Le Monarque: passage ou sortie de secours?

Trois enseignants à l'école du Monarque, spécialisée pour... (Spectre média, Frédéric Côté)

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Trois enseignants à l'école du Monarque, spécialisée pour les jeunes ayant de graves troubles de comportement : Marie-Josée Labonté Raymond, Julie Harvey et Jacques René.

Spectre média, Frédéric Côté

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(Sherbrooke) Le Monarque, une école spécialisée pour les élèves de 6 à 18 ans, est souvent perçue comme un dernier recours pour ces élèves ayant de graves troubles de comportement. On parle bien peu de cette école, où les élèves traînent parfois de lourds bagages et de grandes difficultés, mais il y a aussi de belles histoires. La Tribune a fait une incursion dans l'établissement.

Lorsque son fils était au primaire, Suzie Carrier recevait de nombreux appels de l'école. « Le téléphone sonnait au travail. Je savais que c'était pour Louis-Philippe parce que ça n'allait pas bien », raconte la mère du garçon de 16 ans.

« On m'appelait sans cesse pour me demander d'aller chercher Louis-Philippe, parce qu'il était en crise. C'était difficile. »

« Il a eu un primaire difficile. Il a repris sa maternelle. Il avait des difficultés avec les habiletés sociales, des troubles de comportement, de l'agressivité... »

Le jeune homme a un trouble du déficit de l'attention et un trouble de l'attachement. La transition primaire-secondaire inquiétait les parents.

« On se disait : My god! Il est facilement manipulable. Qu'est-ce qu'il va faire dans les écoles publiques? »

À ses yeux, l'avenue du Monarque était celle à suivre. Aujourd'hui, elle est soulagée. Son téléphone a arrêté de sonner. « C'est incroyable. On respire! »

La donne a changé depuis que son fils est inscrit à l'école du Monarque, une école spécialisée pour les jeunes ayant de graves troubles de comportement. L'établissement accueille une centaine de jeunes de 6 à 18 ans.

Louis-Philippe est au Monarque depuis le début du secondaire et il doit terminer son parcours l'an prochain. Il mène actuellement une formation préparatoire au travail (FPT), à l'instar des jeunes que La Tribune a rencontrés.

La première année, son fils s'est parfois retrouvé dans une classe d'encadrement s'il se trouvait en crise. Mais elle n'a pas eu à venir le chercher dans ces moments-là; l'équipe arrivait à gérer la situation.

« Là, ça va super bien. » Le jeune homme retourne à la maison chaque soir, en autobus. Quand il terminera son parcours, l'an prochain, Louis-Philippe aura une certification du ministère de l'Éducation en FPT.

Qu'est-ce qui fait que ça fonctionne enfin pour lui? « Le temps. On ne le brusque pas avec le programme, pour rentrer dans le programme. Ils prennent le temps d'essayer de comprendre le jeune. Ça va bien. Il est super content. Il a trouvé sa vitesse de croisière. »

De l'enseignement qui n'en est pas

Il y a plusieurs années, l'enseignant Jacques René devait remplacer pour une courte période dans l'établissement. Il n'est plus reparti. Aujourd'hui, il prend le jeune là où il est, peu importe son parcours.

Parfois, les dossiers sont lourds : certains jeunes ont vécu des épreuves que des gens ne vivront jamais dans une vie. Certains ont des antécédents de violence; un jeune en a tabassé un autre. D'autres ont commis une erreur de parcours, « une bêtise » et se sont fait prendre.

« Le jeune voulait mettre le feu dans un bac à poubelle et ça s'est étendu au bloc », image l'enseignant.

Ces histoires, Jacques René les laisse derrière lui. Et derrière les élèves.

Il raconte qu'il ne va plus voir les dossiers des élèves depuis plusieurs années. 

« On ne l'oublie pas complètement, mais on ne focusse pas là-dessus. On part de là où on est (...) Moi, j'apprends à connaître le jeune là où il est. Sinon, on devient fou! On serait toujours en état d'alerte. Ma lumière clignote toujours un peu dans ma tête, mais elle est rarement en panique. » 

L'intervention d'un agent de sécurité n'est pas monnaie courante, assure Marie-Josée Raymond Labonté, l'enseignante en anglais. 

Julie Harvey en est à sa troisième année au Monarque. Son collègue raconte en riant qu'au départ, elle se demandait comment elle pourrait travailler avec certains jeunes. Elle souligne avoir frappé un mur à son arrivée. « Là, je peux dire que je m'épanouis », lance celle qui, en entrevue, semble baigner totalement dans son élément. « Tout le monde a un côté positif », renchérit l'enseignante. 

Quels sont les plus grands défis auxquels les enseignants sont confrontés? 

« Des fois, je n'ai pas l'impression d'être une enseignante, répond Julie Harvey. C'est tout le temps de trouver une façon de les chercher, de les intéresser. » Il n'est pas rare que le plan soit mis de côté.

Son collègue Jacques René abonde dans le même sens : « C'est toujours de trouver le fil conducteur qui va allumer cette classe-là et ces individus-là. »




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