Le luthier qui traverse les années

Hubert Chanon exerce son métier depuis plus de... (Spectre Média, Frédéric Côté)

Agrandir

Hubert Chanon exerce son métier depuis plus de 30 ans. Il a été le premier dans la région à se consacrer entièrement à la lutherie. Il a su s'adapter aux divers changements et il fait face à la concurrence en misant sur la qualité de ses instruments et de son service.

Spectre Média, Frédéric Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Sherbrooke) Après avoir rencontré les propriétaires de la Cordonnerie Roy, La Tribune a décidé d'aller à la rencontre d'autres propriétaires de petits commerces qui survivent, à contre-courant, depuis des décennies. Des histoires de longévité qui reposent sur le bouche-à-oreille à l'ère où les magasins à grande surface et à grand budget se multiplient. Pour cette deuxième rencontre, La Tribune s'est arrêtée à l'Atelier de Lutherie d'Hubert Chanon.

Il a enseigné le violon pendant une dizaine d'années avant de se consacrer à la lutherie. En 1986, Hubert Chanon est le premier à exercer ce métier dans la région.

« Il y avait vraiment une demande des musiciens de la région pour avoir des instruments en ordre et le métier de luthier n'existait quasiment pas. Il y avait des musiciens qui faisaient des réparations, mais ils avaient aussi une autre profession », se souvient Hubert Chanon.

Au début de sa carrière, il fabrique des violons, des altos, des violoncelles, des contrebasses, mais surtout des archets. Ses archets se retrouvent dans les mains de musiciens professionnels jouant au sein d'orchestres dans une douzaine de pays à travers le monde. Hubert Chanon a appris le métier à New York d'un des plus réputés archetiers, le défunt William Salchow.

« Par contre, depuis environ 5 ans, j'ai cessé de fabriquer des archets pour deux raisons. Des raisons de santé, car leur fabrication produit une poussière toxique pour les poumons. Et aussi parce que les forêts brésiliennes, d'où provient le meilleur bois pour faire les archets, ont été rasées », explique le luthier précisant que le nom de ce bois, le pau-brasil, a donné son nom au pays d'Amérique du Sud.

Depuis qu'il a cessé de fabriquer des archets et qu'il se concentre sur la vente, la location et la réparation d'instruments, sa clientèle est plus régionale. Hubert Chanon mise sur ses clients satisfaits et sur son site internet, développé par ses trois enfants, pour attirer cette clientèle.

Pour survivre au fil des décennies, le luthier doit s'adapter aux changements, notamment de sa concurrence. « Il y a 30 ans, mes concurrents étaient à Montréal. Les gens montaient dans la métropole pour magasiner leurs instruments. Plus récemment, il y a eu internet. Au départ, j'ai eu des années plus difficiles. Puis je me suis aperçu que je pouvais me procurer beaucoup plus facilement les produits que je voulais. Et j'ai aussi réalisé qu'internet offrait de bons prix pour les consommateurs, mais aussi pour les commerçants puisque les fournisseurs se concurrencent davantage. Sur certains produits, mes prix sont aussi bons que sur internet et, à ça, s'ajoute le service que j'offre à ma clientèle », souligne celui qui a quitté sa France natale, avec son épouse, la professeure de violon Isabelle Monsarrat, pour s'installer à Sherbrooke en 1979.

Pas  de réels compétiteurs

Les Archambault de ce monde vendent des instruments de musique et bénéficient de budget énorme en publicité, mais Hubert Chanon ne les considère pas comme de réels compétiteurs.

« Les magasins qui vendent des violons à 200 $ vendent juste du neuf et ne font pas d'échange alors que la qualité de mes instruments me permet de les conserver pendant des décennies et ainsi d'offrir des contrats d'achat-échange qui satisfont ma clientèle », note-t-il, spécifiant que ce type de contrat est avantageux pour les enfants en croissance qui doivent changer de grandeur de violon régulièrement.

Les enfants du primaire représentent d'ailleurs une bonne proportion de la clientèle du luthier. Une autre clientèle est en croissance. « Au cours des dernières années, j'ai remarqué une forte augmentation de gens plus âgés, des retraités ou des gens dont les enfants sont plus grands, qui ont joué de la musique lorsqu'ils étaient jeunes et y reviennent, car ils ont plus de temps. »

Cette hausse explique entre autres que l'Atelier de lutherie de la rue Vimy a connu, l'an dernier, sa meilleure année financière depuis 20 ans.

Selon le luthier, le pourcentage de gens qui jouent des instruments à archet est plus important dans la région de Sherbrooke qu'ailleurs. Principalement à cause des écoles à vocation comme Sacré-Coeur et Mitchell-Montcalm qui ont normalisé la pratique de ces instruments et qui contribuent au développement du réseau privé.

« J'en suis heureux, car normalement je ne crois pas que j'aurais pu exercer mon métier dans une ville de l'ampleur de Sherbrooke », se réjouit le luthier.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer