à la légère. Sur le terrain règne une solidarité exemplaire, un esprit d'équipe sans faille. En voici la preuve.

Au moment du drame, l'adjudant-maître Vincent Morin gardait un camp à proximité de l'endroit où est survenu l'incident. Mario Mercier faisait partie de son équipe. Comme les rôles s'alternaient, ç'aurait pu être son tour d'être à l'intérieur du convoi.

Vincent Morin a tout entendu par radio. Il a très vite compris l'ampleur du drame humain qui était en train de s'écrire sur une route de terre minée non loin de son camp avancé.

Et c'est ainsi qu'il a compris le vrai sens de ce qu'il savait de façon théorique auparavant : certains de ses camarades ne reviendraient pas vivants de l'Afghanistan.

Son ami et son frère d'armes Mario Mercier était tombé au combat.

« Le téléphone que j'ai eu avec ma conjointe, ce soir-là, a été un des plus pénibles que je n'ai jamais eus. Là, c'était vrai. Vraiment vrai », se rappelle Vincent Morin.

Quelques semaines avant son départ en mission, Vincent Morin et sa conjointe avaient soupé avec quelques autres couples dont l'un des membres était sur le point de s'envoler pour l'Afghanistan. Parmi eux, Mario Mercier et son épouse.

« Le 22 août, j'ai compris que je ne verrais peut-être pas mes enfants grandir », explique le père de famille dont les enfants avaient à l'époque 9 ans et 18 mois.

Pour surmonter ça, il s'est accroché à sa mission : prendre soin des hommes qui servaient sous son commandement afin qu'ils soient le plus prêt possible lors de chaque intervention.

« Nous sommes comme des frères, des frères d'armes, ils étaient un peu comme mes enfants. C'était ma job, mais elle a pris encore plus de sens après la mort de l'adjudant-maître Mario Mercier », dit-il en avouant qu'il n'a évidemment pas « cliqué » ça sur le coup, mais bien des années plus tard en repensant à sa mission.

Aucun militaire de son peloton n'a perdu la vie pendant sa rotation, une pensée qui le soulage bien sûr lorsqu'il revoit des images de son travail en théâtre.

Dix ans après la mort Mario Mercier, son épouse et ses enfants ont décliné la demande d'entrevue de La Tribune. Ils préfèrent vivre ce triste anniversaire dans l'ombre et en toute intimité.

Retrouvailles annoncées

Pour l'adjudant-maître Mathieu Giard, la mission s'est terminée brusquement en septembre 2007 après qu'il eut subi une très sérieuse blessure au dos alors que lui aussi était aux commandes de son peloton (voir autre texte). Il a vu la mort de près.

« Lorsque mon peloton est revenu au Canada, les Forces m'ont fourni un transport pour que je puisse les accueillir à l'aéroport. Toute ma gang est revenue vivante! Ç'a été très émouvant. Pas un est passé à côté de moi sans venir me voir. J'ai pu voir que j'ai été apprécié », se réjouit le militaire de 42 ans aujourd'hui.

Dix ans presque jour pour jour après le début de sa mission, Mathieu Giard reverra bientôt sa gang, puisque des retrouvailles ont été organisées. Pas loin de 30 militaires sur les 40 de son équipe seront présents. « Ce sera la première fois que je reverrai certains membres de mon équipe. J'ai hâte de revoir tout le monde », se réjouit-il.

Le sergent Benoit Huard a aussi tissé des liens avec son équipe. Si malade qu'il s'est blessé en chutant alors qu'il se trouvait sur son camp avancé, Benoit Huard a dû être transféré à l'hôpital de Kandahar pour y recevoir des soins. Rentrer à la maison? Que non. Cela ne lui a jamais effleuré l'esprit. Il ne souhaitait qu'une chose, guérir et reprendre le commandement de son équipe.

« Il n'était pas question que je laisse mes gars tout seuls », lance-t-il de tout go.

« Des fois, j'ai imaginé mes gars morts sur le terrain. Là, je les revois parfois et ils sont pères, leurs carrières ont progressé... Ça fait du bien! » se réjouit Benoit Huard.




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