Cannes : Le monde du silence et la Russie déshumanisée

Une partie de l'équipe du film Wonderstruck, soit... (Agence France-Presse, Alberto PIZZOLI)

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Une partie de l'équipe du film Wonderstruck, soit le réalisateur Todd Haynes et les actrices Michelle Williams et Julianne Moore.

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CANNES

Voici les femmes, les hommes, les films et événements qui ont marqué la première journée de la compétition du 70e Festival de Cannes, jeudi.

Tout d'abord, la chanteuse et actrice Jeanne Balibar livre une double performance en incarnant Barbara sous la direction de Mathieu Amalric, dans un film dynamitant le genre du biopic, en dévoilant par un film dans le film les coulisses d'une évocation inédite de la Dame en noir disparue en 1997.

« On m'avait souvent proposé de l'incarner et j'avais toujours refusé. Les projets que l'on me soumettait ne rendaient pas justice à l'amour que je lui portais », explique l'actrice dans les notes d'intention. Le film a été présenté jeudi en ouverture d'Un certain regard, section de la sélection officielle réservée aux oeuvres singulières.

Première dame des États-Unis dans la série à succès House of Cards, l'actrice américaine Robin Wright a déclaré à Cannes rêver que Michelle Obama, l'épouse de l'ancien président démocrate, succède à Donald Trump à la Maison-Blanche. « Ça prend du temps pour casser le moule et changer la psychologie » des gens, a-t-elle souligné, lors d'une conférence sur la place des femmes dans le cinéma, en marge du Festival. « Le féminisme signifie l'égalité, un point c'est tout. À travail égal, salaire égal! »

De son côté, la réalisatrice française Claire Denis a ouvert les festivités de la Quinzaine des réalisateurs avec son dernier opus, Un beau soleil intérieur, quête du grand amour et ses vicissitudes avec Juliette Binoche, Xavier Beauvois et Philippe Katerine. Annoncé à tort comme étant librement adapté de l'essai Fragments du discours amoureux de Roland Barthes, ce film résulte en fait d'un scénario original qu'elle a cosigné avec la romancière Christine Angot.

Les hommes

Avec Wonderstruck en lice pour la Palme d'or, le cinéaste américain Todd Haynes est de retour en compétition deux ans après Carol, histoire d'amour entre femmes. Cette fois-ci, il aborde le destin de deux enfants sourds à 50 ans d'intervalle, avec un film très émouvant porté par ses jeunes acteurs dont Millicent Simmonds, elle-même malentendante. Wonderstruck est adapté d'un roman de Brian Selznick, qui avait écrit le scénario de Hugo Cabret de Martin Scorsese.

Également en compétition, le cinéaste russe Andreï Zviaguintsev a dévoilé son dernier long métrage Faute d'amour (Loveless/Nelyubov), premier choc du Festival de Cannes avec un film âpre et étouffant qui propose une vision d'une société russe brutale et déshumanisée, à travers la disparition de l'enfant d'un couple moscovite. Habitué de la Croisette où il a remporté le Prix du scénario pour Leviathan en 2014 et le Prix du jury en 2011 dans la section Un certain regard pour Elena, Zviaguintsev continue avec ce cinquième long métrage de dresser un constat amer sur l'état de son pays. Il le dépeint en perte de repères, de valeurs, sombrant dans l'individualisme et l'hypocrisie sous toutes ses formes.

La langue du jour

La langue anglaise, omniprésente sur la Croisette pendant le Festival de Cannes, a fait place jeudi au langage des signes avec Wonderstruck, émouvante plongée dans le monde du silence de deux enfants sourds. Tous les personnages principaux communiquent en écrivant des mots ou par langage des signes. « On a voulu rendre hommage à ce qu'on peut faire avec nos mains, dont le langage des signes », a souligné le cinéaste. La conférence de presse du film a été traduite en langue des signes.

Le son du jour

Space Oddity, célèbre chanson de David Bowie, est chantée par une chorale d'enfants dans le générique de fin de Wonderstruck de Todd Haynes. Le générique s'arrête sur les paroles « can you hear ».




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