Est-ce que le père de Raif Badawi pourrait aider à sa libération?

Evelyne Abitbol, directrice générale et co-fondatrice de la... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

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Evelyne Abitbol, directrice générale et co-fondatrice de la Fondation Raïf Badawi pour la liberté, et Brandon Silver, du Centre des droits de la personne Raoul-Wallenberg, fondent beaucoup d'espoir sur les tractations diplomatiques entourant la détention du blogueur Raîf Badawi.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(Sherbrooke) Une des clés menant à la libération du blogueur Raîf Badawi pourrait-elle se trouver entre les mains de son propre père? Au moment où plusieurs indices laissent croire que les efforts diplomatiques menés à huis clos progressent favorablement, certains observateurs croient en effet qu'il ne faut pas négliger le rôle du père dans le calvaire que vit Raïf Badawi.

C'est le cas de la directrice générale et cofondatrice de la Fondation Raîf Badawi pour la liberté, Évelyne Abitbol, qui rappelle que ce sont les plaintes du père de Raif Badawi qui ont mené à l'arrestation et à la condamnation de son fils pour « insulte à l'islam ».

« C'est très important de savoir ça. Ce que peu de gens savent, c'est qu'en Arabie saoudite, le père est toujours le tuteur de son enfant, quel que soit son âge. C'est lui qui l'a fait emprisonner la première fois, à l'âge de 13 ans. C'est encore lui qui a demandé à ce qu'il soit emprisonné cette fois-ci. Il peut retirer sa plainte. C'est une nuance très importante », indique Mme Abitbol, qui est originaire du Maroc et qui codirige la Fondation avec Ensaf Haidar, la conjointe de Raîf Badawi.

Si elle considère le retrait de la plainte comme « une des avenues » pouvant mener à la libération de Raîf Badawi, Mme Abitbol ne se berce toutefois pas d'illusions. Celui qu'Ensaf Haidar décrit dans son livre comme un père « brutal » n'a démontré à ce jour aucune intention de s'amender, selon Mme Abitbol. « Il continue de se filmer, de prendre des vidéos de lui-même pour déclamer qu'il applique la charia et que son fils est un mécréant, etc. », souligne-t-elle.

S'il y a un espoir de voir Raîf Badawi être libéré, il faut plutôt le chercher du côté des démarches diplomatiques et des nombreuses manifestations qui ont cours régulièrement à Sherbrooke et à travers le monde, estime Brandon Silver, du Centre pour les droits de la personne Raoul-Wallenberg.

À cet effet, M. Silver réfute les propos tenus récemment par le représentant saoudien voulant que le Canada ne puisse réclamer la libération de Raîf Badawi du fait que ce dernier n'est pas citoyen canadien.

« Le Canada a l'obligation juridique d'agir dans ce dossier, dit-il. D'abord parce qu'il a signé des traités internationaux avec l'Arabie saoudite. Parmi ces traités, il y a la Convention contre la torture, que les deux pays ont signée et ratifiée. En emprisonnant et en flagellant Raîf Badawi, l'Arabie saoudite viole ses engagements envers ce traité et c'est le devoir du Canada de le lui rappeler », souligne le porte-parole du Centre Raoul-Wallenberg auquel est rattaché l'ancien ministre de la Justice et procureur général du Canada, Irwin Cotler.

Contrairement à plusieurs organisations de défense des droits de la personne, Évelyne Abitbol ne condamne pas l'entrée de l'Arabie saoudite au sein du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, survenue en octobre. Elle y voit même un certain espoir.

« Pour les gens, c'est révoltant, mais pour nous c'est un espoir ». L'espoir, dit-elle, de voir l'Arabie saoudite se rendre à l'évidence dans le dossier de Raîf Badawi. « Nous croyons que ce sera impossible pour l'Arabie saoudite de siéger au Conseil des droits de l'homme tout en ne défendant pas un dossier comme celui-là. »

À cela s'ajoute la voie diplomatique, dont le silence depuis un certain temps peut être aussi évocateur que de nombreux discours, soumet Mme Abitbol.

« Personnellement, je fais confiance (en la diplomatie). Ensaf et moi travaillons beaucoup de ce côté-là. Nous n'allons pas donner toutes nos cartes dans les médias, mais nous croyons qu'il y a des discussions en cours. M. (Stéphane) Dion (ministre des Affaires étrangères) ne peut pas, lui non plus, donner les résultats de toutes ses discussions, mais il est clair qu'un moment donné, il y aura des pas qui seront faits dans la bonne direction », affirme Évelyne Abitbol.

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