Aliénation parentale: quand l'harmonie disparaît

Le psychologue Hubert Van Gijseghern affirme que l'aliénation... (Spectre Média, René Marquis)

Agrandir

Le psychologue Hubert Van Gijseghern affirme que l'aliénation parentale constitue un phénomène plus répandu qu'on le croit, même si la tendance est à la baisse.

Spectre Média, René Marquis

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Magog) Les séparations amoureuses entraînent habituellement leur lot d'inconforts, de chagrins et de colères. Et, quand un des ex-conjoints décide de ne pas jouer franc-jeu, les conséquences à long terme peuvent être graves pour les enfants et l'ancien partenaire. Regard sur un phénomène méconnu : l'aliénation parentale.

Déclarations trompeuses aux intervenants sociaux, recours excessifs aux tribunaux, récriminations répétées ciblant l'ex-conjoint, manipulation, etc. Bien qu'il s'agisse de cas rares, des parents ont parfois recours à des moyens détournés et déplorables pour saboter le lien unissant leurs enfants à leur ex-conjoint.

De façon générale, on dit qu'il y a aliénation parentale lorsqu'un enfant rejette un de ses parents. Le rejet peut être initié par le jeune lui-même, mais un tel comportement est fréquemment induit par le second parent.

Habitant Sherbrooke, André (nom fictif) semblait avoir tout pour être heureux au début de sa vie d'adulte. Des circonstances particulières ont toutefois fait en sorte que son existence a basculé et que son mariage a sombré. Conséquence : il n'a jamais eu la relation dont il rêvait avec sa fille unique.

En raison des multiples allégations formulées par son ex-conjointe, André a été placé plusieurs fois sur la défensive au fil des années. Il a sans cesse dû défendre son intégrité et ses aptitudes en tant que père. « On a essayé de me faire passer pour le méchant alors que, dans le fond, c'était moi la victime », déplore-t-il en versant quelques larmes.

Les différends avec son ancienne conjointe et la rareté des contacts avec sa fille lui ont fait subir un véritable calvaire. « Tout ça a miné mon moral. J'ai fait une dépression. Maintenant, j'ai plus de recul, mais ça a été très difficile à vivre », avoue-t-il.

André a longtemps senti que les intervenants du système de justice et des services sociaux s'efforçaient de lui nuire plutôt que de l'aider. Toutefois, il a un jour reçu un coup de main presque inespéré de la part d'une intervenante qui avait compris que le comportement de son ex-conjointe contribuait à l'éloigner de son enfant. « Elle a pris ma défense. Ça a été un soulagement. »

Les années ont passé depuis et la relation père-fille s'est améliorée. Cependant, les pots cassés n'ont pas encore été entièrement recollés. André voit sa fille, aujourd'hui adulte, seulement quelques fois par année. Il se montre néanmoins très attaché à elle et continue d'espérer jouer un rôle plus grand dans sa vie.

« Une guerre »

Julie (nom fictif), une maman de Magog, a également vécu maintes difficultés avec sa fille et son ex-conjoint. Pendant quelques années, son enfant a pratiquement cessé tout contact avec elle, une épreuve dont elle se serait évidemment passée et qu'elle impute à son ancien amoureux, lequel a multiplié les requêtes en justice.

« Un des pires scénarios, je pense, c'est quand un divorce devient judiciarisé parce que ça se transforme en guerre. Pour gagner, l'autre partie affirme parfois des choses qui sont fausses ou qui sont tirées par les cheveux. Ça n'est vraiment pas facile à vivre et ça laisse des séquelles », souligne-t-elle.

«C'est un problème quand la mère et le père ont des façons d'éduquer différentes.»


Cette maman ajoute que les règles de conduite imposées aux enfants, après une séparation, sont régulièrement à l'origine de conflits. « C'est un problème quand la mère et le père ont des façons d'éduquer différentes, surtout lorsque le jeune ou l'ex-conjoint essaie de profiter de la situation », fait-elle valoir.

La distance entre les demeures des ex-conjoints constitue par surcroît une source de problèmes, selon elle, quand celle-ci est trop grande. Un des parents n'aura alors qu'un droit de garde limité, ce qui risque d'engendrer de la frustration chez ce dernier.

À son grand bonheur, sa fille a recommencé à lui adresser la parole depuis peu de temps. Mais le rapprochement ne s'effectue qu'à tout petits pas. Julie demeurera sans doute sur ses gardes pendant des années encore.

Phénomène répandu

Auteur de plusieurs livres et articles, le psychologue Hubert Van Gijseghem affirme que l'aliénation parentale constitue un phénomène plus répandu qu'on le croit. « Il y en a encore beaucoup, même si la tendance est à la baisse », lance-t-il.

M. Van Gijseghem insiste cependant pour dire que, contrairement à ce que véhiculent certaines personnes, il est faux de prétendre qu'un adulte se cache toujours derrière l'apparition du trouble de l'aliénation parentale chez un jeune. 

« Il faut rester prudent. Le conflit de loyauté vécu par un jeune est également un facteur à considérer », prévient-il.

Cela dit, il a observé dans sa pratique que le recours à la garde partagée est régulièrement à l'origine de frustrations, et ce, principalement chez les mères. Ces frustrations créent à l'occasion des perturbations qui atteignent les enfants.

« Un nombre sans cesse grandissant d'hommes désirent assumer leur parentalité et les juges perçoivent mieux cette idée maintenant. Une femme qui n'accepte pas bien le principe de la garde partagée risque, par son comportement et ses paroles, de favoriser l'apparition de l'aliénation parentale. »




À lire aussi

  • Combattre l'aliénation parentale

    Actualités

    Combattre l'aliénation parentale

    Preuve sans doute que le trouble de l'aliénation parentale est un sujet qui préoccupe un nombre croissant de personnes, un organisme souhaitant... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer