Le long combat de Pierre Guilbault, ancien Monsieur Orignal

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L'ancien culturiste Pierre Guilbault ne baisse pas les bras 11 ans après avoir reçu un diagnostic de sclérose latérale primaire sévère.

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Crédit photo : Spectre média : Jessica GarneauJournaliste : Cut Simon Roberge
Simon Roberge
La Tribune

(Canton de Hatley) Pierre Guilbault était, pour reprendre ses mots, en parfaite forme physique en 1962 lorsqu'il a été nommé l'homme le plus parfaitement développé du Québec. Il pliait des clous de huit pouces de ses mains et était en mesure de déchirer le bottin téléphonique de la ville de Montréal. Mais aujourd'hui, une sclérose latérale primaire sévère empêche l'homme de 85 ans de marcher.

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Pierre Guilbault est à la fois connu sous le nom de Monsieur Orignal et de Monsieur Province de Québec.

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Il est même passé bien près de tout abandonner en 2007 lorsque son neurologue lui a annoncé la mauvaise nouvelle.

« À ce moment-là, la mort semblait plus attrayante que la vie, avoue-t-il en entretien avec La Tribune à son domicile en Estrie. Thérèse, ma femme, a appelé tous les membres de ma famille et mes amis qui se sont relayés pendant plusieurs jours pour me remonter le moral. J'ai finalement accepté de me battre.

Inlassablement, une heure par jour, sept jours sur sept, Pierre Guilbault fait des exercices pour retarder la progression de la maladie. Onze ans plus tard, il arrive encore à marcher quelques mètres. La discipline qu'il a acquise durant son parcours dans le monde du culturisme l'a beaucoup aidé.

« Je suis très discipliné, souligne celui qui a terminé au deuxième rang du prestigieux concours M. Canada en 1963. J'étais en excellente condition physique et jamais je n'aurais pensé qu'un jour je ne pourrais plus marcher. Ce n'est pas à manger des croustilles et boire de la liqueur que j'ai réussi à avoir du succès, j'avais un régime de vie très sévère avec de bonnes habitudes de vie. C'est ce qui me permet d'être encore relativement autonome. Mes jambes sont finies, mais mes bras sont encore très solides alors je peux arriver à me soutenir. »

« Je connaissais la valeur du conditionnement physique et, grâce à ces exercices, j'arrive encore à marcher de 15 à 20 pieds avec ma marchette. »

Tout comme la sclérose latérale amyotrophique (SLA), la sclérose latérale primitive primaire (SLP) est une maladie dégénérative progressive qui atteint les motoneurones. La SLP progresse toutefois plus graduellement que la SLA et ses effets ne sont pas aussi dévastateurs.

Contrairement à ce qui se produit dans la SLA, les muscles des personnes atteintes de la sclérose latérale primitive ne s'atrophient pas et si la maladie est invalidante, elle n'est toutefois pas mortelle.

La plus belle région du Québec

Pierre Guilbault a fait partie de la Sûreté du Québec pendant 25 ans. Il a été transféré à plusieurs reprises et c'est de cette façon que l'Acadien d'origine a découvert l'Estrie.

« Un moment donné, je me suis retrouvé à Cookshire et quand j'ai vu l'Estrie je me suis dit que j'allais finir mes jours ici. C'est la plus belle région du Québec. »

« Il y a toujours un commencement et une fin, personne n'y échappe. J'essaie toujours de garder le cap, mais ce n'est pas toujours facile. Aujourd'hui, je dis souvent que mes valises sont prêtes, mais je n'ai pas encore acheté mon billet. »

Monsieur Orignal

Impossible d'avoir une discussion avec Pierre Guilbault sans parler de sa passion première : la chasse. M. Guilbault a d'ailleurs publié cinq livres et produit plusieurs documentaires. Son immense talent pour appeler l'orignal lui a d'ailleurs valu le surnom de M. Orignal dans le cercle des chasseurs.

Et s'il y a une chose que la maladie n'a pas été en mesure de freiner, c'est sa passion pour la chasse.

« Ma modestie en souffre, mais Thérèse et moi tuons notre chevreuil tous les ans, lance-t-il fièrement. J'ai encore le feu sacré et j'ai même mon propre élixir pour attirer les chevreuils. »

Thérèse et Pierre Guilbault possèdent en effet plusieurs pommiers pour concocter leur fameux élixir fait à partir de jus de pomme pur, de vinaigre de cidre de pomme et de sirop de pomme.

« L'élixir est tellement efficace que lorsqu'on change d'emplacement, les chevreuils sont là le soir même. »

«J'ai donné beaucoup de viande d'orignal et maintenant l'ascenseur revient»


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Crédit : Spectre Média : Marie-Lou BélandJournaliste : Simon RoberbeSur la photo : Pierre Guilbault

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Et ce à la grande joie de Pierre Guilbault qui peut encore aujourd'hui manger autant de viande de chevreuil qu'il le souhaite.

« J'ai donné beaucoup de viande d'orignal dans ma vie et maintenant l'ascenseur revient, complète-t-il. Plusieurs de mes amis et membres de ma famille sont devenus d'excellents chasseurs et me donnent de la viande. »

Pierre Guilbault a toutefois dû se résoudre en raison de son lourd handicap à vendre de grandes terres qu'il possédait à Chartierville.

Il est heureux aujourd'hui dans sa demeure dans le canton de Hatley, mais la maladie menace cette quiétude.

« Je vois plus de chevreuil que d'être humain, lance-t-il avec le sourire. On est dans cette maison depuis 14 ans, mais maintenant la sclérose va peut-être nous obliger à partir. Je ne suis pas capable de monter les escaliers. J'ai été obligé de me faire une chambre dans la salle de lavage, imaginez-vous. J'ai dû faire percer une fenêtre. Mais ce sera la mort dans l'âme que je quitterai cet endroit. »




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