L'UdeS adopte la ligne dure envers ses professeurs

L'Université de Sherbrooke somme le Syndicat des professeurs... (Archives, La Tribune)

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L'Université de Sherbrooke somme le Syndicat des professeurs et professeures de l'UdeS de cesser de s'adresser aux étudiants afin d'exposer sa position syndicale.

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(Sherbrooke) L'Université de Sherbrooke adopte la ligue dure dans ses négociations avec son corps professoral en mettant en demeure le Syndicat des professeurs et professeures de l'Université de Sherbrooke (SPPUS) lundi après que deux de ses membres aient exposé la position syndicale lors d'une assemblée générale étudiante.

À l'invitation des membres de l'Association générale des étudiants en droit (AGED), qui devaient se prononcer sur les démarches qu'ils comptaient entreprendre pour appuyer, ou non, les enseignants en grève, Finn Makela et Véronique Fortin ont présenté les revendications du SPPUS et répondu aux questions des membres pendant près de 50 minutes avant de quitter l'assemblée générale vendredi. L'UdeS a sommé le syndicat dès lundi d'empêcher que de telles présentations se reproduisent, ajoutant qu'elle comptait « recourir à tous les moyens légaux pour faire cesser de tels agissements » sous prétexte qu'ils constituent « une violation du Code du travail », une réaction qui a pris par surprise le SPPUS.

« C'est déplorable et ça semble abusif, a souligné le vice-président Marc Frappier. On est quand même dans une démocratie et, de la part d'une université, un lieu généralement progressiste où les droits et libertés devraient être normalement défendus et soutenus, c'est surprenant. »

Le président de l'AGED souligne que le conseil exécutif de son association perçoit la démarche de l'UdeS comme une « atteinte » aux droits de ses membres.

« Les professeurs n'étaient pas dans leur fonction de travail. Ils étaient à l'assemblée pour informer des membres dans un débat démocratique. Ça vient comme une atteinte à notre droit démocratique d'être informé qui est important pour avoir un débat éclairé. Que l'université soit d'accord ou non avec les positions du syndicat ne devrait pas nous empêcher de nous en informer », soutient Olivier Surprenant.

Le SPPUS prétend que la réaction de l'UdeS est fondée sur une mauvaise compréhension du Code du travail. S'il est effectivement interdit aux enseignants en situation de grève de vaquer à leurs occupations sur le campus, l'article 12 du Code prévoit toutefois qu'aucun employeur « ne cherchera d'aucune manière à dominer, entraver ou financer la formation ou les activités d'une association de salariés, ni à y participer. »

« On est très occupés avec les négociations comme telles. Ça fait beaucoup de choses à s'occuper en même temps, mais on va étudier la question avec les avis appropriés », résume M. Frappier.

La liberté d'expression bafouée?

Du côté des professeurs à l'origine de la mise en demeure, au-delà de la présentation qu'ils jugent eux-mêmes « anecdotique », on se dit plutôt concernés par l'entrave à la liberté d'expression que semble exercer l'UdeS.

« Les universités ne sont pas des propriétés privées comme les autres, insiste Finn Makela, militant syndical et professeur agrégé à la faculté de droit spécialisé en droit du travail. Ce n'est pas un centre d'achat. C'est un lieu quasi public, c'est un lieu où la divergence d'opinions et les débats d'idées sont une mission fondamentale et je vois mal comment une direction universitaire peut interdire à ses profs de s'exprimer en tant que citoyen sur le campus. »

« Il y a une vaste différence entre aller prononcer une communication scientifique lors d'un congrès savant et s'exprimer lors d'une assemblée publique sur une question d'actualité », ajoute-t-il.

«Il n'y a pas beaucoup de fondement à cette mise en demeure. J'étais présente comme déléguée syndicale et non comme enseignante. Ce n'est pas agréable de voir son nom dans une lettre de la direction. Ça implique qu'on doit réagir. C'est intimidant d'une certaine façon. Je ne sens certainement pas que je peux m'exprimer librement», réagit Véronique Fortin.

L'Université de Sherbrooke a décliné la demande d'entrevue de La Tribune mardi, alléguant être au coeur de négociations intensives avec le SPPUS.

Par ailleurs, l'AGEFLESH qui regroupe les étudiantes de premier cycle de la Faculté des lettres et sciences humaines a emboîté le pas à d'autres associations étudiantes, mardi soir, en votant en faveur d'une grève d'appui en synchronisme avec les journées de grève du SPPUS.

Il y a grève mercredi sur le campus tandis que le SPPUS et la partie patronale reprennent les négosciations jeudi en présence d'un conciliateur.

Une chercheuse bâillonnée

Pendant qu'elle accueillait une réflexion tenue à l'échelle provinciale sur les violences sexuelles sur les campus, l'Université de Sherbrooke a interdit à l'une de ses chercheuses les plus réputées d'y participer en raison de la grève des professeurs et professeures.

Geneviève Paquette, qui est cochercheuse sur l'Enquête sur la sexualité, la sécurité et les interactions en milieu universitaire (ESSIMU), avait été invitée à agir à titre d'experte lors de la tournée provinciale de la ministre Hélène David, qui s'arrêtait au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke mardi. L'UdeS lui a toutefois envoyé un courriel en soirée lundi pour lui rappeler qu'elle n'avait pas le droit d'y participer du fait qu'elle était en grève et que celle-ci devait être « assumée de façon pleine et entière tel que prévu par les encadrements législatifs ».

« Ce qui est particulier de la position de l'Université, c'est que le dossier sur les violences sexuelles est un sujet sensible et que c'est une journée (mardi) qui ne reviendra pas. C'est un grand événement qui rassemble les étudiants, les collèges, les organismes, les victimes et des auteurs de crimes sexuels. Je pensais que l'UdeS aurait mis de côté le conflit de travail pour un tel dossier », déplore la professeure agrégée à la faculté d'éducation.

Application arbitraire

Cette dernière s'est tournée vers Mélanie Lemay, bien connue pour la lutte qu'elle mène contre les agressions sexuelles sur les campus, pour présenter les faits saillants de L'ESSIMU et les recommandations qu'ils suscitent [lire autre texte en page 5].

Geneviève Paquette estime que l'UdeS applique arbitrairement le Code du travail en fonction de ses propres intérêts.

« Je n'ai pas le droit de me présenter sur le campus pour exercer des tâches liées à mon travail, mais l'UdeS nous invite à participer aux activités et réunions de rectorat pour les futurs candidats sous prétexte que c'est politique et qu'on ne veut pas leur nuire. J'en comprends, à tort ou à raison, que le Code du travail peut s'appliquer ou non selon ce que la direction décide. »

« C'est étonnant de la part de l'Université d'avoir une ligne aussi dure envers ses professeurs. Il y a comme un bâillonnement qui est en train de s'effectuer », résume-t-elle.




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