Du glucose pour accélérer le travail pendant l'accouchement

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À l'heure actuelle, très peu de moyens sont disponibles pour accélérer le travail d'accouchement. Partant du principe que la supplémentation en glucose est utilisée pour optimiser les performances musculaires des grands sportifs, l'équipe de la Dre Josianne Paré a donc voulu vérifier si celle-ci pourrait aussi être efficace en salle d'accouchement, en donnant du « carburant » au muscle qu'est l'utérus.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

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(Sherbrooke) Lors de l'accouchement, un travail prolongé peut être dangereux, à la fois pour la santé du bébé et celle de la mère. Mais en administrant du glucose par voie intraveineuse aux femmes qui accouchent, la durée du travail serait réduite de 76 minutes en moyenne, selon un essai clinique réalisé par des chercheurs de l'Université de Sherbrooke et présenté au congrès de la Society for Maternal-Fetal Medicine.

À l'heure actuelle, très peu de moyens sont disponibles pour accélérer le travail d'accouchement. Partant du principe que la supplémentation en glucose est utilisée pour optimiser les performances musculaires des grands sportifs, l'équipe de la Dre Josianne Paré a donc voulu vérifier si celle-ci pourrait aussi être efficace en salle d'accouchement, en donnant du « carburant » au muscle qu'est l'utérus.

« On a fait ce qu'on appelle un essai randomisé contrôlé : on a pris 200 mamans, qu'on a séparées en deux groupes de façon complètement aléatoire. C'était toutes des femmes qui allaient vivre leur premier accouchement et qui devaient se faire provoquer pour des raisons médicales », explique la Dre Paré, qui a réalisé ce projet aux côtés des Drs Jean-Charles Pasquier, Antoine Lewin, William Fraser et Yves-André Bureau.

Les chercheurs ont sélectionné ce sous-groupe de patientes pour trois principales raisons. D'abord, les femmes dont le travail est provoqué reçoivent déjà une hormone, l'ocytocine, par voie intraveineuse. Leur ajouter un soluté était donc peu invasif. De plus, le fait que le travail de ces femmes soit induit à l'hôpital permettait aux chercheurs de calculer la durée exacte de celui-ci, en évitant qu'il ait commencé à la maison. Enfin, on étudiait les femmes nullipares, c'est-à-dire qui n'ont jamais eu d'enfants auparavant, puisque c'est généralement chez elles que le travail dure le plus longtemps. L'effet clinique risquait donc d'être plus important.

« On a décidé de donner les suppléments de sucre par voie intraveineuse, parce que les suppléments donnés par la bouche ont été étudiés, et les résultats étaient contradictoires, notamment parce que certaines femmes vomissent lors de l'accouchement », note la Dre Josianne Paré.

Parmi les 200 futures mères, la moitié a reçu un soluté contenant seulement de l'eau et du sel, tandis que l'autre s'est vue administrer un soluté composé d'eau, de sel et de dextrose (sucre). « Personne ne savait dans quel groupe les femmes étaient : ni les mamans, ni le médecin, ni l'infirmière de recherche. Le soluté était couvert d'une poche opaque », note la Sherbrookoise.

Après avoir compilé les résultats de cette étude qui s'est échelonnée de janvier 2013 à novembre 2015, les chercheurs ont réalisé que les femmes auxquelles on avait donné du glucose avaient accouché, en moyenne, 76 minutes plus rapidement que celles qui n'en avaient pas reçu.

« C'est un temps qui est cliniquement significatif, affirme la Dre Josianne Paré. C'est un résultat super intéressant. Une heure et quart de moins en travail, ça fait une bonne différence pour la maman! »

Renommée mondiale

Quelques chercheurs, notamment en Californie, s'étaient déjà penchés sur l'administration de glucose pendant l'induction du travail. « Par contre, le faire à l'aveugle comme on l'a fait, et avec un débit de soluté de 250 cc/h (une tasse/heure), c'était la première fois », indique la Dre Paré.

Depuis qu'il a été présenté au congrès de la Society for Maternal-Fetal Medicine (SMFM), qui se déroulait à Las Vegas à la fin du mois de janvier, le travail des chercheurs de l'UdeS a été repris par des dizaines de journaux et de sites de nouvelles à travers le monde. En mars, un article scientifique à son sujet sera publié dans l'American Journal of Obstetric and Gynecology (AJOG).

« On est très fiers, parce que l'étude a quand même fait beaucoup jaser, et c'est une idée originale d'ici, on a fait ça dans notre centre : ce n'était pas une énorme étude multicentrique avec un financement impressionnant », mentionne l'auteure principale.

Aujourd'hui, l'étude de la Dre Josianne Paré en est à sa quatrième phase, celle de l'implantation. « On essaie de faire changer les pratiques en montrant les résultats qu'on a obtenus, parce qu'au bout du compte, notre but, c'est de faciliter l'accouchement pour les mamans. La semaine passée, à la réunion de la SMFM, on a eu vraiment une belle tribune, alors ça nous a aidés à rejoindre beaucoup de cliniciens. »

« J'en profite pour remercier le fonds des résidents du département d'obstétrique et de gynécologie à Sherbrooke, qui a financé en partie le projet. Ça n'aurait pas été possible sans eux. Et bien sûr, les infirmières et les mamans qui ont participé au projet! »

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