Le casse-tête des allergies en CPE

Les CPE doivent prendre différentes mesures afin d'accueillir... (Spectre média, Maxime Picard)

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Les CPE doivent prendre différentes mesures afin d'accueillir les enfants qui souffrent d'allergies alimentaires. Au CPE L'Espièglerie, on a la chance d'en compter peu. Ci-dessus, c'est l'heure de manger!

Spectre média, Maxime Picard

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(Sherbrooke) Il y a quelques années, les enfants allergiques au CPE se comptaient presque sur les doigts d'une main, et le nombre d'aliments allergènes se limitait à quelques-uns, se remémore Any Sanders, directrice générale du CPE Pleine Lune. Aujourd'hui, au sein des quatre installations qu'elle dirige, on retrouve entre 25 et 30 enfants ayant une panoplie d'allergies. Elle et son équipe ont récemment acquis un logiciel de gestion des cuisines afin de les aider à gérer les menus.

« On a une trentaine de cas d'allergies, autour de 25-30 sur 230 enfants (dans quatre installations). C'est majeur. »

Les allergies alimentaires ne sont pas la seule raison qui a poussé le CPE à faire cette acquisition, mais elles ont fortement joué dans la balance. « Ça a été l'élément déclencheur. Ça devient de plus en plus complexe. On a des végétariens, mais qui sont allergiques au soya », image Mme Sanders. « Ça va être beaucoup plus facile, on va gagner du temps. » Le CPE bénéficie d'une petite subvention afin d'accompagner les cas sévères d'enfants allergiques.

« Ça va dans toutes les directions : il y a des intolérances, beaucoup d'allergies graves à l'Epipen (auto-injecteur)... » Jusqu'ici, tout le travail était fait manuellement. Le CPE suit toute une procédure afin d'éviter les mauvaises surprises. On commence dès l'inscription, où on précise les restrictions alimentaires.

Plusieurs mesures sont mises en place pour encadrer les enfants allergiques : photos affichées sur les murs, pictogrammes, allergies identifiées sur un porte-clés. « Les mesures sont très strictes... Les parents nous confient leur petit trésor, c'est ce qu'ils ont de plus cher... »

Le nouveau logiciel a été installé récemment et une formation était prévue pour l'utiliser.

Depuis son arrivée, il y a 13 ans, les choses ont beaucoup changé.

« C'est le jour et la nuit. » Ce qui frappe, outre la croissance du nombre d'enfants allergiques dans les installations, c'est la quantité d'aliments allergènes.

« Ce sont souvent des allergies qu'on ne voyait pas avant. » Du nombre : plusieurs sortes de fruits, comme le kiwi. Des aliments comme la roquette, le céleri...

Les CPE n'ont d'autre choix que d'être hypervigilants. La surveillance des enfants demeure un grand défi : ils doivent à tout prix éviter qu'un petit ami de 12 mois, par exemple, ne partage son repas.

Qu'arrive-t-il lorsque des parents souhaitent que leurs enfants boivent du lait de soya pour une question de goût ou de choix personnel, par exemple ?

« À ce moment-là, on demande un papier du médecin : est-ce que c'est une contrainte réelle ? Sinon, ça deviendrait ingérable. Il y a tellement de courants de pensée maintenant ! On n'y arriverait plus. »

Le CPE, qui compte une installation à Eastman et trois à Magog, compte maintenant une cuisine regroupée et un service de livraison qui dessert les autres installations.

Aux CPE L'Espiéglerie et Balan-Mousse, on compte un cas d'allergie sévère aux oeufs et quelques intolérances. Des assiettes spéciales permettent entre autres d'identifier les enfants ayant des besoins particuliers.

Se sentir en confiance malgré tout

Bien que son fils soit allergique aux oeufs, Marie-Eve Tourigny arrive somme toute à avoir la tête tranquille lorsqu'elle le laisse à la garderie Bleu Blanc Rouge.

« Ça s'est super bien passé. On s'est assise avec la cuisinière pour regarder le menu. J'ai fait une feuille avec sa photo, mentionnant qu'il est allergique aux oeufs et à des médicaments (deux antibiotiques). C'est placé dans la cuisine. Quand il y a des remplaçantes, je le mentionne », raconte-t-elle.

Le garçon avait deux ans quand ses parents ont appris qu'il était allergique aux oeufs. Son entourage doit tout de même demeurer vigilant, puisque les oeufs peuvent se retrouver à plusieurs mets, comme la mayonnaise.

« Il y a eu de la sensibilisation auprès des amis, ajoute Mme Tourigny. L'éducatrice a pris le temps de parler à tous les enfants, de leur expliquer que ce n'était pas un jeu et les conséquences : qu'il peut plaquer, avoir de la difficulté à respirer... » La question de l'auto-injecteur a aussi été abordée. La maman ne cache pas qu'elle a un peu d'appréhension en prévision de l'arrivée de son fils à l'école, à la fin août. « Je vais avoir tout le processus à refaire, dit-elle en soulignant que les intervenants risquent d'être plus nombreux.

Les CPE L'Espièglerie et Balan-Mousse mènent un projet-pilote... (Spectre média, Maxime Picard) - image 2.0

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Les CPE L'Espièglerie et Balan-Mousse mènent un projet-pilote avec des groupes d'enfants multiâge.

Spectre média, Maxime Picard

La diversité se vit aussi dans l'âge

Les CPE L'Espièglerie et Balan-Mousse mènent un projet-pilote avec des groupes d'enfants multiâge. L'initiative a démontré plusieurs bénéfices, dont le développement de l'autonomie des enfants, en plus de la possibilité de réunir la fratrie.

« On avait un groupe de 18 mois, un groupe de deux ans et un groupe de 3 ans. Avoir huit enfants de 18 mois ensemble c'est quelque chose! Ça demande beaucoup de soins, de besoins... Ça partait un peu de là. Les éducatrices étaient un peu essoufflées », raconte le directeur par intérim de l'Espièglerie et de Balan-Mousse, Stéphane Caron.

Les éducatrices ont d'abord commencé à travailler en équipe, avec les 18 mois d'un côté et les 2 ans de l'autre. Après la collation, elles ouvraient les portes et permettaient aux enfants de circuler dans les locaux.

« On a commencé par ça. Cette année, on a fait un test, on a mis quatre enfants de 18 mois et quatre de deux ans, de chaque côté. On vivait le multiâge, mais on a commencé tranquillement. Cette année, on s'est aperçu que c'était vraiment une bonne décision. Les éducatrices ont trouvé ça formidable, les enfants aussi. Les plus vieux montrent aux plus jeunes comment faire... On garde la même formule : après la collation on ouvre les portes, les enfants circulent en faisant les ateliers... On a ouvert pour les trois ans aussi. À partir de l'an prochain, il va y avoir des 18 mois, des deux ans et des trois ans... Il y aura trois groupes comme ça. »

Comme en famille

La direction constate que la cohabitation des âges différents favorise l'apprentissage par les pairs de même qu'une augmentation du sentiment de compétences chez les plus vieux.

« Un enfant qui a trois ans va pouvoir montrer des choses aux plus jeunes, illustre M. Caron. Ce qu'on a remarqué, dans les recherches, c'est qu'avec les trois ans, il y a souvent de la compétition... Avec cela, on diminue le stress dans le groupe. »

Le CPE s'est inspiré de ce qui se faisait au CPE Magimo, à Saint-Denis-de-Brompton, qui a pris ce tournant depuis plusieurs années.

« Ce qu'on trouvait qui était le plus naturel, c'était de se rapprocher de l'organisation familiale », explique Louise Véronneau, directrice générale du CPE Magimo.

En plus de réunir les frères et les soeurs, le groupe multiâge permet d'apporter une plus grande stabilité. Les enfants peuvent demeurer ensemble tout au long de leur parcours, et peuvent généralement conserver la même éducatrice, note Mme Véronneau.

En plus des pouponnières, les deux installations situées à Saint-Denis-de-Brompton comptent plusieurs groupes multiâges. Elles regroupent 102 places.

« Ça favorise le partage, l'entraide, la communication », estime également M. Caron.




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