Discours haineux : «On aurait tort de ne pas s'inquiéter»

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«Les discours haineux se nourissent les uns les autres. Il y a donc lieu de s'en inquiéter», rappelle David Morin, professeur à l'UdeS et codirecteur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent.

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(SHERBROOKE) Les événements à caractère haineux et les commentaires anti-immigration ont tendance à être plus nombreux depuis quelques années, selon David Morin, codirecteur de l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent. « On aurait tort de ne pas s'inquiéter », dit-il.

Le professeur de l'Université de Sherbrooke, interpellé dans le dossier des autocollants apposés par la Fédération des Québécois de souche au centre-ville de Sherbrooke, prévient qu'il ne s'agit pas d'un geste isolé. « Il y a une multiplication de ce genre de chose. Ça s'inscrit dans une tendance lourde. »

M. Morin explique que « l'histoire de l'humanité s'illustre par des montées de l'intolérance et nous assistons à une résurgence. Nous aurions tort de ne pas nous inquiéter parce qu'il y a un effet de multiplication. La solution passe par les responsables politiques qui prennent conscience de cette tendance. Ils ne peuvent plus se cacher derrière des discours moralisateurs. Nous avons probablement plus besoin qu'ils expliquent que ce qui se dit est faux. »

À titre de comparaison, David Morin rappelle que le rythme de l'immigration en provenance de l'Asie s'était accru au début du siècle, notamment à Montréal. « On avait constaté une vague de racisme et d'intolérance à l'époque. Ces montées sont cycliques. En Europe, il y a une montée de la droite qui surfe sur les problèmes liés au terrorisme. Ici, il y a clairement une islamophobie plus grande, elle aussi liée au terrorisme et aux vagues d'immigration. On oublie toutefois que les plus ciblés par les discours haineux sont encore les juifs. Les musulmans arrivent deuxièmes et sont suivis des sikhs.

« Les discours haineux se nourrissent les uns les autres. Il y a donc lieu de s'en inquiéter. Une des conséquences les plus importantes est la désagrégation du tissu social. Le terrorisme, nous le vaincrons, mais du même coup, on monte les populations les unes contre les autres, ce qui donne des arguments pour le recrutement des organisations qui propagent les discours haineux. »

Si le problème ne se règlera pas tout seul, David Morin prévient qu'il faut choisir avec prudence la façon « de répliquer aux arguments fallacieux des groupes qui se prétendent être le peuple. Ils font souvent de la désinformation auprès de leurs membres. Ils se basent sur la peur et le ressenti plutôt que sur les faits. Ils font par exemple de l'amalgame entre l'islam radical et l'islam en général. Les gens, par méconnaissance, par ignorance ou par manque d'exposition à la diversité réagissent à ce type de propos et force est d'admettre que le discours sur la peur de l'islam fonctionne quand même. Un des problèmes c'est que nous avons longtemps ignoré que le Québec pouvait être sujet à cette montée du discours haineux. »

M. Morin souligne le rôle important que peuvent jouer les médias traditionnels pour rétablir les faits.

« Je ne crois pas que la censure soit la meilleure solution. Il faut continuer d'essayer de rétablir les faits, entre autres dans les médias sociaux. »




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