À la rencontre de l'Autre

Ce n'est pas gage d'immunité complète pour l'avenir,... (Spectre Média, René Marquis)

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Ce n'est pas gage d'immunité complète pour l'avenir, mais les rassemblements ayant eu lieu à Québec, Sherbrooke ainsi que dans plusieurs autres villes de la province étaient la réponse la plus humaine et la plus intelligente pour réconforter un tant soit peu les familles endeuillées.

Spectre Média, René Marquis

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Luc Larochelle
La Tribune

CHRONIQUE / La chaleur humaine qui se dégageait de la foule dense réunie devant la mosquée A'Rahmane de Sherbrooke, lundi soir, était diffuse. Les valeurs de fraternité et solidarité formaient un trait d'union, en opposition avec la division ayant provoqué les scènes glaciales qui avaient pris des vies la veille à Québec.

Louise Bourque a spontanément marché vers des visages qu'elles ne connaissaient pas.

« Êtes-vous musulmans? Acceptez mes sympathies. Ce qui est admissible à vos yeux l'est également aux miens », a-t-elle exprimé à trois hommes qui ont accepté sa poignée de main.

Après le sentiment d'horreur partagé, Mme Bourque a abordé de front les différences.

« Je suis homosexuelle. Je vous le dis tout en sachant que cela ne cadre pas nécessairement avec vos croyances et vos valeurs. Je vous en parle ouvertement parce qu'il est fondamental qu'il y ait une ouverture à l'autre, un espace de tolérance. À nous parler avec une approche humaine, je suis persuadée qu'on peut arriver à se comprendre. Il faut briser le mur d'incompréhension et de peur ».

« Je suis d'accord. Il faut se donner du temps pour se connaître. Nous, Maghrébins, sommes de nouveaux immigrants au Québec. Nous vivons avec vous depuis à peine une dizaine d'années. Quelles motivations ont poussé le jeune homme à agir à Québec? Est-il malade? On ne sait pas encore. Mais, nous ne généralisons pas. Si pareil drame avait touché des femmes ou des homosexuels, peu importe la cible, nous aurions été solidaires. Au-delà de nos différences, il faut agir dans l'unité », a répondu Wajib Cherchouk, un Sherbrookois d'adoption né au Maroc.

Le geste d'aller vers l'autre, le ton des échanges, l'ouverture et le respect étaient manifestes chez ces gens qui ne s'étaient pourtant jamais adressé la parole auparavant.

Déborah Hill, croisée un peu plus tôt dans la soirée, est entrée dans la mosquée. À l'étage où normalement seuls les hommes sont admis. Femmes et enfants se rassemblent au rez-de-chaussée.

Mme Hill s'est assise et a discuté à voix basse avec des hommes à quelques pas de prieurs. Personne ne lui a demandé de quitter.

« Je ne savais même pas que la prière se faisait dans des salles séparées. Je suis une femme de la planète Terre, je rêve de paix depuis l'âge de 20 ans. Je ne suis pas certaine que je verrai cela de mon vivant, mais je tenais à venir exprimer ma tristesse aux membres de cette communauté », a-t-elle commenté.

L'unité a régné devant ainsi qu'à l'intérieur de la mosquée sherbrookoise qui a été visée par la distribution d'un tract, il y a quelques mois. Rappelons que l'affaire a été prise au sérieux par les policiers municipaux qui ont ouvert une enquête.

Les dénonciations de la pratique de l'islam n'ont par ailleurs pas été aussi disgracieuses à Sherbrooke que la tête de porc ayant été déposée devant la grande mosquée de Québec, en juin dernier. Un homme a toutefois écopé d'une amende de 500 $ en novembre 2014, à Sherbrooke, après avoir admis qu'il avait accroché à un poteau le message « Non à l'islam ». L'accusé aurait respecté la période probatoire de deux ans qui lui avait également été imposée.

« Ce n'était pas une sentence bonbon. Je ne sais pas si un juge se montrerait nécessairement plus sévère aujourd'hui. Si j'avais un cas similaire demain, il est cependant certain que j'essaierais d'obtenir une remise de six mois pour éviter que le dossier de mon client soit teinté par ces événements », répond Me Patrick Fréchette qui avait plaidé ce cas en défense.

La commotion provoquée par le drame de dimanche est vive. L'étonnement est général.

Mais à Québec, Sherbrooke ainsi dans plusieurs autres villes de la province, des citoyens sont sortis dans la rue pour indiquer clairement que cette sanglante intrusion dans une mosquée ne correspond pas à ce qu'ils sont ou ont été dans le passé. Pas même dans le contexte des divisions référendaires.

Ce n'est pas gage d'immunité complète pour l'avenir, mais ces rassemblements étaient la réponse la plus humaine et la plus intelligente pour réconforter un tant soit peu les familles endeuillées.

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