Souvenir d'un père disparu

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Stéphane est père de trois filles et c'est une des raisons pourquoi il n'a jamais envisagé le suicide, même dans les moments les plus bas de la vie.

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(Sherbrooke) La 27e Semaine nationale de prévention du suicide se termine ce samedi et a pour thème « Le suicide n'est pas une option ». Un thème qu'endosse entièrement Stéphane Rouleau qui a perdu son père il y a 25 ans après que ce dernier s'est enlevé la vie.

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Stéphane est assis sur les genoux de son père et semble montré sa première dent perdue. Cette photo est un des souvenirs qu'il conserve de ce père qui s'est enlevé la vie il y a 25 ans.

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Denis Rouleau avait 38 ans lorsqu'il s'est séparé de la mère de ses trois enfants. Quatre ans plus tard, le 29 février 1992, il s'enlevait la vie, hanté par des remords et submergé par la tristesse. Les circonstances de la vie ont fait en sorte que son fils aîné, Stéphane, s'est séparé lui aussi à 38 ans de la mère de ses trois enfants.

« Quand j'ai réalisé que j'avais exactement le même âge, ça été étrange. Je me suis demandé si j'allais mourir, lance-t-il mi-sérieux. J'ai fait des lectures. Ça m'a donné le goût de retourner dans le passé et de poser des questions. Je suis allé voir l'ami de mon père. J'ai parlé à ma mère. »

« Mais de mon côté, je n'ai jamais cessé de voir la vie en avant. Oui, j'étais séparé, je devais faire le deuil de la famille, mais la vie continuait », ajoute-t-il d'emblée.

Le contexte de la séparation est complètement différent, lui rappelle sa mère. La violence était la cause principale de la séparation de ses parents. Stéphane se souvient de la ceinture, mais son cerveau a barré d'autres épisodes encore plus violents.

Les remords ont rattrapé son père dans les années qui ont suivi la séparation.

« Il a décliné graduellement. À la fin, il s'enfermait souvent dans sa chambre. Je l'entendais pleurer et il se donnait des coups. Il s'en voulait. Pour sa vie, sa séparation, ses enfants. »

Stéphane se souvient très bien de cet après-midi du 29 février 1992. Lui et ses deux petits frères vivaient en garde partagée et étaient chez leur mère ce samedi. Stéphane voulait aller jouer au hockey, mais avait oublié son équipement chez son père.

«Silence complet»

« Quand je suis entré, c'était le silence complet. Son auto était pourtant dans la cour. Je me suis tout de suite senti mal », raconte celui qui avait 15 ans à l'époque.

L'adolescent est monté à l'étage voir si son père y était. C'est à ce moment qu'il a vu l'écriteau sur la porte fermée de la salle de bain. Il y était inscrit : N'ouvrez pas. Appelez la police.

Stéphane a suivi les instructions. Il n'a pas tenté d'ouvrir la porte. Il savait que l'heure était grave, car il y avait du sang qui coulait sous la porte.

« Je ne trouvais plus les téléphones. Je suis allé chez les voisins et ils ont appelé la police. Ma mère était en ski avec mes frères. Ils ont été avertis. Moi, j'étais gelé. »

La veille, il était aussi passé chercher quelque chose chez son père et ce dernier n'était pas descendu le voir comme à son habitude. « Il m'avait salué de loin. J'avais trouvé ça bizarre. »

Son père n'avait jamais parlé de suicide à sa famille. Dans les jours, les semaines, les années qui ont suivi, Stéphane et ses frères n'ont jamais parlé de la façon dont leur père était parti. Il en n'a pas parlé avec sa mère non plus. « Ça été le silence. Encore aujourd'hui, on n'en parle pas. Le deuil s'est fait avec le temps. Mes filles ne le savent pas encore. Elles n'ont pas encore posé de questions. Je vais leur dire un jour, mais aujourd'hui, elles pensent juste à jouer. C'est correct, elles sont jeunes. »

Comme plusieurs laissés derrière, Stéphane s'est demandé s'il aurait pu être plus gentil avec son père. Il ne lui en a jamais voulu pour ce départ précipité.

« Mon père avait été élevé d'une façon. Ça influencé la manière dont il nous a élevé. Mais il était là pour nous. Je l'aimais, c'est sûr. »

« Aujourd'hui, il serait grand-père sept fois. Il aurait aimé ça. Comme parent, tu veux mener tes enfants à bon port. C'est plate une séparation, mais je veux quand même mener mes enfants à bon port. »

Stéphane n'a jamais envisagé le suicide. Pour ne pas faire revivre à ses filles ce qu'il avait vécu, mais aussi parce qu'il a compris assez tôt que la vie était faite de hauts et de bas. Oui, les bas font partie de la vie. Mais ils n'y mettent pas fin, a décidé Stéphane.

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