Un temps des Fêtes sans sapin

Réjean a passé presque toute sa vie en... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Réjean a passé presque toute sa vie en centre d'accueil. Cet été, il a eu 18 ans et s'est installé dans son premier appartement avec l'aide du Centre jeunesse et de sa fondation. Il est content d'être chez lui et non dans la rue. Mais tout n'est pas joyeux. Noël y compris.

Spectre Média, Julien Chamberland

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(Sherbrooke) Dans le petit appartement de Réjean, pas de sapin de Noël ni de guirlandes. Le seul indice qui indique que c'est le temps des Fêtes est une carte laissée sur sa table de cuisine. Une carte envoyée par le PQJ, le programme qualification des jeunes, une initiative des Centres jeunesse du Québec.

« Ça sert à rien de décorer, il n'y a presque jamais personne qui vient ici. »

Réjean a grandi en centre d'accueil et Noël n'a rien de joyeux pour lui. D'aussi loin qu'il se souvient, il a passé ce jour de célébration dans sa chambre.

« À Noël, les parents des autres jeunes venaient au centre. Les miens ne venaient pas. Ils n'avaient pas de moyen de transport. Et mon père travaillait des fois. Je me ramassais toujours tout seul, alors j'allais dans ma chambre. J'ai pas aimé Noël dans ma vie. C'est un moment qui me fait plus chier que d'habitude. »

Vers l'âge de deux ou trois ans, Réjean est placé dans une famille d'accueil. Cette première expérience ressemble à l'enfer pour le bambin qui garde de ce séjour de grandes blessures.

« On m'a battu pendant trois ans. Des fois, on me demandait de rester à genoux devant un mur pendant des heures et les parents me frappaient quand ils passaient près de moi. Avec une ceinture ou des caps d'acier. Leurs enfants aussi me battaient et leur fille de six ans m'a même agressé sexuellement. Je ne sais pas comment elle avait appris à faire ça. »

Empreinte positive

Il vivra dans d'autres familles d'accueil, mais jamais pour de longues périodes. Deux d'entre elles laisseront une empreinte positive.

« Lyne était gentille, mais je suis allé chez elle juste après ma première famille et j'étais violent avec elle. Elle n'aimait pas ça. Et je n'aimais pas être comme ça avec elle. On m'a appris qu'elle était décédée. J'ai pleuré pour elle. »

Plus récemment, il s'est senti bien chez la souriante Carmen et le silencieux Gérald avec qui il a fait du vélo et du ski. Car Réjean se décrit comme un grand sportif. Vélo, jogging, soccer, hockey. Des médailles accrochées dans l'entrée en témoignent. Même s'il fume, il court des 21 km et il a même parcouru en équipe les 1000km à vélo du défi Pierre Lavoie, sa plus grande fierté à vie.

« Si je ne fumais pas, je serais rapide comme Sonic, ça n'aurait pas de bon sens. Je pourrais faire le tour du monde à vélo. Tu voulais que je te parle de rêves, ce serait celui-là : faire le tour du monde et découvrir comment les gens vivent ailleurs. »

À l'école, Réjean aimait le français, l'informatique, l'éducation physique. Pas les maths.

Depuis juin, Réjean a quitté Val-du-Lac et habite en appartement, car il a atteint ses 18 ans. Il est heureux d'avoir son chez lui. Il se cherche un emploi. Quelque chose de pas trop difficile et de manuel. Pour un jour avoir le téléphone et une voiture, peut-être.

Cette année encore, Noël ne s'est pas déroulé comme il l'espérait.

« Avec mon grand frère et ma petite soeur, on devait manger chez ma mère, mais le souper de Noël a été annulé à cause de conneries dans la famille. Dans le fond, je suis le seul de la famille qui est allé voir ma mère finalement. »

Un des regrets de Réjean est de ne pas avoir accepté l'aide qu'on lui a offerte à différents moments de sa vie.

« On m'a offert certains choix de vie que je n'ai pas choisis. Aussi, par exemple, on m'a offert de voir un psy et je n'ai pas voulu. Là, je me rends compte que j'en aurais besoin d'un, mais je n'ai pas les moyens. »

Il regrette aussi d'avoir été méchant par moment avec Carmen et Gérald. Parce qu'il peut être colérique.

Au centre d'accueil, il ne s'est pas toujours senti écouté, respecté, protégé.

« Les autres jeunes m'écoeuraient, m'intimidaient et me faisaient péter les plombs. Certains éducateurs m'ont aidé, d'autres me traitaient comme un criminel. On m'a boosté de médication. J'ai pas confiance en personne. Ni en moi. Ça m'a démoli. Je fais de l'anxiété quand il y a du monde. »

Même s'il n'a pas été élevé par ses parents, il les aime.

« Je leur en veux pas. Ils ont fait des choses pas correctes, comme tout le monde. Ils se sont repris. Je veux qu'ils soient en santé. J'essaie de convaincre ma mère de moins fumer, d'aller marcher et de faire des petites activités. Je m'inquiète pour elle, même si elle peut en douter. Mon père, il ne veut plus me parler, mais j'espère qu'il est bien. »

Son enfance en un mot : « d'la marde. Désolé de dire ça ». Et qu'est-ce qu'on te souhaite Réjean? « Une bonne job. Une copine. »

Réjean aimerait aussi avoir des enfants. Juste un, il serait ben content.

« Je lui donnerais tout l'amour que j'ai pas eu. Je lui ferais aimer Noël. Et je lui donnerais des explications sur la vie. S'il t'arrive ça, essaie de vivre avec et dis-toi que ça pourrait être pire. Juste être avec ses parents pour un enfant ça doit être quelque chose. Il y en a qui le remarque pas. Je dirais à certains enfants que même s'ils n'ont pas de gros cadeaux à Noël, s'ils sont avec leurs parents, c'est déjà ça. »

En cadeau, à Réjean, on souhaite une gentille Lyne ou une souriante Carmen avec qui fonder une famille aimante et présente. Avec qui il décorera peut-être un sapin et des Noëls.

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