Une infirmière dénonce le manque de personnel dans les CHSLD

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Véronique Lafond, infirmière au pavillon Argyll, et Sophie Thériault, représentante syndicale, dénoncent les conditions de travail des infirmières et des préposées.

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(Sherbrooke) Le manque de personnel dans les établissements de soins de longue durée se fait cruellement sentir.

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Françoise Desharnais.

Spectre Média, Maxime Picard

Des employés et des proches de patients n'hésitent maintenant plus à dénoncer publiquement l'organisation du travail qui a des répercussions humaines importantes. La crise dure depuis des mois, assure Véronique Lafond, une infirmière du pavillon Argyll qui oeuvre dans ce secteur depuis sept ans.

« C'est dans tous les pavillons, pas juste Argyll! Et la récente éclosion de gastro-entérite n'a rien à voir. Je suis écoeurée de couvrir pour des infirmières non remplacées et de voir mon personnel se fendre en 15 pour réussir à donner des soins à tout le monde, au meilleur de leurs capacités », lance-t-elle.

« Notre cher gouvernement s'assoit sur le fait que nous travaillons avec des humains, que nous ne pouvons pas remettre à plus tard et que nous finissons par nous '' arranger ''. Les patients ne sont pas tous levés, n'ont pas tous leur bain et peuvent attendre plusieurs minutes avant d'avoir du service, comme être amené à la toilette. »

Le ratio « préposés aux bénéficiaires/clients » était déjà inadéquat avant la crise, plaide-t-elle. Depuis l'été dernier on sent un réel problème de pénurie de personnel sur le plancher. « Surtout pour le quart de soir. Oui, il faut engager du personnel, mais il faut aussi offrir des heures régulières aux employés à temps partiel et sur appel », déclare-t-elle.

« J'ai vu une préposée téléphoner pour savoir si elle devait entrer au travail le lendemain. On lui a dit non. À 5 h du matin, elle recevait un appel pour qu'elle se présente au travail. C'est rendu comme ça. »

Mme Lafond encourage les proches des gens hospitalisés de se plaindre du manque de personnel.

C'est ce que fait Françoise Desharnais, dont le mari est hospitalisé au pavillon Argyll depuis octobre dernier après avoir été amputé des deux jambes. Elle dit que « la moutarde lui a monté au nez » quand elle s'est fait dire que l'homme de 82 ans ne pourrait être levé de son lit en raison du manque de préposés actifs plus tôt cette semaine.

« Je ne me plains pas du travail du personnel, mais on voit que s'il manque quelqu'un, tout le monde a de la broue dans le toupet. Mon mari a besoin de soin pour les cas lourds », dit cette infirmière de carrière.

Comme une usine

« On sent que ça marche comme une usine. Personne n'a le temps de prendre le temps. On ne parle pas d'animaux ici, mais d'humains. C'est difficile autant pour le personnel que pour les patients. »

Carole Lussier, une infirmière à la retraite, dénonce aussi le traitement réservé à sa mère de 94 ans. Cette dernière a dû rester alitée presque 24 heures à deux reprises en fin de semaine par manque de personnel au pavillon Saint-Vincent de l'IUGS. Et c'est fréquent comme situation, assure-t-elle.

« Je n'en veux pas au personnel. C'est le gouvernement qui ne bouge pas même si on dénonce », commente-t-elle.

« Ce n'est pas normal! Tout le monde est à bout de souffle. Je fais ma part pour aider. Mais si la personne n'a pas de famille? Si elle tombe à terre, elle peut rester là longtemps. Ce n'est pas rassurant de vieillir... »

La représentante syndicale Sophie Thériault se réjouit de voir des voix s'élever pour dénoncer cette situation devenue « critique » dans le réseau. « Le temps supplémentaire obligatoire est de plus en plus imposé. C'est rendu un vrai calvaire pour ceux qui viennent travailler », s'insurge-t-elle.

« Ce n'est pas récent ce manque de personnel. L'épuisement se répand de plus en plus. On dénonce ça au niveau syndical depuis longtemps, mais on dirait qu'on ne nous prend pas au sérieux. Avant, on offrait du temps supplémentaire à l'avance. Depuis la fusion on ne voit plus ça. »

La direction du CIUSSS assure prendre des mesures

« La direction du CIUSSS de l'Estrie-CHUS prend au sérieux la crise qui secoue les centres de soins de longue durée. On est en démarches intenses afin d'augmenter le personnel. »

C'est l'assurance que donne Annie-Andrée Émond, du service des communications du CIUSSS de l'Estrie-CHUS. « Nous demandons effectivement beaucoup aux membres de notre personnel », reconnaît-elle.

« Nous avons beaucoup d'absences, notamment en raison de la semaine de relâche. En plus, nous avons eu une éclosion de gastro-entérite dans certains établissements. Nous devons demander de faire des heures supplémentaires obligatoires et volontaires. »

Mme Émond reconnaît qu'il peut arriver qu'un patient ne soit pas levé une journée, tout en s'assurant que les soins d'hygiène et de nourriture lui seront donnés.

On doit gérer souvent à la dernière minute des absences d'employés ne pouvant se présenter au travail.

« Nous sommes en train de développer un plan d'action pour recruter du personnel. Nous sommes en affichage continu », souligne-t-elle.

« Nous avons pris des mesures pour mieux gérer la liste des rappels. »




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