Des contestations qui ont fait le tour du monde

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En 2012, les contestations du printemps érable ont elles aussi fait le tour du monde.

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(Sherbrooke) COMMENTAIRE / Le printemps érable n'avait pas encore connu ses premières manifestations à Sherbrooke quand j'ai pris la poudre d'escampette pour un voyage autour du monde. La révolution bouillait sous le couvercle des cégeps et des universités, à la mi-février 2012, quand j'ai pris le large pour six mois.

Il y avait bien sûr, au moment de monter dans l'avion, quelques bourdonnements qui rappelaient le contexte de 2005, quand d'autres grèves étudiantes avaient secoué la province. Le couvercle sauterait un peu plus tard. Sans les applications mobiles qui permettent aujourd'hui de lire les quotidiens de A à Z, de n'importe où sur la planète, je me tenais informé des quelques manchettes que me renvoyait le wi-fi des auberges de jeunesse en Californie, en Chine, au Japon.

Je n'ai mesuré l'ampleur du mouvement qu'une fois au Cambodge, petit pays d'Asie du Sud-Est où la pauvreté est omniprésente. Je venais d'arriver à Battambang, au milieu d'un autre monde, où on fait le plein de sa motocyclette dans une station-service improvisée en achetant l'essence qu'on garde... dans des bouteilles de boisson gazeuse. On circule souvent sans casque sur des routes de terre au milieu des champs. Les temples abandonnés, au milieu de la jungle, ne sont pas pris d'assaut par les touristes. À la tombée de la nuit, des nuées de chauves-souris s'envolent en essaims très denses longs de centaines de mètres.

Dans la chambre de mon grand hôtel quasi inoccupé, entre le ventilateur et l'air conditionné qui peinaient à combattre la chaleur, une télévision d'une autre époque trônait sur un petit meuble. En explorant les quelques chaînes que captait l'appareil, j'ai trouvé un bulletin de nouvelles internationales. Alors que j'ai l'habitude que les manchettes renvoient aux importants problèmes politiques de l'Europe, du Moyen-Orient ou de l'Asie, cette fois, on accordait beaucoup d'importance aux manifestants qui, sans relâche, gagnaient les rues du Québec.

D'un village reculé du Cambodge, je me mettais à jour sur l'actualité québécoise dans la plus grande stupéfaction. Pour une fois, je ne rapportais pas la nouvelle. Je n'en étais même pas proche et j'évaluais ce qui se passait chez moi avec la lorgnette de l'étranger qui reçoit les quelques images qui font le tour du monde.

Au Cambodge, on voyait les étudiants québécois dans la rue, casseroles à la main. On nous montrait une leader d'un parti d'opposition, qui avait joint le concert, qui marchait avec le peuple. On soulignait que même les juristes avaient pris la rue d'assaut pour manifester contre la loi spéciale 78 qui visait à préserver la paix, l'ordre et la sécurité publique.

À l'autre bout du monde, j'entendais des journalistes d'ailleurs raconter mon pays qui changeait, les droits qu'on défendait parfois au péril de sa propre intégrité physique. Je me trouvais loin, avec un résumé de trois minutes et les images d'un Québec qui paraissait complètement divisé, pour dresser un réel portrait de ce qui était en train de se passer.

Pour toutes ces fois où les conflits d'ailleurs nous paraissent tellement loin, en 2012, j'ai vu l'image que le reste du monde recevait de nous. En 2012, les contestations du printemps érable ont elles aussi fait le tour du monde.




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