Pangea soulève de l'inquiétude dans le monde agricole

L'agriculteur et président du Syndicat de la relève... (Spectre Média, Maxime Picard)

Agrandir

L'agriculteur et président du Syndicat de la relève agricole de l'Estrie, Maxime Lafond.

Spectre Média, Maxime Picard

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Matthew Vachon
La Tribune

(COOKSHIRE-EATON) L'implication de la société Pangea dans le secteur agricole sur le territoire de la MRC du Haut-Saint-François est bien mal reçue par le Syndicat de la relève agricole de l'Estrie.

Même s'il n'y a encore qu'un seul partenariat entre un agriculteur et Pangea sur l'ensemble des 24 490 hectares de terres agricoles utilisées dans la région, le président du syndicat, Maxime Lafond s'inquiète. Il souligne le fait que cette société a le potentiel pour acheter les terres des environs grâce à des moyens financiers qui n'ont rien à voir avec le petit agriculteur régional. Celui-ci dénonce également le concept d'affaires de cette entreprise. Lorsqu'elle procède à un achat, elle devient détentrice à 100 % des actifs qui peuvent prendre de la valeur, comme les terres et l'immobilier. S'il devait y avoir une situation plus difficile financièrement, dit-il, l'agriculteur n'a aucune garantie de la part de Pangea.

« Lorsqu'elle achète une ferme, elle forme une seconde société d'opérations derrière la plus grosse entité. Dans cette deuxième entité, 51 % des profits vont au producteur et les 49 % restant vont dans les poches de Pangea », explique encore M. Lafond.

Il juge donc très négativement cette arrivée. « Pour ma part, ce que je vois, c'est une dévitalisation de la région. Pangea est une grosse société qui va acheter les terres des agriculteurs. Automatiquement, les magasins des petits villages ne pourront plus vendre à cause de Pangea. Ce ne sera pas seulement les petites coopératives qui vont ressentir ça, mais aussi les caisses à qui les emprunts sont effectués. Même la vie familiale sera mise de côté au profit d'une grosse entreprise », analyse l'agriculteur de Weedon.

Bien qu'il comprenne la motivation de ceux qui vendent à cet important joueur, M. Lafond croit qu'il en va de la santé de la région si ce manège perdure.

« À court terme, ça peut être intéressant. Sur le long terme, c'est toutes les régions et les villages qui écopent. Qu'on le veuille ou non, si l'on regroupe cinq fermes familiales pour n'en former qu'une seule, c'est l'économie des régions qui s'en va au profit d'une grande entreprise  », fait valoir le jeune producteur.

Pour sa part, l'agriculteur de La Patrie Jonathan Blais se montre déçu à l'idée de devoir cohabiter avec Pangea. «  Cette entité, c'est la privatisation de l'agriculture québécoise. C'est très malheureux de voir ça. On ne peut pas plaindre les producteurs qui vont vendre leurs terres devant de bonnes offres. À mon avis, le gouvernement a failli à sa tâche. »

Il évoque aussi le vieillissement des agriculteurs et la relève trop faible en nombre. Cela permet à Pangea de racheter les terres lorsque les plus vieux prennent leur retraite. En 2010, il y avait 447 entreprises agricoles enregistrées ainsi que 731 producteurs agricoles dans la MRC du Haut-Saint-François.

Des réserves

De son côté, le conseiller en développement en agroforesterie du CLD du Haut-Saint-François, Marc-Sylvain Pouliot, responsable du Plan de développement de la zone agricole (PDZA), a émis quelques réserves à ce sujet. « C'est un sujet très délicat. Je crois qu'il ne faut pas s'inquiéter nécessairement, car cela peut répondre aux besoins de ceux qui adoptent ce modèle d'affaires. Cependant, il est clair que ce n'est pas fait pour tout le monde », déclare M. Pouliot.

Celui-ci s'inquiète notamment du fait que ce nouveau fonctionnement ne contribuera pas nécessairement à garder les familles dans la région.

« Ça limite le nombre de familles qui vivent dans ce secteur. Celles-ci vivent et s'impliquent dans la région. C'est certainement le facteur le moins intéressant de ce que propose Pangea pour le Haut-Saint-François. Il y a également la question de surenchère sur les terres, ce qui demeure difficile à prouver, mais dont on peut se douter. Avec Pangea dans le décor, cela peut augmenter la valeur des terres à l'achat », déclare le conseiller en agroforesterie.

Il est d'ailleurs important de mentionner que l'une des actions prioritaires identifiées dans le PDZA a été d'élaborer une stratégie complète de soutien à l'établissement dans les secteurs agricoles et forestiers. Cette stratégie vise justement à faciliter le transfert et le démarrage d'entreprises agricoles et forestières sur l'ensemble du territoire de la MRC. Rappelons que la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ vont investir conjointement la somme de 20 millions $ dans l'entreprise Pangea pour contribuer à son essor.




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer