Chez le médecin pour du Botox

Depuis trois ans, l'infirmière Roxane St-Laurent s'est bâtie... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Depuis trois ans, l'infirmière Roxane St-Laurent s'est bâtie une clientèle de plus de 400 femmes à qui elle offre des services d'injection de Botox. À compter du 1er mai, comme plusieurs consoeurs au Québec, elle sera contrainte de fermer boutique devant les nouvelles règles imposées par le Collège des médecins.

Spectre Média, Frédéric Côté

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(Sherbrooke) Quelques milliers d'Estriennes qui reçoivent des injections à des fins esthétiques (Botox) données par des infirmières devront dorénavant se tourner vers un médecin « qui a des compétences en médecine esthétique » pour obtenir une ordonnance.

C'est que le Collège des médecins du Québec impose de nouvelles règles à compter du 1er mai, qui ont pour effet de rendre non applicables les ordonnances collectives grâce auxquelles des infirmières ont pu offrir ces traitements esthétiques de façon autonome depuis 12 ans maintenant.

Le Regroupement des infirmières et infirmiers entrepreneurs du Québec (RIIEQ) et l'Association des infirmières infirmiers en soins infirmiers esthétiques du Québec (AIISIEQ) montent d'ailleurs aux barricades contre ces nouvelles directives et réclament un moratoire au Collège des médecins ainsi que l'intervention du ministre de la Santé Gaétan Barrette.

« C'est décevant pour des infirmières professionnelles de revenir en arrière comme ça après 12 ans. Certaines infirmières ont mis sur pied des entreprises, ont créé des emplois et pourraient maintenant se retrouver en faillite. Ça va créer de gros problèmes d'accessibilité aux médecins. En fait ça complique la vie de tout le monde », résume la présidente du RIIEQ Louise St-Aubin.

Infirmière aux urgences du CHUS pendant sept ans avant de devenir infirmière injectrice à son compte il y a trois ans, Roxane St-Laurent ne voit pas d'autre issue que de fermer boutique le 1er mai. Elle laissera une clientèle d'au moins 400 femmes, dit-elle, qu'elle injecte tous les quatre à six mois dans une douzaine de centres de beauté à Sherbrooke, Coaticook, Victoriaville, Drummondville et Thetford Mines entre autres.

« J'ai commencé à dire à mes clientes que je ne reviendrais plus. En région ce n'est pas comme à Montréal, ça va être plus difficile pour elles d'avoir leur injection. Il faudrait que je trouve un médecin spécialisé qui voudrait s'associer à moi dans ces 12 cliniques pour pouvoir continuer », réagit Mme St-Laurent en confiant qu'elle n'en dort plus depuis deux mois.

« J'ai envoyé mon curriculum vitae dans des cliniques de chirurgie esthétique. J'ai cogné à toutes les portes. Je ne sais pas ce que je vais faire. Peut-être essayer d'ouvrir une clinique d'esthétique? Mais mon histoire est une parmi tant d'autres. On (les infirmières injectrices) est toutes dans le même bateau. »

Des dérives

Rappelons que devant la popularité grandissante et la diversification des soins de médecine esthétique, le Collège des médecins a mis en place en 2015 un groupe de travail pour procéder à un resserrement des règles de pratique. Ses recommandations rendues publiques l'automne dernier doivent entrer en vigueur le 1er mai.

Le CMQ invoque des « dérives » dans le domaine pour agir. Entre autres « la vente d'ordonnances collectives par des tiers qui ne sont ni médecins ni infirmières, la pratique dans des lieux ne répondant pas aux normes professionnelles, la signature d'ordonnances par des médecins n'exerçant pas dans le domaine de l'esthétique et l'absence de lien entre le patient et le médecin signataire de l'ordonnance collective », écrivait le CMQ dans son rapport de 2016.

Pour Louise St-Aubin, « le Collège des médecins vise malheureusement le noir mais tue le blanc » puisque, dit-elle, « les infirmières en soins infirmiers esthétiques n'ont jamais été associées, ni de près ni de loin, à ces dérives et dérapages ».

Par contre, fait-elle valoir, ces infirmières ont une solide formation, sont des expertes en injection, sont proches de leurs clientes et ont mis en place une pratique humaine, plus abordable que dans beaucoup de cliniques de chirurgie esthétique.

Payés par la RAMQ?

Les deux groupes d'infirmières estiment entre 60 000 et 100 000 le nombre d'évaluations esthétiques qu'elles font chaque année et qui devront maintenant être faites par des médecins. En Estrie, environ 9000 femmes seraient concernées.

« Est-ce que ce sont les contribuables québécois qui paieront pour ces milliers d'évaluations faites par des médecins, à travers la RAMQ », s'interroge Mme St-Aubin.

Pour le RIIEQ et l'AIISIEQ, cette décision du Collège des médecins « s'apparente étrangement à une prise de contrôle hostile sur les soins infirmiers esthétiques au bénéfice de certains groupes d'intérêt ».

Une prise de contrôle qui va à l'encontre, croit Mme St-Aubin, des orientations politiques du gouvernement Couillard qui semble plutôt encourager la prise en charge de certains actes médicaux par les infirmières et la collaboration interprofessionnelle.

Pour Roxane St-Laurent, la décision portera également un lourd préjudice à M. et à Mme Tout-le-Monde qui a eu accès à la médecine esthétique grâce à l'approche plus abordable des infirmières et qui ne l'aura plus. « Ce n'est plus l'élite de Sherbrooke qui se fait injecter en cachette. C'est en pleine croissance. Mais les femmes ne voudront pas retourner dans les cabinets de médecin », prédit-elle.




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