L'appel des origines, l'appel de Macao

Jouhainna Lebel a récemment entamé les démarches pour... (Spectre Média, Jessica Garneau)

Agrandir

Jouhainna Lebel a récemment entamé les démarches pour retrouver sa famille biologique à Macao. La diffusion d'un reportage de l'émission Deuxième chance lui a donné un peu d'espoir.

Spectre Média, Jessica Garneau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) Les retrouvailles entre le journaliste de Radio-Canada Pascal Robidas et sa mère biologique à Macao ont ému le Québec. Tellement que le reportage de l'émission Deuxième chance pourrait remporter la Zapette d'or du moment télévisuel le plus émouvant à C'est juste de la TV. Pour la Sherbrookoise Jouhainna Lebel, l'histoire de Pascal Robidas a rallumé l'espoir de retrouver sa famille biologique à Macao. Elle a amorcé ses démarches il y a un peu plus d'un mois.

Jouhainna a 36 ans, comme Pascal. Adoptée à l'âge de trois mois, elle est arrivée au Québec par l'intermédiaire de soeur Liliane Cayer, une religieuse de la communauté Notre-Dame-des-Anges, à Lennoxville. Comme Pascal, qui a grandi à Kingsey Falls et Sherbrooke. Dans le même sens, elle avait été confiée aux soins de la même crèche que celui qui agit maintenant comme journaliste à la première chaîne.

« Ça fait 15 ans que je pense à rechercher ma famille. C'est une envie qui vient et qui repart. Je banalisais le fait de savoir d'où je viens, mais avec la réflexion de Pascal, avec ce qu'il a vécu, je trouve légitime de savoir d'où je viens. Quand je pensais à ça avant de voir le reportage, je lâchais prise. Je me disais que c'était comme trouver une aiguille dans une botte de foin », raconte Jouhainna Lebel.

La Sherbrookoise a visionné l'émission deux fois. « La première fois, j'étais fatiguée et je n'ai pas trop réagi. La deuxième fois, je l'ai regardé avec mes enfants. J'ai réalisé l'importance d'aller à Macao, de trouver des réponses, parce qu'eux aussi viennent de là-bas, en quelque sorte. »

Alexandre, son frère, est également originaire de Macao. Il a retrouvé sa famille il y a une quinzaine d'années. « Il vit là-bas présentement. Dans son cas, c'est sa mère biologique qui est passée par les religieuses pour le retrouver. Moi, on m'a toujours dit que ma mère biologique était décédée. Je me suis interrogée et c'est un peu pour ça que je n'ai jamais poussé les démarches. Mais il y a cinq ans, mes parents m'ont remis mes papiers d'adoption. On y trouve le nom de mes grands-parents et de ma mère biologiques. Je ne savais pas par où commencer. »

Jouhainna Lebel est née d'une mère portugaise, qui avait 26 ans à l'époque, et d'un père chinois. Jouhainna sait qu'elle a aussi un frère et une soeur. Le premier aurait grandi à Macao, mais on ne sait pas si la seconde a été adoptée. Sur ses documents officiels, on indique que Jouhainna est née d'un père inconnu.

Nouvel An chinois

Dans le reportage de Deuxième chance, la Croix-Rouge de Macao est identifiée comme l'organisme à contacter pour retrouver la famille biologique. « Je leur ai écrit le 28 janvier. C'est symbolique parce que c'était le Nouvel An chinois. Et c'est l'année du coq, qui est un symbole de renouveau. J'ai attendu une réponse pendant deux semaines, mais la réponse s'était retrouvée dans mes courriels indésirables. On m'a demandé mes papiers d'identité. Je suis curieuse de voir si j'aurai des réponses. Au début, j'avais certaines craintes parce que je ne voulais pas être dans l'attente. Je ne suis pas de nature patiente. C'est certain que j'avais fait des recherches sur Facebook avant, mais je n'avais rien trouvé. »

Quand la petite Jouhainna a quitté sa Chine natale, elle était malade. Les religieuses avaient évoqué la possibilité qu'elle ne survive pas. Aujourd'hui, la grande Jouhainna comprend que sa mère biologique s'est séparée d'elle dans un grand geste d'amour. « Quand j'ai eu mon premier enfant, j'ai pleuré. Je me demandais comment tu pouvais donner ton enfant en adoption. Ça ne me paraissait pas logique. Pour moi, c'est certain qu'une mère qui donne son enfant pense à lui chaque jour. Ma mère m'a donnée pour que j'aie une vie meilleure, parce qu'elle n'avait pas les moyens. C'est un acte d'amour. Je ne le réalisais pas avant d'avoir mes enfants », raconte-t-elle, les yeux humides.

Et s'il manquait des fragments à l'histoire qu'on lui avait racontée? Et si les histoires des autres enfants s'étaient entremêlées avec la sienne? Et si sa mère biologique vivait toujours? « Dans l'émission Deuxième chance, Pascal Robidas avait fourni une photo de sa mère biologique. À la fin, on découvrait que ce n'était pas elle, sa mère. Peut-être que mon histoire est différente de celle qu'on m'a racontée... »

Jouhainna Lebel ne sait pas comment elle réagira si le téléphone sonne pour lui annoncer qu'on a retrouvé des membres de sa famille. « Ça m'a touchée de voir les retrouvailles entre Pascal et sa mère, de voir ces deux êtres humains se rencontrer. J'ai de la difficulté à m'imaginer voir mon père ou ma mère biologique. Je regarderais beaucoup leur réaction. Dans le fond, il faut que tu t'apprivoises. »

Encouragée par ses parents québécois, la Sherbrookoise compte se rendre à Macao coûte que coûte, pour voir d'où elle vient. Peut-être s'arrêtera-t-elle à la crèche. Elle prendra le temps de vivre Macao, de goûter son vent, de sentir ses pavés sous ses pieds. Peut-être arrivera-t-elle ensuite à renouer contact avec ceux qui partagent des liens de sang avec elle.

Beaucoup d'appels pour Deuxième chance

Jouhainna Lebel n'est pas la seule à s'être laissée inspirer par l'émission Deuxième chance. Manuelle Légaré, productrice au contenu, confirme que les demandes d'enfants adoptés ont afflué après la diffusion du reportage à propos de Pascal Robidas. « Je suis impressionnée par la quantité de gens adoptés qui n'ont aucune idée de comment s'y prendre pour retrouver leur famille biologique », explique-t-elle.

Il y a ces enfants de Macao, qui ont demandé précisément comment trouver un formulaire ou comment trouver les coordonnées de la Croix-Rouge de Macao. Mais ils sont moins d'une centaine à être arrivés grâce au travail de soeur Liliane Cayer. Certains ont été adoptés aux États-Unis. Les autres, un peu partout au Québec. Il y a aussi ces enfants de tous les autres pays, qui vivent maintenant d'espoir.

« Pendant notre tournage à Macao, un homme qui habitait à Hong Kong nous a dit qu'il cherchait sa soeur, qui était passée par la même crèche de Pascal Robidas. J'ai pris ses coordonnées et je lui ai envoyé les photos des bébés adoptés dans les années 1980 », ajoute Mme Légaré.

Un grand cadre avec la photo de tous les bébés adoptés grâce à soeur Liliane Cayer est accroché au couvent Notre-Dame-des-Anges, sur la rue Queen. « Il a reconnu sa soeur. Nous les avons mis en contact. Elle vient d'aller le visiter à Hong Kong. »

Manuelle Légaré explique qu'elle ne peut pas donner des conseils pour toutes les demandes qu'elle reçoit. « Mais les gens de Macao voulaient valider le chemin que nous avions pris... »

Un chemin qui est un peu passé par un Québécois vivant à Macao. Le bouche-à-oreille pourrait fonctionner. « Sa soeur biologique est guide touristique. Elle voit beaucoup de gens. » Le nom de ce Québécois? Alexandre. Alexandre Lebel! Le frère de Jouhainna...

Une deuxième saison de Deuxième chance a été confirmée en février. L'émission est animée par Marina Orsini et Patrick Lagacé.




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer