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Avec T'es où Youssef?, Raed Hammoud veut cerner les motifs de la radicalisation

Le réalisateur Gabriel Allard-Gagnon, le producteur délégué Mathieu... (Spectre Média, René Marquis)

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Le réalisateur Gabriel Allard-Gagnon, le producteur délégué Mathieu Paiement et Raed Hammoud ont participé jeudi à une conférence sur le documentaire T'es où Youssef?, qui analyse le phénomène de la radicalisation chez les jeunes.

Spectre Média, René Marquis

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(Sherbrooke) « Zakria est mon cousin. Je l'ai connu. C'est une personne de coeur. Il était aimé de tout son entourage. Nous sommes originaires de l'Afghanistan. Chaque fois qu'il y avait une explosion là-bas, chaque fois qu'il y avait des morts, il publiait des messages de tristesse sur Facebook. Je pense que c'est ce qui l'a affecté et qui l'a peut-être poussé à l'action. Pour la famille, le deuil ne peut pas être fait, parce qu'on ne sait pas s'il est vivant ou mort. »

La diffusion du documentaire T'es où Youssef?, qui cherche entre autres à expliquer le départ de Youssef Sakhir pour la Syrie, en 2014, permet déjà d'ouvrir des dialogues. Diffusé lundi à Télé-Québec, et en rediffusion dimanche à 20 h, le documentaire était l'objet d'une conférence jeudi midi à l'Université de Sherbrooke. Pour la première fois depuis la diffusion, le réalisateur Gabriel Allard-Gagnon, le producteur délégué Mathieu Paiement et le documentariste Raed Hammoud prenaient la parole. La soixantaine de personnes présentes semblaient vouloir profiter de la porte ouverte pour s'exprimer, comme ce fut le cas pour ce cousin de Zakria Habibi, parti en même temps que Youssef Sakhir et leur ami Samir Halilovic.

« Avant, ce n'était pas quelque chose qui venait naturellement de s'identifier aux personnes qui sont parties et de dire qu'on les connaissait », s'étonnait M. Allard-Gagnon.

Le public, la famille des étudiants disparus, vit un peu le même processus que Raed Hammoud, surpris de constater que son ami Youssef avait pris le large. « Je l'ai d'abord vécu très personnellement. J'ai pris beaucoup de temps avant d'en parler, même à des collègues. J'avais toujours peur des associations qu'on pouvait faire. J'ai finalement compris qu'il fallait que je me mette à l'avant-scène dans le documentaire. Par la personnalisation, on arrive plus à toucher les gens. Il y a beaucoup de musulmans qui ne veulent pas devoir parler chaque fois qu'un acte violent est posé au nom de l'islam, mais il faut parler, prendre position. »

M. Hammoud juge qu'il faut maintenant dialoguer. Et autant craint-il les conséquences de l'élection du président Donald Trump aux États-Unis, autant, dit-il, il a parfois envie de le remercier. « Depuis son décret, il y a des musulmans qui sont accueillis en héros à l'aéroport JFK de New York. »

Il ajoute qu'il faut être prudent quand on qualifie les gens de radicaux en leur accolant une étiquette négative. « Gandhi, Martin Luther King, c'étaient des radicaux. Il faut seulement en arriver à ce que la radicalisation ne passe pas par la violence. »

Mathieu Paiement avoue que tous cherchent un coupable pour le départ des trois acolytes. « C'est fallacieux comme démarche. On réalise que c'est vraiment un alignement des astres qui a provoqué leur départ. Il n'y a personne qui a pris quelqu'un qui n'était pas prêt à partir et qui l'a convaincu de s'en aller. Je ne pense pas qu'elle existe cette personne qu'on croit à la source de tout. Si on la trouvait et qu'on la déclarait coupable, on manquerait tout le reste. »

Gabriel Allard-Gagnon rappelle que la propagande de Daech, en 2014, misait sur la charité, l'entraide, le soutien aux frères musulmans qui souffrent en Syrie. « Les vidéos de crucifixions, d'immolations, elles ont été diffusées plus tard, après le départ de Youssef, Zak et Samir. À mon avis, l'embrigadement est idéologique. »

Un ancien président de l'Association des musulmans de l'Université de Sherbrooke (AMUS) en veut un peu aux médias, qu'il blâme d'avoir rapporté que les trois jeunes hommes avaient été membres de l'association. « On essaie de faire du sensationnalisme. On ne cherche pas la vérité. Nous avons payé la facture pour le départ de ces membres. »

Raed Hammoud explique avoir eu des moyens que les journalistes n'ont pas dans les salles de nouvelles et, s'il comprend le silence de l'AMUS, il invite néanmoins ses représentants à s'exprimer. « Le silence laisse place à toutes sortes d'interprétation. Lorsque tu t'exprimes clairement et publiquement, personne ne peut parler à ta place. Lorsqu'on se ferme sur soi-même, parce qu'on souffre, on laisse imaginer toutes sortes de choses et d'autres parleront à notre place. Il faut aussi aborder les choses dans leur ensemble et non seulement dans un scoop d'une minute. »

À la suite des attentats de Québec, M. Hammoud prévient qu'il ne faut pas trop en faire et qu'il faut éviter de voir la situation uniquement par le prisme de la religion. « Avant d'être musulmans, juifs ou autre, nous sommes canadiens, et c'est comme ça qu'il faut être traités. Il y a des gens dans ma communauté qui disent : n'en faites pas trop non plus. »

Le documentariste espère maintenant que le plus de gens possible verront le documentaire, particulièrement les jeunes qui cherchent un sens à leur vie.

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