Un outil unique au Canada pour détecter les cancers

Le Dr Éric Turcotte, spécialiste en médecine nucléaire... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Le Dr Éric Turcotte, spécialiste en médecine nucléaire au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, montre les images d'un patient qui a subi l'examen standard et l'examen à partir du Dota-Tate produit au CRC du CHUS : le second examen, moins cher et moins contraignant, révèle une métastase qui n'était pas visible à l'examen standard. Le député de Sherbrooke Luc Fortin (au premier plan) l'écoutait attentivement.

Spectre Média, Maxime Picard

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(Sherbrooke) Des patients chez qui l'on soupçonne une tumeur neuro-endocrine viendront bientôt de partout au Canada pour passer un examen fait par radionucléide Octréotate (Dota-tate) au Centre de recherche clinique (CRC) du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS).

Les tumeurs neuroendocrines apparaissent dans le tube digestif, dans l'oesophage, l'estomac, l'intestin grêle, l'appendice ou le gros intestin. Pour les patients, les avantages de subir cet examen avec le Dota-tate sont nombreux.

« Grâce au Dota-tate, on peut déceler des tumeurs neuro-endocrines et des lésions aussi petites que 3 à 4 mm, comparativement à l'examen standard canadien qui repère des lésions de 1 cm et plus. L'examen médical fait par Dota-tate représente un avantage majeur pour les patients, car il peut être complété en moins de deux heures avec une faible exposition au rayonnement », souligne le Dr Éric Turcotte, spécialiste en médecine nucléaire au CIUSSS de l'Estrie-CHUS ainsi que professeur-chercheur à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke et au CRCHUS.

L'examen standard pour établir un diagnostic est en effet plutôt contraignant : le patient doit passer de deux à trois jours à l'hôpital, la dose de radiation est plutôt forte et le produit n'est livré à l'hôpital qu'une fois par semaine, ce qui exclut donc la possibilité de faire des examens d'urgence.

À la recherche d'efficacité

La création du CIUSSS de l'Estrie-CHUS en avril 2015 a mené les chefs de tous les services à regarder de près leurs budgets. « Cet examen coûtait 1600 $ par patient, seulement pour le produit utilisé. C'est aussi un examen contraignant pour le patient, qui devait manquer plusieurs journées de travail pour venir le subir. Nous nous sommes donc demandé ce qu'on pouvait faire pour améliorer la situation », fait savoir le Dr Jean Verreault, chef du service de médecine nucléaire au CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Une idée a été dénichée en Europe, où l'utilisation du Dota-tate était déjà commencée de façon clinique et non commerciale. Impossible de le commander de toute façon : le produit possède une demi-vie de 68 minutes, c'est-à-dire qu'il devient 50 % moins efficace toutes les 68 minutes­. Il doit donc être utilisé immédiatement après sa production.

Comme l'équipe de recherche en imagerie du CRC du CHUS est extrêmement bien rodée et que ses laboratoires sont très bien équipés, les médecins-chercheurs et leur équipe se sont lancés dans un projet qui pouvait paraître un peu fou au départ : produire du Dota-tate au CRC du CHUS pour l'utiliser chez les patients qui doivent subir l'examen diagnostique.

Il fallait d'abord se procurer un générateur de gallium, ce qui a été rendu possible grâce à divers investissements dont une partie provient des médecins eux-mêmes qui ont vu là la possibilité d'investir dans les projets auxquels ils consacrent tout leur temps. Mis à part du temps de la part du personnel de recherche du CRC, il aura fallu moins de 100 000 $ pour mener à bien ce projet de recherche clinique.

Très vite, tout s'est donc mis en place. Entre la naissance de l'idée et l'utilisation du produit chez un premier patient sherbrookois, il s'est déroulé six mois.

« Six mois pour passer de la recherche à l'utilisation chez un patient, c'est extrêmement rapide, je n'ai jamais vu ça personnellement! » s'exclame le Dr Éric Turcotte.

Jusqu'ici, 130 patients de tout le Québec ont passé l'examen avec succès.

En conférence de presse vendredi, le Dr Turcotte a montré des images d'un patient qui a subi les deux examens. Dans le cas de l'examen standard, on voyait bien une masse au niveau du ventre. Mais avec l'examen au Dota-tate, une métastase beaucoup plus petite était visible au foie. Le patient pourra donc subir un traitement mieux approprié à la guérison de son cancer.

Partout au Canada

L'examen est si révolutionnaire qu'il a très vite suscité l'intérêt des patients et des médecins de tout le Québec.

« Le gouvernement du Québec nous a donné le financement supplémentaire pour faire des examens pour 150 patients provenant de l'extérieur de notre CIUSSS de l'Estrie », se réjouit le Dr Jean Verreault.

« Certains patients sont déjà allés en Europe et ont payé des milliers d'euros pour subir cet examen. Les Québécois n'ont plus à se battre pour subir cet examen. Il est disponible pour eux, maintenant, ici à Sherbrooke! » se réjouit le Dr Éric Turcotte.

Une entente a également été conclue avec le gouvernement de l'Ontario et des ententes avec d'autres provinces sont en voie d'être également conclues. « Il y aura bientôt des patients de tout le Canada qui viendront passer cet examen à Sherbrooke pour que l'on puisse détecter leurs cancers », ajoute Éric Turcotte.




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