Les dentistes s'impatientent

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Selon les chiffres de l'Ordre des dentistes du Québec, environ 350 dentistes offrent la sédation consciente à leur patient, dans la majorité des cas à des enfants, pour un total de quelque 10 000 utilisations par année. Plusieurs d'entres eux cesseront toutefois de l'offrir, faute d'une entente avec le gouvernement à propos des frais accessoires.

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<p>Chloé Cotnoir</p>
Chloé Cotnoir
La Tribune

(SHERBROOKE) Selon les chiffres de l'Ordre des dentistes du Québec, environ 350 dentistes offrent la sédation consciente (protoxyde d'azote ou sédation orale) à leur patient - dans la majorité des cas à des enfants - pour un total de quelque 10 000 utilisations par année.

La sédation est utilisée dans plusieurs circonstances : lorsque les très jeunes enfants sont incapables de rester en place assez longtemps; quand certains enfants peinent à gérer leur anxiété lors des rendez-vous; avec des enfants qui ont des besoins spéciaux.

Or, depuis le 26 janvier, le gouvernement a décrit les frais associés à la sédation comme des frais accessoires, interdisant du même coup aux dentistes de les charger à tous les patients couverts par la RAMQ - notamment tous les enfants de moins de 10 ans.

« Les dentistes continuent de l'offrir à leurs frais, mais ils sont de plus en plus nombreux à m'appeler pour me dire qu'ils vont cesser, qu'il y a une limite », avertit Serge Langlois, président de l'Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ), en entrevue avec La Tribune.

« Ce sont les enfants qui vont en faire les frais puisque dans la majorité des cas, les dentistes n'auront pas d'autre choix que de se tourner vers l'anesthésie générale pour réussir à traiter leurs patients alors que la sédation consciente pratiquée en cabinet permet d'éviter d'avoir recours à l'anesthésie générale», poursuit Dr Langlois.

C'est que l'anesthésie générale comporte plus de risques pour le patient, mais exige également une période de récupération plus longue après le traitement. Et dans certaines régions, dont en Estrie [voir autre texte en page 4], les dentistes n'ont pas accès facilement aux blocs opératoires nécessaires à l'anesthésie.

« Les noms des enfants vont être rajoutés sur des listes d'attente puisqu'il y a déjà plusieurs mois d'attente un peu partout au Québec », explique Dr Langlois.

Or pendant que le nom de l'enfant avance tranquillement sur une liste, la carie dentaire, elle, ne cesse de progresser.

« On ne peut pas se permettre d'attendre 6, 7, 8 ou 9 mois pour traiter une carie. Plus on attend, plus la dent est affectée et plus l'enfant risque d'avoir de la douleur. Sa santé bucco-dentaire va donc se détériorer », soutient le président de l'ACDQ.

Et la carie dentaire chez le jeune enfant, dite carie de la petite enfance, est fréquente. Elle affecte de 5 à 10 % des tout-petits du Québec.

« Ces enfants-là vont être victimes de la situation actuelle. Ça ne fait plaisir à aucun dentiste de laisser aller les choses, mais la sédation leur entraîne des dépenses supplémentaires et personne ne travaille gratuitement dans la vie », affirme Dr Langlois, en précisant que les coûts liés à la sédation peuvent atteindre des milliers de dollars par an selon la fréquence d'utilisation.

« Il y a une dentiste à Montréal qui en fait 1000 fois dans une année avec des enfants autistes, hyperactifs... On parle certainement de dizaine de milliers de dollars pour les produits, l'équipement, la formation... »

Négociation bloquée

L'ACDQ a rencontré des membres du ministère de la Santé en février pour discuter de la question des frais accessoires. « Nous les avons rencontrés une seule journée, soit le 8 février. Les représentants du gouvernement disaient vouloir faire de la sédation un acte assuré par la RAMQ, donc remboursable pour les dentistes.

« Finalement, ils nous ont présenté un montant qui aurait dû couvrir les frais reliés à cet acte, mais ça ne couvrait pas la moitié de ce qu'un dentiste peut facturer pour ce service », explique Dr Langlois.

Selon le président de l'ACDQ, le gouvernement a présenté un budget, sans savoir le nombre de dentistes touchés par cette nouvelle loi ni le nombre d'actes effectués par année.

« Ils nous on dit qu'ils avaient un budget restreint et que c'était leur offre. Nous l'avons refusé et ils nous ont invités à inscrire sur une feuille notre demande », poursuit Dr Langlois.

L'ACDQ a donc fait parvenir sa demande par écrit au ministère. Depuis, l'association n'a eu aucune nouvelle. Elle a donc fait une demande d'arbitrage pour déterminer si oui ou non la sédation doit être un acte assuré par la RAMQ et est en attente de ces procédures.

Selon Dr Langlois, le gouvernement fait preuve de mauvaise volonté dans ce dossier. « On dirait qu'il fait tout pour étirer le temps et pour ne pas arriver à un accord et c'est un non-sens puisque si le patient a besoin d'une anesthésie générale, le gouvernement considère cela comme un acte, mais s'il s'agit de la sédation en cabinet, il ne le fait pas », dénonce le président.

Le ministre de la Santé Gaétan Barette a décliné la demande d'entrevue de La Tribune, étant donné « les négociations en cours dans ce dossier ».




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