Le coin lecture s'éclate

L'enseignante de maternelle Guylaine Lapointe utilisait déjà beaucoup... (Spectre Média, Frédéric Côté)

Agrandir

L'enseignante de maternelle Guylaine Lapointe utilisait déjà beaucoup les livres en classe. Le projet « Installer une culture littéraire à l'éducation préscolaire » lui a permis d'approfondir ses apprentissages et ses pratiques.

Spectre Média, Frédéric Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) Le nombre de livres parcouru par un enfant avant son arrivée à la maternelle peut varier grandement d'un élève à un autre. Les recherches font état de 25 heures de littérature dans les cinq premières années de vie pour certains, comparativement à 1500 heures pour d'autres. Un projet visant à développer la culture littéraire chez les tout-petits du préscolaire permet toutefois de diminuer cet écart entre les enfants. L'initiative mise en branle dans des écoles de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) pourrait s'étendre ailleurs dans la province.

José Rochefort est conseillère pédagogique à la CSRS... (Spectre Média, Maxime Picard) - image 1.0

Agrandir

José Rochefort est conseillère pédagogique à la CSRS et responsable du projet « Installer une culture littéraire à l'éducation préscolaire ».

Spectre Média, Maxime Picard

Selon la CSRS, le projet « Installer une culture littéraire à l'éducation préscolaire » est unique au Québec et c'est grâce à une collaboration avec le ministère de l'Éducation qu'il pourrait voir le jour dans d'autres écoles du Québec.

« On a fait une première expérience dans une classe en 2012, raconte José Rochefort, conseillère pédagogique à la CSRS et responsable du projet, qui a travaillé avec Christine Pérusset au Ministère. En documentant le projet, on se disait... imaginez sur un an! » L'équipe accompagne des enseignants afin de mettre en place des propositions littéraires incitant les enfants à plonger dans le monde des livres.

Il ne suffit pas de tourner les pages d'un bouquin ici et là : un des objectifs est d'établir une fréquence d'activités et de les varier.

« Les enfants deviennent de plus en plus exposés », explique Mme Rochefort, en soulignant qu'on a travaillé aussi à partir d'activités qui existaient déjà.

L'initiative tient aussi compte de la réalité des enseignants. « Les pratiques que l'on propose, ça se fait avec différents livres. » Les enseignants peuvent ainsi se débrouiller quand même si tel livre n'est pas disponible.

« On propose que les enseignants travaillent avec une grande variété, comme des abécédaires, des chiffriers, des documentaires... Ce sont des allers-retours que l'on fait à travers les différents genres littéraires pour que les enfants se connaissent mieux comme futurs lecteurs. En amenant cette variété, chaque enfant peut trouver son compte. »

« Boule de neige »

Depuis 2012, le projet a pris de l'ampleur. « On est rendu à près de 20 classes. Ça a fait boule de neige. »

Dans l'une des pratiques proposées, le livre est omniprésent un peu partout dans la classe. « On s'aperçoit qu'au préscolaire, on a beau faire un très beau coin lecture, les enfants sont tellement sollicités par le jeu que le coin lecture est laissé un peu pour compte. On a fait éclater le coin lecture, pour qu'il se retrouve dans tous les coins de la classe. Par exemple, dans le coin de la construction, ça peut être un livre sur l'architecture du monde qui va se retrouver là. »

En début d'année scolaire, l'écart entre les enfants par rapport à leur niveau de lecture est parfois important. « Ça aide à combler cet écart-là. Souvent, rendu en février, ça ne paraît plus. » Elle raconte que des enseignantes de première année étaient emballées par le chemin parcouru par les enfants.

Une des clés pour que l'initiative fonctionne? « Il faut que ce soit facile, que les enseignants aient envie de le faire. On insiste beaucoup pour que ce soit simple. On en est venu à une douzaine de pratiques probantes. On a créé un document de formation qui sera donné aux conseillers pédagogiques des autres commissions scolaires. »

Cet horizon littéraire qui s'ouvre aux enfants est né d'une passion. « C'est mon dada, la littérature jeunesse, lance José Rochefort. J'ai enseigné au préscolaire; ça a toujours été ma matière première, la base de ma pédagogie... »

La trousse pédagogique développée pour les enseignants devrait être prête à l'automne 2017.

Grands lecteurs en herbe

Lundi après-midi, dans la classe de Guylaine Lapointe. L'enseignante anime une discussion sur le livre. « C'est le même auteur, ce n'est pas le même illustrateur. »

La remarque est très juste et étonne quelque peu, lancée sans détour par une toute-petite de maternelle. « Tu as bien raison! » lance l'enseignante à la petite Cécile. « Le livre, je l'aime parce que le phoque est mignon. Il est chouchou! » s'exclame une autre élève.

Dans cette classe de maternelle de l'école primaire Eymard, la littérature occupe une belle part. Et une grande place dans la planification de l'enseignante.

« Ça m'a vraiment interpellée parce que j'utilisais déjà les livres, mais commment bien les utiliser, les utiliser à grand déploiement, ça a été pour moi le grand apprentissage. Je fais ma planification à la base avec un réseau littéraire. On part avec une série de livres et on déploie nos six compétences du préscolaire à travers les livres », indique celle qui travaille avec le projet « Installer une culture littéraire à l'éducation préscolaire » depuis plus de quatre ans.

À partir du début de l'année scolaire, donne-t-elle en exemple, elle a travaillé avec des livres sur les prénoms des enfants, à partir desquels elle a travaillé l'écriture de la première lettre de leur nom.

Guylaine Lapointe peut elle-même témoigner des écarts dans les profils de ses futurs lecteurs. « Il y a en qui arrivent à la maternelle et qui savent écrire, d'autres ont des difficultés de langage. »

Les bénéfices du projet, les collègues enseignants en première année peuvent aussi en témoigner.

« Les enseignants disaient que les enfants avaient un grand vocabulaire, ils connaissaient bien les livres, ils pouvaient l'apprécier. Ils avaient confiance de prendre un livre et d'essayer de le décoder. On ne parle pas seulement du décodage de mots, mais aussi de l'image, des différentes facettes du livre. Ils ont l'impression de se l'approprier, de le connaître mieux, et d'avoir plus confiance en eux... Je trouve que ça les rend compétents. » À preuve, fait-elle remarquer, les enfants ont osé parler devant le groupe et partagé leurs opinions au passage de La Tribune.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer