Richard Séguin: le souci du bien commun

Richard Séguin est amoureux de son coin de... (Stéphane Lemire)

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Richard Séguin est amoureux de son coin de pays.

Stéphane Lemire

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(Sherbrooke) CHOISIR LES RÉGIONS / Vivre en région, y développer ses talents, son projet ou son entreprise, c'est le choix de plusieurs personnes qui ont contribué à l'épanouissement de leur communauté. Les quotidiens de Groupe Capitales Médias présentent une série d'entrevues de personnalités qui rayonnent partout au Québec tout en cultivant leur attachement à leur milieu.

Ce n'est pas le nombre d'habitants, mais la solidarité collective du milieu qui fait la valeur d'une région. Richard Séguin en est convaincu, lui qui a grandi à Montréal et choisi de vivre à Saint-Venant-de-Paquette avec 110 autres villageois.

Richard Séguin est âgé de 14 ou 15 ans lorsqu'il découvre l'Estrie pour la première fois, lors d'un périple à l'abbaye Saint-Benoît-du-Lac organisé par les frères du Collège Roussin, école montréalaise qu'il fréquente. Séduit par la nature, il revient dans la région deux ans plus tard. «J'étais parti sur le pouce vers les Cantons-de-l'Est et, à un moment donné, j'ai vu un gros signe de peace sur une grange. Il y avait du monde dehors, alors je me suis arrêté.» 

Il fait alors la rencontre de Richard Pouliot, qui lui présente les gens qui vivent dans les communes des environs de Magog. C'est avec lui, sa compagne et sa soeur jumelle qu'il ouvre Le Café du quai, aux abords du lac Memphrémagog, où Jim et Bertrand, Harmonium et Raôul Duguay font leur tour de chant. 

Après trois ans dans la région de Magog, il apprend que des terres sont à vendre dans le coin de Saint-Venant-de-Paquette. Il s'y installe en 1972.

«Ce qui m'a fasciné, c'est de découvrir ce territoire de montagnes et de vents et de découvrir les gens qui l'habitent. Ce sont des gens qui ont le souci du bien commun et, pour moi, c'est très important», raconte l'auteur-compositeur-interprète.

Sa maison de Saint-Venant-de-Paquette devient sa résidence principale. Il retournera vivre à Montréal à l'époque des grandes tournées, mais il est de retour depuis deux décennies à temps plein dans le havre de paix qui nourrit ses chansons.

«Comme auteur-compositeur, le rapport au temps change en étant ici, en milieu rural. J'ai besoin de cette relation avec les gens et de la distance par rapport aux événements de l'actualité. L'écriture demande du silence et je le retrouve ici», explique l'artiste, admettant que son oeuvre serait complètement différente s'il s'était enraciné ailleurs. 

«Je pense que le territoire nous habite et qu'on habite le territoire. Côtoyer les gens de la région me met en contact avec ce qui les préoccupe. Il y a aussi des images qui s'imposent naturellement. C'est certain que si j'allais passer deux ans à New York, mon écriture aurait d'autres influences. J'ai choisi de vivre ici parce que ça correspond à mes valeurs. C'est ma façon d'habiter le monde et ce milieu m'apporte beaucoup.»

Le contact avec la nature est, pour l'artiste, l'antidote à bien des maux. Antidote à l'appétit de tout avoir. Antidote à l'accélération. Antidote à tout ce qui est «à tout prix». 

«Ça m'apporte un équilibre. Dans ma vie, mon écriture et mon rapport avec les autres. C'est devenu un besoin.» 

Impliqué dans sa communauté, Richard Séguin a participé à la création de plusieurs activités au village. La grande nuit de la poésie a attiré cet été 700 visiteurs, soit sept fois la population locale. Et chaque année, le sentier poétique attire environ 5000 personnes sur une période de moins de cinq mois.

«Dans ces projets, il y a une grande participation citoyenne, beaucoup d'entraide. L'appartenance au milieu et la richesse ne passent pas uniquement par l'exploitation de ressources premières. Elles passent beaucoup par le culturel, les initiatives créatives et artistiques.»

Récemment, le village de Saint-Venant-de-Paquette était catégorisé dévitalisé par le gouvernement.

«Je trouve qu'on maltraite souvent les régions. Le gouvernement a une drôle de conception du développement régional. Juste de dire qu'un village est dévitalisé... c'est un terme médical qui signifie que tu es privé de ton tissu vital. C'est méprisant et très péjoratif de coller ce mot à un village qui en arrache et qui veut se prendre en main», mentionne l'artiste, précisant que son village «renonce à renoncer».

«Le monde diplomatique avait fait un reportage sur l'expérience rurale, la solidarité et les initiatives coopératives, et avait parlé d'expérience locale qui pouvait régler des problèmes globaux. C'était très intéressant.»

Celui qui a entamé une tournée de 65 dates depuis le lancement de son 17e album solo, Les horizons nouveaux, ne compte pas les kilomètres parcourus.

«Tu ne peux pas faire ce métier si tu n'aimes pas la route. Elle est omniprésente aussi dans mes chansons. La route devient une métaphore de vie. La route en devenir, la route à parcourir, la route à imaginer, la route qui va à la rencontre de l'autre.»

Mais rester à Saint-Venant-de-Paquette implique aussi de faire des choix. «Je ne vais pas beaucoup dans les premières ou sur les tapis rouges. Les gens me disent de venir faire un tour, mais faire un tour pour moi, c'est cinq heures de route, alors...»

Pour ceux qui prendraient la route pour se rendre à Saint-Venant-de-Paquette, plusieurs attraits les attendent.

L'église-musée, un lieu patrimonial construit de sept essences de bois qui donnent une acoustique incroyable et où des spectacles sont présentés. Les randonnées pédestres et sentiers de vélo de montagne. «La brume du matin donne également un côté très onirique aux lieux», ajoute le chanteur, soulignant que les Cantons-de-l'Est avaient été baptisés les terres de l'aube par les Abénakis.

Lieu de résidence : Saint-Venant-de-Paquette

 : Dans la MRC de Coaticook en Estrie, à une soixantaine de kilomètres de Sherbrooke

Depuis combien d'années : 44

Comment s'est fait le choix : Un coup de foudre pour les paysages et la nature

Un attrait : Le sentier poétique

Un inconvénient : Inaccessibilité des transports en commun 

Une idée pour améliorer le sort des régions : Développer le sentiment d'appartenance dans tous les secteurs d'activités humaines, mettre en valeur la particularité de chaque région, valoriser nos paysages.

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