Quel avenir pour la gestion de l'offre?

Le lait est généralement moins cher aux États-Unis,... (La Tribune, Jean-François Gagnon)

Agrandir

Le lait est généralement moins cher aux États-Unis, mais depuis la diminution de la valeur du dollar canadien face à la devise américaine la différence de prix entre les produits laitiers en Estrie et au Vermont est moins grande.

La Tribune, Jean-François Gagnon

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Magog) Le débat entourant la pertinence de maintenir la gestion de l'offre dans certains domaines en agriculture revient sans cesse dans l'actualité. Puisque le lait, les oeufs et le poulet sont habituellement moins chers aux États-Unis, plusieurs en déduisent que le modèle canadien a nécessairement des effets pervers. Mais tout n'est peut-être pas si simple. Une analyse plus en profondeur s'impose.

Candidat sérieux à la chefferie du Parti conservateur du Canada, le député beauceron Maxime Bernier est l'un des ténors de l'opposition au système de gestion de l'offre, un modèle qui d'après lui va à l'encontre des intérêts des Canadiens les plus pauvres.

« La gestion de l'offre est un cartel fondé sur le contrôle de la production, l'interdiction des importations, la fixation des prix par des bureaucrates et la limitation de la concurrence. Il force les familles à payer des centaines de dollars de plus chaque année pour leurs produits laitiers, leurs oeufs et leur volaille », fait valoir M. Bernier dans un document disponible sur son site internet.

Sans aucune surprise, les Producteurs de lait du Québec ne partagent pas son opinion du tout. Cette organisation défend une position tout à fait contraire à celle du candidat à la chefferie du Parti conservateur.

« Il faut faire attention quand on parle de l'impact de la gestion de l'offre sur les prix, insiste François Dumontier, porte-parole des Producteurs de lait du Québec. Le prix de détail dépend des coûts de production et des marges de profit. Si le système actuel disparaissait, il y aurait peut-être une baisse de prix, mais elle serait minime. »

M. Dumontier juge les allégations de Maxime Bernier d'autant plus difficiles à digérer qu'il a été démontré, ces dernières années, que les Canadiens paient presque toujours un prix plus élevé pour se procurer leurs biens de consommation, en comparaison avec ce que les Américains paient pour les mêmes produits.

« Pourquoi fait-on ce procès au lait? M. Bernier lance des affirmations qui ne sont pas vraies quand il aborde la question des prix pour les produits laitiers », affirme le porte-parole des Producteurs de lait.

Celui-ci mentionne également que le système dont profitent les producteurs de lait évite au gouvernement fédéral d'avoir à octroyer encore davantage de subventions aux agriculteurs du pays.

Ouverture graduelle?

Professeur d'économie politique à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, Mathieu Arès laisse entendre que l'un des principaux problèmes causés par la gestion de l'offre concerne la relève agricole.

« Les producteurs doivent payer un montant d'argent pour avoir le droit de produire du lait et le quota de production vaut une fortune. Pour 100 vaches, la facture est d'environ trois millions $. Ce n'est pas facile pour les jeunes de devenir producteurs. Ça devient un frein pour la relève », explique M. Arès.

Qui plus est, le coût du quota de production gonflerait artificiellement les prix des produits laitiers au Canada, notamment parce qu'il faut financer son achat.

Mathieu Arès ajoute que, de l'avis de plusieurs, la disparition de la gestion de l'offre forcerait les fermes laitières canadiennes à devenir plus productives, ce qui aurait sans doute des bienfaits pour les consommateurs.

Le professeur d'économie politique affirme que le gouvernement canadien connaît les problèmes entraînés par le système en place. Mais l'idée d'une réforme soudaine ne plairait pas à beaucoup de politiciens.

« Il faut savoir que l'Union des producteurs agricoles est un des lobbys les plus puissants chez nous, souligne M. Arès. Et puis il faudrait répondre à une question cruciale, si on faisait une réforme : comment compenser les producteurs qui ont acheté du quota de production? »

Considérant les enjeux et certains gestes posés ces dernières années, le spécialiste croit que le gouvernement évitera de procéder à une réforme brutale. « Une ouverture graduelle du marché aux producteurs étrangers, c'est probablement ça la stratégie du gouvernement. D'ailleurs, on permet maintenant l'importation de plus de fromages provenant de l'Europe. »




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer