Revendre l'électricité d'ailleurs 

Les dix réseaux municipaux d'électricité du Québec, dont... (Spectre Média, René Marquis)

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Les dix réseaux municipaux d'électricité du Québec, dont ceux de Sherbrooke, Magog et Coaticook, pourraient s'approvisionner auprès d'autres fournisseurs canadiens et américains si Hydro-Québec refuse de revoir son mode de tarification. Sur le plan technique, ces achats extérieurs ne seraient qu'une formalité puisque l'électricité transiterait tout de même par les infrastructures existantes.

Spectre Média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / À défaut d'un assouplissement à la grille tarifaire d'Hydro-Québec, les réseaux municipaux de Sherbrooke, Magog et Coaticook pourraient se tourner vers d'autres fournisseurs canadiens ou américains pour acheter une partie de leur énergie.

Le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, a évoqué ce scénario lundi devant la Régie de l'énergie à titre de président de l'Association des redistributeurs d'électricité du Québec (AREQ), dont les membres s'estiment lésés par le mode de facturation rigide et pénalisant en voie d'implantation par Hydro-Québec.

« Notre premier choix n'est pas d'aller magasiner de l'électricité à l'extérieur, mais c'est une option que nous avons et dont nous n'allons pas nous priver si nos représentations sont ignorées. C'est techniquement faisable, légalement permis et ça pourrait être avantageux », a lancé M. Sévigny au terme de la présentation d'un mémoire de l'AREQ dans le cadre d'une consultation publique.

Les neuf villes québécoises (plus une coopérative) qui sont propriétaires d'un réseau d'électricité songent à effectuer des achats en groupe sur le marché extérieur après avoir perdu, en 2015, le privilège de tarifs dont seules les grandes entreprises industrielles bénéficient encore aujourd'hui. Les clients municipaux s'estiment également coincés dans un carcan leur imposant une facturation minimale fixée à 75 % de la pointe de consommation atteinte au cours d'une année alors qu'ils payaient auparavant au compteur pour l'énergie livrée.

« Une pointe de 15 minutes peut se répercuter sur une année complète et nous faire perdre 5 millions sur une année », illustre M. Sévigny.

La mise en application du nouveau mode de facturation est étalée sur cinq ans. À terme, les réseaux municipaux prévoient perdre 13 M$ chaque année. La Ville de Sherbrooke sera fortement pénalisée, elle se retrouvera privée de manière récurrente de bénéfices de 8,5 M$ à compter de 2019, soit environ le tiers de ses profits.

D'un point de vue technique, les achats auprès d'autres fournisseurs ne seraient que formalité puisque tous les grands réseaux de l'Amérique du Nord sont interconnectés et intégrés. Les lignes utilisées par Hydro-Québec pour vendre aux États-Unis ou en Ontario servent à importer de l'électricité lorsque les tarifs sont avantageux. De ce fait, tout comme les abonnés d'Hydro-Québec, les Sherbrookois, les Magogois et les Coaticookois consomment probablement déjà à l'occasion de l'énergie produite ailleurs.

La société d'État détenant un droit de vente exclusif sur le territoire québécois, les redistributeurs ne peuvent s'approvisionner auprès d'autres producteurs établis au Québec. Toutefois, Hydro-Québec ne pourrait faire obstacle à l'utilisation de son réseau. Le cas échéant, des coûts de transport s'ajouteraient au prix de détail.

« Nous sommes conscients que le tarif de base d'Hydro-Québec est inférieur aux prix sur le marché de gros, mais ces tarifs commerciaux nous permettraient tout de même de réaliser des gains par rapport aux coûts facturés pour de l'énergie que nous ne consommons pas. Il nous faudrait cependant approfondir nos analyses pour chiffrer les économies réelles », souligne M. Sévigny.

S'ils ont l'option de regarder ailleurs, les maires n'ont pas un levier très puissant puisque les 156 000 clients des réseaux municipaux représentent à peine 3,6 % de la clientèle québécoise.

« Nous ne voulons pas nous livrer à du chantage. Nous souhaitons simplement démontrer à la Régie ainsi qu'au gouvernement provincial que ce partenariat d'affaires doit être réévalué », pondère le président de l'AREQ.

La Ville de Sherbrooke doit investir plus de 30 M$ pour la construction d'un quatrième poste de distribution afin d'accroître la puissance de son réseau s'approchant du point de saturation. Hydro-Québec prévoit de son côté injecter 76 M$ pour s'adapter aux besoins de croissance de ce client municipal qui, à lui seul, prévoit des achats d'énergie de 126 M$ en 2017.

« Nous n'étions pas présents à l'audience, mais des gens ont suivi la présentation de M. Sévigny sur internet. Ce sont des clients importants pour nous. Nous sommes en mode écoute et nos dirigeants sont disposés à discuter avec les membres de l'AREQ, s'ils ont de nouvelles revendications », répond le porte-parole d'Hydro-Québec, Marc-André Pouliot.

Hydro-Québec défend depuis plusieurs années la pertinence d'une nouvelle ligne, partant de l'Estrie vers le New Hampshire, pour exporter les surplus d'électricité du Québec en Nouvelle-Angleterre. Ce serait tout un pied de nez à la vache à lait du gouvernement que cette ligne serve aussi à éclairer des milliers foyers estriens en revendant de l'énergie que nos villes iraient acheter à Boston...




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