Une famille immigrante sherbrookoise contrainte de quitter

Daniel Hue et Esmeralda Paquet-Puairau sont venus au... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Daniel Hue et Esmeralda Paquet-Puairau sont venus au Québec afin d'offrir un meilleur avenir à leurs deux fils.

Spectre Média, Maxime Picard

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Stéphanie Girard
La Tribune

(SHERBROOKE) « On garde beaucoup d'amour pour cette province », indique sereinement Esmeralda Paquet-Puairau. Son mari, ses deux fils et elle habitent Sherbrooke depuis maintenant deux ans, mais doivent maintenant envisager un retour à leur terre natale, leur demande de Certificat de sélection du Québec (CSQ) ayant été refusée.

Daniel Hue et sa femme résidaient à Tahiti lorsqu'ils ont commencé à nourrir le rêve de déménager au Québec afin d'offrir un meilleur avenir éducatif à leur fils, Tearotua âgé de 14 ans et Toareva, 6 ans.

C'est en juin 2015 que les Hue sont arrivés au Québec avec un statut de résident temporaire dans le but de compléter les démarches d'immigration. Dès la rentrée scolaire, les parents ont compris qu'ils avaient fait le bon choix pour l'éducation de leurs fils. « On a vu une pédagogie plus respectueuse du rythme de l'enfant, de sa capacité de compréhension. On a fait de nous de vrais partenaires de la scolarité de notre enfant. On vivait ça pour la première fois », se rappelle Esmeralda Paquet-Puairau. Elle salue aussi le soutien des intervenants scolaires de l'école de son aîné qui ont agi efficacement pour régler l'intimidation qu'il vivait.

Or même si la famille commençait à véritablement poser son pied à terre au Québec, elle se butait encore à des dédales administratifs nuisant à leur démarche d'immigration. Mme Paquet-Puaireau, travailleuse sociale pour la protection de la jeunesse de formation, voulait entamer une formation en tant qu'auxiliaire à domicile, mais l'obtention du permis d'étude n'a pas été une tâche facile. C'est finalement grâce à l'appui du député de Sherbrooke, Pierre-Luc Dussault qu'elle l'a obtenu. Elle achèvera ainsi son cours le 9 juin prochain.

Maintenant qu'elle désire se rendre sur le marché du travail, sa demande de CSQ n'a pas été approuvée. Plusieurs critères entrent en ligne de compte dans l'analyse d'un dossier.

« J'ai exposé ma situation à un agent du ministère. À part pour l'âge, le reste ça allait : mon niveau d'étude, mon niveau socioprofessionnel... Puis lorsque je lui ai mentionné avoir fêté mon 43e anniversaire, il a dit : laissez tomber vous êtes trop vieille », explique la mère de famille, impuissante.

Devant cette réponse négative, la famille n'a d'autres choix que de prévoir son éventuel retour à Tahiti. À moins de développements rapides, ils quitteront d'ici le 30 septembre. Leur premier choix demeure évidemment de rester ici.

« Je pense que tout est possible, mais il faut que ça aille vite. On ne plus se permettre d'attendre encore pendant 6 mois des décisions incertaines, parce que tout ça a un coût », explique Daniel Hue en mentionnant que les démarches sont fastidieuses.

« C'est tellement violent ce qu'on a vécu et j'en ai eu des moments de colère. C'est de la colère, de l'incompréhension, de l'écoeurement, un sentiment d'injustice. On a pas le droit de traiter les gens comme ça », estime quant à elle Mme Paquet-Puaireau en se rappelant qu'un agent lui avait déjà refusé son permis d'étude, car elle n'aurait pas eu « les moyens de payer et d'assumer sa famille », alors que c'était tout le contraire : les Hue s'étaient bien préparé financièrement à venir vivre au Québec.

Malgré tout, la famille aborde cette situation très sereinement et n'a pas de rancoeur envers le Ministère de l'Immigration. Elle est consciente des règles à respecter.

S'ils doivent réellement retourner en Polynésie française, tous les membres de la famille seraient heureux de revenir passer des vacances au Québec. Les deux jeunes garçons savent d'ailleurs clairement qu'ils viendront faire leurs études dans la province, tellement ils ont été emballés par le système d'ici.

« Ce qu'on se dit c'est que nous ça ne nous servira peut-être pas, mais ça donnera peut-être matière à réflexion et les choses pourront bouger pour d'autres familles. On est conscient qu'on n'est pas les seuls dans l'imbroglio de l'immigration », explique M. Hue qui demeure positif malgré tout. « Moi je reste convaincu que s'il y a une volonté politique, il y a moyen de régler les choses. »

Surtout, la famille ne regrette pas d'avoir choisi le Québec comme terre d'accueil. « On a aimé voir la neige tomber, on a aimé aller cueillir des pommes à l'abbaye St-Benoit, on a aimé aller goûter des fromages artisanaux de la région, on aime aller acheter nos saucisses au marché de la gare », relate la maman en souriant.

Appel à la flexibilité : le député donne son appui

Bien au fait de la situation de la famille Hue, le député de Sherbrooke, Pierre-Luc Dusseault, indique vouloir faire tout en son pouvoir pour l'aider à demeurer au Québec.

« On parle d'une famille bien établie qui parle français et dont les enfants sont bien intégrés dans leur milieu de vie et d'éducation. C'est un exemple d'intégration réussi », mentionne le député au sujet de la famille Hue, composée de Daniel Hue, d'Esmeralda Paquet et de leurs deux fils.

C'est d'ailleurs le même son de cloche de la part de tous ceux qui côtoient la famille. « Nos amis nous disent : vous parlez très bien français, on se comprend. Vous avez l'air d'avoir les mêmes habitudes que nous, donc vous êtes capables de vous adapter d'après ce qu'on voit depuis qu'on vous connaît », mentionne Esmeralda Paquet-Puiairau.

Rappelons qu'il y a environ deux semaines, on annonçait une subvention de 85 000 $ à Sherbrooke Innopole pour la rétention d'étudiants étrangers en Estrie. Et ce, dans le but de répondre à une demande grandissante en main-d'oeuvre dans la région. Il devient alors questionnable de refuser un permis à une travailleuse compétente.

« Il y a une certaine incongruité dans les messages publics. On voit que certains critères nuisent à l'atteinte des objectifs. C'est d'autant plus dommage ici, car ce sont des gens bien intégrés, des enfants qui performent à l'école et qui ont beaucoup d'avenir », commente le député.

Pierre-Luc Dusseault s'engage à soutenir la famille Hue. « On va analyser le dossier en profondeur, ses différentes caractéristiques afin de vérifier s'il serait possible d'obtenir une certaine flexibilité. Je ferai tout ce que je peux dans la limite de mon pouvoir, car il faut se rappeler qu'il y a des règles à respecter », indique le jeune député.

Daniel Hue et Esmeralda Paquet-Puairau sont d'ailleurs très reconnaissants de l'appui du député. « Il est jeune et dynamique, mais surtout vraiment présent pour ses citoyens », soutient M.Hue.




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