La peur persiste à la mosquée de Sherbrooke

Abdellah Chaker, trésorier de l'Association culturelle islamique de... (Spectre média, Julien Chamberland)

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Abdellah Chaker, trésorier de l'Association culturelle islamique de l'Estrie (ACIE), et Madjid Djouaher, responsable du comité d'implication citoyenne et visibilité de l'ACIE, ont ouvert les portes de la mosquée A'Rahmane dimanche pour briser les préjugés et tisser des liens avec la communauté sherbrookoise.

Spectre média, Julien Chamberland

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<p>Chloé Cotnoir</p>
Chloé Cotnoir
La Tribune

(SHERBROOKE) Abdellah Chaker l'admet sans gêne. Depuis l'attentat contre la mosquée de Québec, il a peur lorsque vient l'heure de la prière de 16 h. Peur qu'un seul individu mal intentionné sévisse contre sa communauté rassemblée dans son lieu de culte de la rue Massé à Sherbrooke.

« Lorsque nous sommes tous réunis à la mosquée pour la prière, j'ai peur qu'un fou vienne ici pour nous faire du mal », exprime le trésorier de l'Association culturelle islamique de l'Estrie (ACIE) lorsque questionné sur les répercussions du triste événement survenu à Québec le 29 janvier qui a causé la mort de six personnes et blessé plusieurs autres.

« Je sais que plus de 90 % des Canadiens et des Québécois sont pacifiques. La cohabitation se passe très bien. Mais la petite minorité extrémiste me fait peur puisqu'un seul individu peut faire des ravages », poursuit M. Chaker, rencontré par La Tribune à l'occasion des portes ouvertes de la mosquée A'Rahmane [voir autre texte].

Les ravages de l'attentat de Québec, M. Chaker les a lui-même constatés lorsqu'il s'est rendu sur place une semaine après le drame perpétré par Alexandre Bissonnette.

« Il y avait encore du sang partout. Je me suis littéralement effondré. Pourquoi toute cette haine? » se demande-t-il encore aujourd'hui.

Pour veiller à ce qu'une telle tragédie ne se répète pas ici, une demande de subvention a été faite au gouvernement fédéral afin de sécuriser les locaux de rassemblement situés au bas du mont Bellevue.

« Il y a un plan d'installer des caméras, d'avoir la fermeture automatique des portes, des boutons d'urgence... C'est un projet d'environ 60 000 à 70 000 $, mais ça nous permettra de nous sentir plus en sécurité », explique M. Chaker.

Initiatives positives

Mais à travers les drames naissent souvent également des initiatives positives et une ouverture à l'autre.

« Sur le plan social, on a senti une vague de compassion de Québécois réellement touchés par les événements. J'ai reçu des courriels de gens qui disaient nous aimer et il y a eu une école de Compton qui a écrit une chansonnette et qui nous a approchés pour l'écrire en arabe », poursuit Madjid Djouaher, responsable du comité d'implication citoyenne et visibilité de l'ACIE.

L'important, selon MM. Chaker et Djouaher, demeure de faire comprendre à tous que musulman ou pas, nous sommes tous humains.

« Il y a une phrase du discours de Philippe Couillard qui est restée gravée dans ma tête au lendemain de l'attentat et c'est celle-ci : "il n'y a pas d'étranger ici, juste des gens que l'on ne connait pas encore" », récite M. Chaker.

Surtout, les généralisations et les préjugés doivent cesser. « Quand l'attentat à Québec est arrivé, je n'ai pas pensé que tous les Québécois étaient islamophobes. À l'inverse, quand il y a eu les attentats de Paris, certains de mes collègues de travail français m'ont interpellé à ce propos. Pourquoi? Je n'étais pas à Paris! Il faut arrêter de mettre tous les musulmans dans le même bateau. L'islam des auteurs d'attentats n'est pas mon islam », fait-il valoir.

Les milliers de musulmans de l'ACIE désirent être considérés comme des membres à part entière de la communauté sherbrookoise et québécoise. Et ils s'impliquent régulièrement pour celles-ci.

Ils ont d'ailleurs fait une cueillette de denrées alimentaires pour deux organismes sherbrookois l'an passé. Ils organisent dorénavant une collecte de sang annuelle en collaboration avec Héma-Québec. Et ils invitent leurs membres à être généreux avec les sinistrés des inondations qui ont cours en ce moment au Québec.

« On ramasse de l'argent pour les sinistrés que nous remettrons à la Croix-Rouge », explique M. Djouaher.

« L'important, c'est qu'on redonne à tous, qu'ils soient musulmans ou pas », résume le responsable du comité d'implication citoyenne et visibilité de l'ACIE.

Portes ouvertes sur l'islam

Certains membres de la communauté musulmane franchissent les portes de la mosquée A'Rahmane dès 4 h 30 le matin - ou la nuit, c'est selon - pour effectuer une première prière.

« Nous ne sommes pas nombreux », reconnait avec le sourire Abdellah Chaker, trésorier de l'Association culturelle islamique de l'Estrie (ACIE), qui a accueilli La Tribune à l'occasion des portes ouvertes du lieu de culte, qui avaient lieu dimanche.

Contrairement à une église, il ne suffit pas de franchir les portes de l'endroit pour commencer à prier.

Après s'être déchaussés, les musulmans doivent faire leurs ablutions, c'est-à-dire purifier leur corps avec de l'eau dans une installation conçue exclusivement pour cette action.

« Il faut commencer par se laver les mains, puis la bouche trois fois. On se lave le nez trois fois, puis le visage à trois reprises. On se lave ensuite les bras comme un chirurgien, les oreilles, et on se lave les pieds en commençant par les orteils. Et on commence toujours par laver à droite, puis à gauche. Ça permet de purifier le corps avant de rencontrer Dieu », explique M. Chaker.

Hommes comme femmes, tous passent par cette procédure. Et il est nécessaire de recommencer tout le processus avant la prochaine prière si une pause pipi s'est insérée entre les deux.

Une fois purifié, le pratiquant peut pénétrer dans la salle servant à la prière. La position de la prière est toujours orientée vers la Mecque.

« Si je dois prier et que je suis dans un endroit inhabituel, je consulte mon application Muslim pro sur mon cellulaire et une boussole m'indique dans quelle direction regarder », précise M. Chaker, en sortant un iPhone de son pantalon.

Et combien de fois par jour vous adressez-vous à Dieu?

« Cinq fois et ça dure en moyenne cinq minutes chaque fois. Il y a une prière qui peut même durer juste deux minutes. On consacre environ 30 minutes par jour à Dieu alors que Dieu a passé des millénaires à bâtir notre terre », rigole Madjid Djouaher, responsable du comité d'implication citoyenne et visibilité de l'ACIE, également présent lors de la visite.

Écriture et art

En plus de la tournée des locaux, les portes ouvertes de la mosquée étaient également l'occasion pour la communauté musulmane de faire découvrir la beauté de la calligraphie arabo-musulmane.

Heureusement, les hôtes traduisaient généreusement tous les textes présentés aux visiteurs. Et ceux-ci avaient le bonheur de repartir avec leur nom calligraphié dans cette langue, qui entremêle l'écriture et l'art.




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