Occuper l'espace médiatique

Toujours souriant, Justin Trudeau a serré des mains... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Toujours souriant, Justin Trudeau a serré des mains et pris un bain de foule, mercredi à l'Université Bishop's.  «Cela donne une image de premier ministre accessible, qui ne se défile pas devant les questions difficiles», constate Émmanuel Choquette, chargé de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

Spectre Média, Julien Chamberland

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(Sherbrooke) Outre le fait d'entretenir le «dialogue avec les citoyens», la tournée de Justin Trudeau poursuit au moins deux autres objectifs: celui d'occuper au maximum l'espace médiatique et de faire rayonner le gouvernement libéral à travers l'engouement que suscite son chef partout où il se passe.

C'est ce qu'Émmanuel Choquette, chargé de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, appelle «occuper l'espace communicationnel» de façon à imposer son propre agenda dans le brouhaha de l'actualité.

Si la stratégie libérale n'est pas nouvelle, concède Émmanuel Choquette, force est d'admettre qu'elle détonne totalement de l'approche «Tim Hortons» préconisée par l'ancien gouvernement conservateur et de son chef Stephen Harper...

«Il faut dire que dans le cas de Justin Trudeau, c'était un engagement électoral. C'est-à-dire d'être un gouvernement plus transparent, plus proche des citoyens. C'est une approche qui dit essentiellement: 'N'ayons pas peur de confronter nos idées avec celles de la population'. Cela fait partie des 'voies ensoleillées» promises par Justin Trudeau en campagne électorale, en opposition au côté obscur et fermé des conservateurs», rappelle l'enseignant de science politique.

Cette stratégie d'ouverture et de dialogue avec les citoyens a été pensée orchestrée et planifiée bien avant les dernières élections, estime M. Choquette.

«Alors que sous Stephen Harper, les conservateurs avaient adopté une approche en vase clos où on voulait absolument contrôler le message, les libéraux, eux, font le pari contraire. Ils parient qu'avec Justin Trudeau, il est possible d'occuper totalement l'espace communicationnel dédié au gouvernement. Et l'objectif derrière cette stratégie, c'est de contrôler au maximum l'agenda et les thèmes qui sont abordés pendant la journée. De cette façon, pendant qu'on s'attarde à ce que dit Justin Trudeau, on accorde bien peu d'importance à ce que dit ou fait l'opposition...»

Cela dit, il s'agit aussi d'une arme à deux tranchants, prévient Émmanuel Choquette:

«Actuellement, cette stratégie semble convenir parfaitement au style de Justin Trudeau, dit-il. On le voit prendre des bains de foule, serrer des mains, toujours souriant. Cela donne une image de premier ministre accessible, qui ne se défile pas devant les questions difficiles», comme ce fut le cas à Sherbrooke au sujet de ses réponses fournies en français à des questions posées en anglais.

«Mais c'est aussi une approche qui peut devenir problématique, ajoute M. Choquette. Si les pelures de banane s'accumulent, toute la stratégie peut basculer», dit-il. Pensons au fameux «Bye Bye, Charlie Brown!» servi à Brian Mulroney par une électrice en colère, au milieu des années 1980...

Encore faut-il que cette approche «colle» à la personnalité d'un chef, ajoute Émmanuel Choquette. «On imagine mal Stéphane Dion dans une approche comme celle-là», glisse en souriant Émmanuel Choquette.

Finalement, une tournée comme celle qu'effectue Justin Trudeau doit aussi être perçue dans son contexte.

«Le fait de partir en tournée dès le début de l'année, ça envoie un signal assez clair. Ça dit aux gens: on a de gros chantiers qui s'en viennent, on a des réflexions à faire et on veut vous entendre pour prendre les meilleures décisions. Ça envoie le signal que le premier ministre s'occupe des vraies choses. À condition que les décisions se prennent. Car si on consulte beaucoup, mais qu'on décide peu, cela peu finir par créer de l'impatience», prévient Émmanuel Choquette.

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