Lisée veut un débat québécois sur la marijuana

Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée était... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée était de passage à Sherbrooke lundi pour prendre le pouls des circonscriptions de la région. Il avait rendez-vous avec plusieurs militants en soirée au Buffet des continents.

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(Sherbrooke) Le Québec doit refuser de se laisser imposer le calendrier d'Ottawa pour la légalisation de la marijuana et doit tenir son propre débat avant de passer ce « cap difficile ».

Se disant lui-même « plutôt favorable » à la légalisation de la substance, le chef de l'opposition officielle Jean-François Lisée déposera mardi à l'Assemblée nationale une motion pour réclamer une commission parlementaire itinérante sur le sujet.

« Un peu comme pour la commission Mourir dans la dignité, je pense que ça ne suffit pas que le chef du gouvernement soit favorable. Il faut que la société ait une vraie discussion, regarde chacun des aspects et prenne la décision de façon éclairée, par ses représentants. Et c'est exactement le genre de cas où le vote devra être libre à l'Assemblée nationale », a déclaré M. Lisée, lundi, au cours d'une entrevue en table éditoriale à La Tribune.

Le chef du Parti québécois et député de Rosemère était de passage à Sherbrooke pour rencontrer des militants et prendre le pouls des circonscriptions de la région.

Sur un ton posé, à plus de 17 mois de la prochaine élection provinciale, il a néanmoins décoché plusieurs flèches à l'endroit du premier ministre fédéral Justin Trudeau réclamant un traitement plus équitable entre le Québec et les autres provinces.

Dans le dossier de la marijuana, il rappelle que si Ottawa a le pouvoir de rendre légale la substance, le gouvernement du Québec a tous les droits de prendre le temps qu'il faut pour décider des modalités d'application.

« On a beaucoup plus de puissance qu'on le pense, dit-il. On forme quand même plus de 20 % de la population du Canada, mais on s'est tellement habitué avec le gouvernement libéral à ne pas prendre sa place qu'on pense qu'on n'en a plus. (...) On peut dire au gouvernement fédéral que les instruments de distribution au Québec vont être prêts quand on va dire qu'ils sont prêts. On peut dire au Sénat qu'on n'est pas prêts, de faire leur débat et de reporter l'application d'un an. On peut faire pression sur nos députés libéraux également. »

La commission parlementaire itinérante qu'il propose permettrait d'entendre, partout au Québec, des experts en santé publique et en sécurité publique sur les risques de la légalisation du cannabis sur les jeunes, la vente aux abords des écoles, le type de distribution à privilégier - public, privé ou mixte - de même que l'impact de cette décision sur les agriculteurs.

« J'aimerais aussi entendre des expériences étrangères. Comment ça s'est passé au Colorado et au Portugal, qui l'ont fait depuis deux ou trois ans? »

« Ce n'est pas parce que Justin Trudeau a décidé que c'était pour le 1er juillet 2018 qu'on doit dire oui, oui, oui, ça va être le 1er juillet 2018, insiste M. Lisée. Au Québec, les gens qui ont voté pour Justin Trudeau n'ont pas voté pour la légalisation du pot, ils ont voté pour se débarrasser de Stephen Harper. Si les gens s'étaient dit que c'est un référendum sur la légalisation de la mari, peut-être que Trudeau n'aurait pas eu autant de députés. Je ne le sais pas, mais ce n'était pas l'enjeu électoral. Je suis contre la confiscation de ce débat. Et pour ceux qui, comme moi, aimeraient que ça marche, il ne faut pas braquer la société en leur disant que vous le vouliez ou non, on va y aller et on s'arrangera avec les troubles. Ce n'est pas comme ça qu'on fait évoluer une société. »

« Une grande leçon »

Sur le premier tour de la présidentielle française, dimanche, qui a vu passer la candidate d'extrême droite Marine Le Pen, et sur l'élection de Donald Trump aux États-Unis, Jean-François Lisée a dit que les partis « plus responsables comme le PQ » devaient tirer une grande leçon. Celle de ne pas nier les inquiétudes et les difficultés liées à l'intégration des immigrants dans la société québécoise et de proposer des solutions « raisonnables », à défaut de voir les partis extrémistes s'emparer de ces inquiétudes pour progresser.

Le chef du PQ reproche du même souffle au gouvernement libéral de Philippe Couillard d'avoir ouvert largement la porte aux immigrants depuis trois ans sans prendre de mesures pour entre autres favoriser leur intégration en emploi. Et il s'engage à agir dans les deux premières années d'un mandat que lui confieraient les Québécois aux élections de 2018, « parce que c'est urgent de le faire ».

Québec n'est pas assez « craint » à Ottawa

Des dossiers régionaux comme l'aéroport de Sherbrooke et la voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic piétinent à Ottawa parce que le Québec n'est pas « craint » actuellement par le gouvernement Trudeau.

C'est ce que croit le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, qui fait le constat qu'un gouvernement indépendantiste modifie le rapport de force avec Ottawa et obtiendrait plus de résultats que le gouvernement de Philippe Couillard. Même sans faire de référendum, précise-t-il.

« Le problème qu'on a sur tous les dossiers qui concernent le gouvernement fédéral (...) c'est que le Québec n'est ni respecté, ni craint à Ottawa. Ils n'ont pas de prix politique à payer de donner plus de choses au reste du Canada et moins au Québec », déclare-t-il en pointant des dossiers comme les compensations pour l'industrie laitière et fromagère, la nomination de juges ou le non-investissement dans l'équité de Bombardier.

« J'ai hâte que le Québec soit sur l'écran radar », ajoute M. Lisée en faisant miroiter que s'il est élu premier ministre de la province en octobre 2018, il ne se gênera pas pour imposer la voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic dans les enjeux de l'élection fédérale qui va suivre en 2019.

« Si on est capable de faire le REM (Réseau électrique métropolitain) à Montréal d'ici 2021, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire une voie de contournement à Lac-Mégantic pour 2019. Les chemins de fer, on sait comment construire ça. »

Aéroport

Poursuivant son raisonnement, Jean-François Lisée estime que la désignation de l'aéroport de Sherbrooke par l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) aux mêmes conditions que d'autres aéroports régionaux au pays tarde pour les mêmes raisons.

« Je pense que le maire de Sherbrooke et la Chambre de commerce ont fait la démonstration que ce serait bon pour l'économie locale. (...) Mais on est à la merci de décisions qui nous échappent. Si on était indépendant, on déciderait nous-mêmes des accréditations pour nos aéroports. C'est l'argument qu'on va servir au gouvernement fédéral. Si vous voulez nous montrer que le Canada fonctionne et que vous revenez pour l'élection 2019, on va être là pour vous le demander. Ça va faire partie de votre bilan. »




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