Quand la performance engendre l'anxiété

L'anxiété de performance toucherait entre 10 % et... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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L'anxiété de performance toucherait entre 10 % et 40 % des jeunes, selon diverses études.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) L'anxiété de performance est une réalité qui prend de plus en plus de place dans la vie des jeunes. À l'heure où les élèves ont la tête plongée dans leurs livres pour la période d'examens, La Tribune s'est intéressée au phénomène.

La prévalence de l'anxiété de performance chez les jeunes oscillerait entre 10 % et 40 % selon des études, explique Diane Marcotte, professeure titulaire à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

« L'écart est important, ça dépend de la façon dont ça a été mesuré », précise-t-elle.

Dans une étude américaine, lorsqu'on a demandé à des jeunes si l'anxiété affectait leur performance scolaire, les répondants ont répondu oui à 23 % en 2016, alors que ce taux était de 18 % en 2010. L'enquête américaine comptait également des répondants de collèges canadiens. Les grandes lignes de cette étude démontrent aussi une augmentation importante des cas de dépression. La dépression a fait un bond quant à elle de 10 %.

À l'UQAM, les demandes de consultation ont doublé, note Mme Marcotte, dont les recherches ont mené à la création de Zenétudes, un programme visant à contrer l'anxiété et la dépression chez les cégépiens. Le Cégep de Sherbrooke ne l'a pas implanté pour le moment.

« Il y a tellement plus de demandes qu'il y en avait qu'il faut penser autrement l'offre en santé mentale », fait-elle valoir.

Pourquoi toute cette anxiété? Les facteurs sont multiples.

Chez les jeunes, la transition du secondaire au collégial serait plus stressante qu'elle ne l'était, note Mme Marcotte.

« Il y a beaucoup plus de choix qu'il n'y en avait », note Mme Marcotte à propos du nombre de programmes. Elle énumère aussi l'échec comme un véritable tabou.

« On vit dans une société individualiste, donc c'est plus difficile de trouver ta place. D'un côté, les jeunes sont plus ouverts. D'un autre, ils sont plus narcissiques. On leur a tellement dit qu'ils sont beaux et fins qu'ils tolèrent moins l'échec. » À ce sujet, tout en citant un chercheur, elle observe que plusieurs baby-boomers ont voulu avoir une relation différente avec leurs enfants que celle vécue avec leurs propres parents. « Ils voulaient bien faire. »

Les nouvelles technologies et la popularité instantanée sont aussi montrées du doigt : de plus en plus, les jeunes veulent être populaires, point. « Il y a un pendant d'anxiété qui est dû au fait qu'on peut être vu partout. »

Des propos qui rejoignent ceux de la psychoéducatrice Isabelle Côté du Collège Mont Notre-Dame, qui raconte que l'estime de soi de certains jeunes va fluctuer en fonction des réactions suscitées par leur dernière photo sur Facebook, par exemple.

Attention cependant de ne pas tout mettre dans le même panier, note Isabelle Côté.

« Je trouve qu'on a tendance à entrer beaucoup de choses dans l'anxiété. Vivre du stress, c'est normal, c'est souhaitable », note Mme Côté. « Ça peut les emmener à bien se préparer », note Sarah Letellier, doctorante en psychologie qui travaille à la Commission scolaire des Hauts-Cantons.

Les jeunes vivent des stress de performance dans plusieurs sphères. « Elles essaient de tout faire, d'être bonnes dans tout, tout le temps. Quand on étire trop l'élastique, il va casser », commente Mme Côté, qui travaille avec une clientèle féminine. C'est lorsque le stress devient trop élevé qu'il inhibe la capacité d'apprentissage.

« Lorsque ça devient pathologique, c'est quand elles versent dans le perfectionnisme toxique. Elles en viennent à ne plus avoir d'objectif réaliste (...) Quand on est dans du perfectionnisme toxique, on est constamment déçu. On a des idées que l'on n'atteint pas nécessairement et là ça a un impact sur l'estime de soi. »

Les élèves qui présentent de l'anxiété de performance ont souvent un historique : ce sont souvent des enfants qui avaient une intolérance à l'incertitude, qui voulaient tout contrôler, note Mme Côté.




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