Un budget décevant pour l'Estrie

La Tribune a invité quelques acteurs du milieu... (Spectre Média, René Marquis)

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La Tribune a invité quelques acteurs du milieu socioéconomique à commenter le deuxième budget du ministre Bill Morneau. Il s'agit de Jean Lacharité, vp à la CSN, Réal Létourneau, fiscaliste chez Raymond Chabot Grant Thornton, Luc Savard, professeur d'économie à l'UdeS, Serge Paquin, président du conseil municipal de Sherbrooke, Claude Denis, vp de la Chambre de commerce de Sherbrooke, et Josée Fortin, dg de Sherbrooke Innopole.

Spectre Média, René Marquis

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(Sherbrooke) À première vue, le budget Morneau contient peu d'éléments qui soulèvent l'enthousiasme du milieu socioéconomique de l'Estrie. Celui-ci pourrait même mener à un nouvel affrontement Québec-Ottawa sur la formation de la main-d'oeuvre en plus de nuire aux projets axés sur l'innovation en raison de son caractère centralisateur.

De six intervenants ayant accepté de participer à la table ronde de La Tribune sur le budget Morneau, Jean Lacharité de la CSN n'a pas caché sa déception, notamment au chapitre de la formation de la main-d'oeuvre où Ottawa annonce une réforme « considérable » des ententes de transferts aux provinces et territoires. Selon M. Lacharité, les modalités entourant l'annonce de 1,8 milliard $ sur six ans pourraient réserver de mauvaises surprises au Québec.

« Le diable est dans les détails et je vous garantis qu'il y a encore une chicane fédérale-provinciale qui s'en vient sur la question de la formation de la main-d'oeuvre », a-t-il prédit, en rappelant que le dernier face-à-face Ottawa-Québec au sujet de la formation de la main-d'oeuvre avait abouti au bout de sept ans.

« On ne peut pas se permettre ça, a réagi Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole, en soulignant que l'Estrie avait un urgent besoin de main-d'oeuvre qualifiée « maintenant ».

Mme Fortin a souligné le fait que l'Estrie devra combler 29 000 postes d'ici trois ans.

Par ailleurs, en matière d'innovation, Mme Fortin s'est dite peu impressionnée par les 527 M $ annoncés par le ministre Morneau, lesquels seront investis via un guichet unique.

« J'ai toujours été un peu frileuse par rapport au guichet unique. Il y a un élément de centralisation que je n'aime pas là-dedans. Le gouvernement provincial a lui aussi annoncé qu'il allait lancer un guichet unique. Tout le monde est dans le guichet unique! Je ne suis pas convaincue que les entrepreneurs vont se trouver dans tout ça... », a-t-elle indiqué.

Le président du conseil municipal de Sherbrooke, Serge Paquin, se demande quant à lui de quelle façon Sherbrooke allait pouvoir tirer son épingle du jeu quant aux sommes prévues en infrastructures.

« Est-ce qu'il y aura des sommes disponibles pour le transport en commun dans les régions? Ça ne me semble pas évident. Même chose pour le logement abordable. Quels seront les montants et combien de temps on va prendre pour s'entendre avec le Québec pour mettre en oeuvre le Programme d'infrastructures pour que l'argent soit disponible? »

Le vice-président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Claude Denis, s'est réjoui du fait que la rumeur entourant l'augmentation de l'impôt sur le gain en capital ne se soit pas concrétisée. Cela aurait eu un impact dévastateur sur plusieurs entreprises, a-t-il dit. Il aurait souhaité que le budget contienne des mesures visant à aider les entreprises à acquérir de nouveaux équipements afin d'augmenter leur productivité.

« Nous allons continuer à faire des représentations en ce sens-là. Un moment donné, on va être écoutés. »

À quand le retour à l'équilibre ?

Le fait que le budget Morneau ne contienne aucun plan de retour à l'équilibre budgétaire agace le fiscaliste sherbrookois Réal Létourneau ainsi que le professeur d'économie Luc Savard, de l'Université de Sherbrooke.

Sans en faire « un dogme », les deux observateurs s'attendaient néanmoins à ce que le budget précise à quel moment les finances publiques allaient retrouver le chemin de l'équilibre.

« L'an dernier, j'avais presque applaudi (au déficit) car je croyais que c'était le temps de dépenser plus afin de stimuler l'économie, a rappelé Luc Savard. Mais aujourd'hui, la croissance économique a remonté (...). Quand l'économie tourne à plein régime, c'est le temps de réduire le déficit, réduire notre ratio dette/PIB. De cette façon, quand les mauvaises années reviennent, ça te permet de réinjecter de l'argent pour stimuler l'économie. Actuellement, on n'a aucune réaction à ce niveau-là », déplore le professeur Savard.

Réal Létourneau est du même avis : « Ce que je trouve fatigant, c'est le déficit, sans plan de retour à l'équilibre. Je n'en fais pas un dogme d'arriver à zéro. Mais nos dirigeants doivent savoir quand faire des déficits et quand faire de l'austérité. Mais sans plan, je trouve ça fatigant... »

«Avec la retraite des baby-boomers, on va assister à de nombreuses ventes d'entreprises au cours des prochaines années.»


De son côté, le président du conseil municipal, Serge Paquin, s'est montré plus nuancé sur la question du déficit :

« Globalement, il reste qu'avec le niveau de déficit prévu (28,5 milliards $), on maintient le même ratio par rapport au PIB. C'est quand même un budget relativement expansionniste. À cet égard, je trouve qu'il est sage de prendre cette orientation », a-t-il émis.

Autre élément qui irrite le fiscaliste Réal Létourneau est le peu de considération qu'Ottawa accorde année après année au phénomène du transfert d'entreprises, et plus particulièrement les transferts parent-enfant.

« Avec la retraite des baby-boomers, on va assister à de nombreuses ventes d'entreprises au cours des prochaines années, précise-t-il. Et actuellement la fiscalité n'est pas avantageuse pour des transactions parents-enfants. Elle l'est pour parent versus des étrangers, mais pas pour parents-enfants. Le Québec a bougé là-dessus, mais Ottawa est très dogmatique et c'est dommage. »

L'économie de partage est un autre domaine où Ottawa tarde à intervenir, constate Réal Létourneau : « Tous les Amazon et les Netflix de ce monde, qui passent à côté de la TPS, qu'est-ce qu'Ottawa attend pour s'attaquer à ça? Il y a beaucoup d'argent à aller chercher là. Ils vont attendre encore bien des années? »

D'autant plus, ajoute Claude Denis, vice-président de la Chambre de commerce, que des pays comme l'Afrique du Sud, l'Australie et le Japon ont trouvé des solutions à cette situation.




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