Un natif de Windsor a soigné les blessés de l'attentat

Comme responsable du département de traumatologie de l'hôpital... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Comme responsable du département de traumatologie de l'hôpital de l'Enfant-Jésus du CHU du Québec, le Dr Julien Clément est allé devant les caméras mardi pour livrer un bilan de santé des blessés de l'attentat à la mosquée de Québec dimanche dernier.

Le Soleil, Patrice Laroche

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(Sherbrooke) Déployé à trois reprises en Afghanistan à titre de chirurgien militaire, le responsable de la traumatologie à l'hôpital de l'Enfant-Jésus du CHU de Québec, le Dr Julien Clément, ne pensait jamais vivre au Québec une situation de crise comme celle qu'il a vécue dimanche soir après l'attentat à la grande mosquée.

En tout, 20 personnes ont été admises dans quatre urgences du CHU du Québec, dont cinq en état critique à l'Enfant-Jésus. Essentiellement des blessés par balles en hémorragie massive qu'il fallait amener en salle d'opération.

« On était prêt, dit Dr Clément en entrevue avec La Tribune. Notre plan de mesures d'urgence a bien fonctionné. Mais je n'aurais jamais pensé que quelque chose comme ça serait arrivé ici. J'envisageais plus qu'un accident d'autobus nous amènerait plusieurs blessés en même temps. C'est triste ce qui s'est passé. »

Responsable du département de traumatologie de l'hôpital de l'Enfant-Jésus depuis environ cinq ans, le jeune père de famille, natif de Windsor, passait un tranquille dimanche soir à la maison quand il a été appelé.

« J'avais mon pyjama sur le dos, les enfants étaient couchés et je me préparais à planifier mes vacances d'été.

« Ça s'est passé très vite, continue-t-il, mais quand je suis arrivé à l'hôpital, les deux personnes les plus critiques venaient d'arriver en salle d'opération avec d'autres collègues sans même qu'on ait d'images (de leurs blessures). Il fallait arrêter les saignements. »

Ce soir-là, six chirurgiens généraux sont rentrés au travail à l'Enfant-Jésus, en plus d'un bon nombre d'effectifs médicaux supplémentaires.

Dès qu'il a pu, Dr Clément a pris un peu de recul pour assigner les cas en fonction des forces de l'équipe en place et pour s'assurer de bien évaluer chaque niveau d'urgence.

« La question c'était de savoir si on allait recevoir d'autres blessés et si les autres hôpitaux allaient recevoir d'autres blessés, parce qu'on a aussi cette responsabilité-là. En trauma, il faut chercher à revenir rapidement à une situation plus contrôlée pour être prêt à réagir à d'autres urgences. »

La suite est connue. Deux des cinq blessés graves avaient reçu leur congé vendredi, un troisième devait possiblement sortir en fin de semaine et les deux autres sont hors de danger mais reposent toujours aux soins intensifs dans un état critique.

« Ils sont hors de danger mais ils ne sont pas sortis du bois, précise Dr Clément. Ils sont à risque d'autres complications. Ce qui aide, c'est qu'ils sont relativement jeunes. »

Cet état de crise heureusement peu fréquente à l'hôpital de l'Enfant-Jésus a été suivi d'une semaine éprouvante où les équipes en place ont participé à des rencontres pour « debriefer » et pour évaluer leur réponse à la tragédie. Pour en tirer des leçons pour la prochaine fois.

Il a aussi fallu répondre aux besoins des médias et de la communauté.

Avec le recul, le Dr Clément évalue que l'équipe en place a bien géré la situation.

En traçant un parallèle avec ses expériences en zones de guerre, il explique que la prise en charge de blessés multiples représentait un très grand défi pour les urgentologues, les chirurgiens et le personnel infirmier.

« Oui on voit des blessures par balles dans notre travail, mais on est plus habitué à traiter un patient à la fois. Là on avait cinq cas à gérer en même temps... La réussite réside dans cette coordination-là à laquelle on n'est pas souvent exposée. »

Après sa résidence en chirurgie thoracique à Sherbrooke et sa formation complémentaire en traumatologie à Vancouver, le Dr Clément a été déployé à trois occasions dans des hôpitaux militaires à Kandahar et à Mazar-e Charif, en 2009, 2010 et 2012.

Une partie de sa formation lui vient également de ses huit années passées avec la 52e Ambulance de campagne à Sherbrooke, prend-il soin d'ajouter, où il s'était enrôlé pour réaliser son rêve de petit garçon de sauver des vies.

« C'est un entraînement tout à fait valable et c'est devenu une seconde nature pour moi. J'ai adoré cette expérience avec la 52e Ambulance. C'était ma deuxième famille. »

Le major Julien Clément a été libéré de l'armée il y a trois ans maintenant, mais continue de sauver des vies chaque jour. Comment se sent-il après en avoir sauvé cinq de plus dimanche?

« C'est un gros travail d'équipe qui a eu lieu dimanche soir, dit-il sobrement. Je ne pensais jamais qu'on serait confronté à de tels événements ici. »

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