Un budget en deçà des attentes

La Tribune a invité quelques acteurs du milieu... (Spectre Média, René Marquis)

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La Tribune a invité quelques acteurs du milieu socioéconomique à commenter le quatrième budget du ministre Carlos Leitao. À l'arrière : Luc Savard, professeur d'économie à l'UdeS, Jean Lacharité, vp à la CSN, Claude Denis, vp de la Chambre de commerce de Sherbrooke, et Serge Paquin, président du conseil municipal de Sherbrooke. À l'avant : Réal Létourneau, fiscaliste chez Raymond Chabot Grant Thornton, et Josée Fortin, dg de Sherbrooke Innopole.

Spectre Média, René Marquis

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(Sherbrooke) À première vue, le 4e budget de Carlos Leitao laissait sur leur faim les six intervenants du milieu socioéconomique ayant accepté de participer à la table ronde de La Tribune. Oui, l'équilibre budgétaire, atteint pour une troisième fois consécutive, les réjouit, mais les sommes investies dans les différents ministères demeurent insuffisantes. Surtout en ce qui a trait à l'éducation.

« Après les coupes subies au cours des dernières années, on aurait pu s'attendre à plus de réinvestissement. Plusieurs sommes annoncées sont en deçà des rumeurs qui circulaient au cours des derniers jours. C'est assez pour arrêter l'hémorragie, mais pas suffisant pour se donner un élan. Le gouvernement avait les moyens de faire plus. Il aurait été important de le faire, surtout en éducation. Peut-être se garde-t-il une réserve pour l'an prochain alors qu'il présentera son dernier budget avant les élections ? », note le professeur d'économie de l'Université de Sherbrooke Luc Savard.

Jean Lacharité de la CSN a renchéri : « C'est un budget anémique compte tenu des surplus, des besoins de la société et de l'entreprise de démolition des dernières années. On a atteint l'équilibre budgétaire, mais on a créé un déficit social ».

Le fiscaliste sherbrookois Réal Létourneau, qui a l'habitude de faire des analogies culinaires lors des dépôts de budget gouvernemental, a comparé celui de 2017-2018 à « un repas sans entrée ni dessert accompagné d'un verre d'eau ».

« C'est mieux que rien. Mais on doit se contenter du plat principal. Il faut se réjouir de l'équilibre budgétaire pour passer à autre chose. Je demeure estomaqué de voir ce qu'on fait de l'éducation au Québec. Je n'en reviens pas. Je pensais que l'investissement en éducation dépasserait de façon appréciable les sommes investies en santé. Ce n'est pas le cas. 333 M$ cette année pour le réseau qui va des CPE à l'université, ce n'est pas assez », mentionne M. Létourneau.

« Et leur histoire de présenter les chiffres sur 5 ans, c'est de la poudre aux yeux. Ce n'est pas pédagogique. En fait, c'est trompeur, surtout que les investissements les plus importants ne sont pas à court terme », enchaîne du même souffle le fiscaliste.

« C'est un manque de transparence. Une opération de camouflage », a ajouté M. Lacharité.

L'éducation a été au coeur des discussions des intervenants réunis à La Tribune, qui sont d'avis que la province devrait en faire une priorité.

« Quand on investit aussi peu en éducation, on brime le futur des prochaines générations. Sinon, de façon générale, je m'attendais à plus. Quand on regarde la somme de 70 M$ pour l'année 2017-2018 investie pour l'innovation dans les entreprises, et ce, pour les 17 régions, c'est rien. Aussi, on a beaucoup parlé du manufacturier innovant dans les derniers mois et il n'en a pas été question ce soir », souligne Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole.

Le président du conseil municipal de Sherbrooke, Serge Paquin, était l'intervenant le plus satisfait du budget. « D'un point de vue municipal, le gouvernement a livré en bonne partie la marchandise par rapport aux attentes. Des sommes sont investies dans le développement régional. On fait un retour aux 3000 logements sociaux. Des argents sont investis autant dans le transport collectif que dans le transport adapté. Et une somme de 50 M$ est prévue pour les infrastructures sportives », explique M. Paquin.

Le vice-président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Claude Denis, était aussi passablement de bonne humeur. « On a un budget équilibré. Le poids de la dette diminue. On avait demandé un amortissement accéléré pour les achats d'équipement et un 35 pour cent a été ajouté sur les deux années suivant les acquisitions, ce report d'imposition donnera un coup de main aux entreprises. J'ai une seule déception. Les petites entreprises avaient, avant 2016, un taux d'imposition de 8 pour cent. Ce taux a augmenté à 11 pour cent l'an dernier. On aurait aimé qu'il redescende à 8 pour cent, mais ce n'est pas le cas », résume M. Denis.

Par ailleurs, les intervenants se réjouissent de la baisse d'impôts des contribuables même si elle représente grosso modo 1 $ par semaine de différence dans les poches des Québécois.

Investir en éducation pour améliorer la santé

La répartition des sommes investies en santé et en éducation n'est pas optimale, considèrent les intervenants du milieu socioéconomique réunis, mardi en fin d'après-midi, à la table ronde de La Tribune.

« C'est avec l'éducation qu'on va se distinguer en tant que société. C'est là que devrait aller le gros morceau du budget », a déclaré le fiscaliste Réal Létourneau.

La directrice générale de Sherbrooke Innopole partage cet avis. « Une société qui se distingue par sa valeur ajoutée est vraiment celle qui investit dans l'éducation et cela a un impact positif sur tous les secteurs confondus. D'année en année, les budgets en santé augmentent. Ma préoccupation est la suivante : on est dans une ère de soins curatifs mur à mur. Quand penserons-nous à la prévention ? », demande Josée Fortier qui est persuadée que la pire gaffe du gouvernement a été de couper dans l'éducation au cours des trois dernières années.

« Investir dans l'éducation, c'est aussi investir dans la prévention. Un peuple éduqué est plus en santé. J'ose espérer que cet argent ira aux soins et maintien à domicile », enchaîne M. Létourneau.

« Si au moins on investissait en ciblant la prévention et le soutien à domicile. Mais non, on est dans un système hospitalo-centriste où l'argent va uniquement pour les médecins et le curatif », commente Jean Lacharité, de la CSN.

Le professeur d'économie de l'Université de Sherbrooke Luc Savard en ajoute : « L'éducation et la recherche et développement ont un impact sur la performance des entreprises dans tous les secteurs d'activité. On critique la France, mais c'est un pays qui a investi énormément en recherche et développement, en innovation, en éducation. Et c'est pourquoi, malgré tous ses problèmes politiques, ce pays a un des meilleurs taux d'efficacité dans le monde. Comme les Allemands, les Suisses et même les Coréens », note le professeur.

« On a les bons ingrédients, mais pas le bon dosage », résume le président du conseil municipal de Sherbrooke, Serge Paquin.




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